Archives de catégorie : sh52

Je suis ce riche ayant sur lui la clef bénie — 1927 (3)

Shakespeare Sonnets trad. Emile Le Brun

LII

Je suis ce riche ayant sur lui la clef bénie
Qui l’amène à son cher trésor bien mis sous clef,
Mais n’allant pas le voir à toute heure, de crainte
D’émousser son plaisir, aigu tant qu’il est rare.

Si nos fêtes sont chose unique et solennelle,
C’est d’apparaître au cours de longs mois, peu fréquentes,
Diamants d’un grand prix, sertis de loin en loin,
Joyaux en chef parmi les perles du collier.

Qu’est donc pour moi le temps qui vous détient? L’armoire
Recelant le manteau de gala qui doit faire
Qu’un non-pareil moment soit fêtes non-pareilles

Lorsqu’il redéploiera sa splendeur prisonnière.
Béni soit de haut prix qu’est le vôtre: on vous a,
Quel triomphe! Et lorsque vous manquez, quel espoir!

bl – disp: 4+4+4+2 – Alexandrins blancs (non rimés) et disposition hybride sur la page: strophes séparées (à la française) mais décrochement vers la droite du couplet final (comme dans l’édition originale, le ‘quarto’)

Je suis comme le riche assuré de pouvoir — 1900 (8)

Fernand Henry Sonnets de Shakespeare

sonnet 52

Je suis comme le riche assuré de pouvoir
Retrouver son trésor en ses coffres fidèles
Et qui n’émousse pas, par de continuelles
Visites, le plaisir qu’il goûte à l’aller voir.

C’est ainsi que l’on trouve, en les voyant échoir
Moins fréquentes dans l’an, les fêtes bien plus belles;
Les pierres d’un collier, lorsqu’il existe en elles
Plus d’espace, se font de même mieux valoir.

En vous gardant pour moi, le Temps est ma cassette,
L’armoire où j’ai fermé mon beau manteau de fête,
Et j’attends le moment de désemprisonner,

Pour l’étaler encor, votre magnificence.
Heureux êtes-vous donc, vous qui pouvez donner,
Présent, tant de bonheur; – absent, tant d’espérance!

Q15 – T14  – banv –  tr (sh52)

Je suis comme le riche dont la bienheureuse clef — 1873 (32)

Shakespeare Sonnets, trad. E. Montégut


LII

Je suis comme le riche dont la bienheureuse clef peut lui ouvrir l’accès de son bien-aimé trésor enfermé, trésor qu’il ne va pas visiter à toute heure de crainte d’émousser la fine pointe du plaisir rarement goûté. C’est pourquoi les fêtes sont si solennelles et si recherchées, parce que venant rarement, elles sont espacées en petit nombre dans la longue chaîne de l’année comme des pierres précieuses, ou les pierres principales dans un collier. Le temps qui vous garde loin de moi est comme ma cassette, ou comme la garde-robe qui cache le manteau pour remplir d’un plaisir tout particulier quelque minute particulière en faisant ressortir encore une fois aux yeux sa splendeur emprisonnée. Bien-heureuse êtes-vous, vous dont le mérite est d’une telle étendue que possédée vous donnez le triomphe, et absente l’espérance.

sh52  pr – Un seul paragraphe compact de prose

Je suis donc comme le riche qu’une bienheureuse clef — 1862 (9)

M.Guizot Sonnets de Shakespeare


LII

Je suis donc comme le riche qu’une bienheureuse clef amène devant les trésors précieux qu’il enferme, ne voulant pas les contempler à tout heure, de peur d’émousser la fine pointe d’un plaisir rare. Voilà pourquoi les fêtes sont si précieuses et si solennelles, c’est qu’elles viennent à de longs intervalles, enchâssées dans la longue année, placées à de longues distances comme des pierres précieuses ou comme les joyaux les plus rares dans un collier. C’est ainsi que le temps vous garde comme un coffre, ou comme une armoire cachée derrière un rideau, pour rendre un certain instant spécialement heureux en dévoilant de nouveau le sujet caché de son orgueil. Béni soyez-vous, vous dont les mérites donnent lieu de triompher quand on vous possède, de vous espérer quand on est privé de votre présence.

pr – tr « so am I as the rich whose blessed key »- sh52

Je suis comme le riche qu’une clef enchantée — 1857 (4)

Shakespeare trad François-Victor Hugo

sonnet 52

Je suis comme le riche qu’une clef enchantée peut mettre en présence du doux trésor qu’il cache, et qui ne veut pas le contempler à toute heure de peur d’émousser le piquant aiguillon du plaisir rare.

De même les fêtes sont d’autant plus solennelles et recherchées qu’elles sont mises dans l’étendue de l’année à de lointains intervalles; elles sont espacées comme des pierres précieuses, ou comme les joyaux à effet dans un collier.

Ainsi le temps où je vous possède est ma cassette, à moi: il est la garde-robe où est cachée ma robe d’apparat, et je réserve pour quelque instant spécial le spécial bonheur

De dévoiler à nouveau ces splendeurs emprisonnées. Vous êtes béni, vous dont la perfection donne la joie à qui vous a, et l’espérance à qui ne vous a plus.

pr – sh52  ‘So am I as the rich whose blessed key … »