{"id":750,"date":"2010-11-27T08:22:20","date_gmt":"2010-11-27T08:22:20","guid":{"rendered":"http:\/\/blogs.oulipo.net\/fll\/?page_id=750"},"modified":"2011-02-10T15:56:51","modified_gmt":"2011-02-10T15:56:51","slug":"voyage-a-seesen","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/blogs.oulipo.net\/fll\/complement-denquete\/voyage-a-seesen\/","title":{"rendered":"Voyage \u00e0 Seesen"},"content":{"rendered":"<blockquote><p><strong>\u00a9 Olivier Salon. Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Ceci est le compte-rendu d&rsquo;un voyage d&rsquo;enqu\u00e8te \u00e0 Seesen effectu\u00e9 par Olivier Salon et Jacques Jouet en d\u00e9cembre 2006 sur les traces de Fran\u00e7ois Le Lionnais.<\/p><\/blockquote>\n<h4>Intention<\/h4>\n<p dir=\"ltr\">En tant que membre de l\u2019Oulipo et  ancien math\u00e9maticien, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 amen\u00e9 \u00e0 m\u2019int\u00e9resser \u00e0 la vie de  Fran\u00e7ois Le Lionnais (Fran\u00e7ois Le Lionnais sera par la suite abr\u00e9g\u00e9  FLL), fondateur de l\u2019Oulipo avec Raymond Queneau.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">J\u2019ai d\u2019abord d\u00e9couvert <em>La Peinture \u00e0 Dora<\/em>,  minuscule ouvrage \u00e9blouissant (disponible chez l\u2019\u00c9choppe) dans lequel  FLL parle des \u00ab\u00a0cours de peinture\u00a0\u00bb qu\u2019il donnait au moment de l\u2019appel  quotidien sur la place d\u2019appel du camp de Dora (en Allemagne, pr\u00e8s de  Hanovre). Lors de ces heures \u00e9prouvantes (on appelait 18000 personnes  deux fois par jour), FLL \u00e9voquait chaque jour un tableau, en le  d\u00e9crivant dans ses moindres d\u00e9tails. C\u2019\u00e9tait aussi une quotidienne  \u00e9vasion.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Il y a un an, j\u2019ai lu dans <em>Autour de la plage Bonaparte<\/em> un long entretien entre FLL et le Colonel R\u00e9my, dans lequel FLL parle  de la R\u00e9sistance, de son arrestation, de la torture, du camp de Dora (il  y arrive heureusement assez tard, en novembre 1944) et des six mois  d\u2019enfer jusqu\u2019\u00e0 la lib\u00e9ration. Mais l\u00e0, dans la confusion des marches de  la mort, lui et trois camarades parviennent \u00e0 fuir les colonnes, \u00e0  rejoindre la ville de Seesen, dont ils \u00ab\u00a0prennent possession\u00a0\u00bb, faisant  office de maire et adjoints pendant quelques semaines, accueillant les  bless\u00e9s qui affluent de toutes parts, cr\u00e9ant un h\u00f4pital et organisant  petit \u00e0 petit le rapatriement de tous. C\u2019est ce r\u00e9cit stup\u00e9fiant qui est  \u00e0 l\u2019origine de notre d\u00e9marche.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Ne connaissant que ce seul  t\u00e9moignage, Jacques Jouet (\u00e9crivain de l\u2019Oulipo) et moi-m\u00eame avons eu  l\u2019id\u00e9e d\u2019entreprendre le voyage \u00e0 Dora et Seesen sur les traces de FLL.  Deux amis s\u2019\u00e9taient joints \u00e0 nous\u00a0: Jean-Claude Halpern, historien, et  Sylvie Roelly, math\u00e9maticienne fran\u00e7aise vivant \u00e0 Berlin, et  petite-ni\u00e8ce d\u2019un rescap\u00e9 de Dora \u00e9galement.<\/p>\n<h4>Vendredi 15 d\u00e9cembre 2006<\/h4>\n<p dir=\"ltr\">Le rendez-vous est \u00e0 14 heures  dans le bureau de Madame Heubaum, archiviste et \u00a0biblioth\u00e9caire du  M\u00e9morial de Dora. Mme Heubaum a mis \u00e0 notre disposition tout ce qu\u2019elle  poss\u00e9dait comme documents concernant l&rsquo;ensemble des d\u00e9port\u00e9s francais.  Elle a rassembl\u00e9 des informations personnelles, t\u00e9moignages, photos,  dans de grandes bo\u00eetes en carton qu&rsquo;elle nous laisse consulter en toute  confiance. Elle nous montre aussi l&rsquo;ensemble des ouvrages de la  biblioth\u00e8que. Plusieurs rayons contiennent des livres publi\u00e9s en langue  fran\u00e7aise. Sur Fran\u00e7ois Le Lionnais et Pierre Schnell, le grand-oncle de  Sylvie, elle ne peut que nous faire part des donn\u00e9es rassembl\u00e9es dans  le grand <em>Livre-m\u00e9morial des d\u00e9port\u00e9s de France, Tome III<\/em>,  publi\u00e9 aux \u00e9ditions Tir\u00e9sias, Paris 2004 (elle nous a fait une copie des  pages en question) contenant la liste compl\u00e8te des diff\u00e9rents convois  arriv\u00e9s \u00e0 Buchenwald :<\/p>\n<p dir=\"ltr\">FLL a port\u00e9 le num\u00e9ro 77852 et il  porte sur son v\u00eatement ray\u00e9 un triangle rouge (prisonnier politique)  sur lequel est inscrite la lettre F en noir (pour France). FLL est parti  de Pantin le 15 ao\u00fbt 1944 (transport I 264, num\u00e9ro de convoi) et arrive  le 20 ao\u00fbt 1944 au KL de Buchenwald. Il est enregistr\u00e9 comme  professeur. Il repart le 28 octobre 1944 de Buchenwald pour le camp de  Dora-Mittelbau.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Madame Heubaum se r\u00e9jouit des  informations que nous lui procurons sur FLL et sur PS. Elle cherche \u00e0  agrandir ses archives, ce qui semble tr\u00e8s complexe car les originaux des  documents sont \u00e9parpill\u00e9s entre Washington, J\u00e9rusalem, Varsovie, des  villes allemandes proches etc. et chaque institution garde jalousement  ses archives.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Vers 16h00, Madame Heubaum, qui  doit partir, nous propose encore de visiter l&rsquo;exposition permanente du  M\u00e9morial et pour ce faire, elle demande explicitement au gardien de  rester sur les lieux aussi longtemps que nous le souhaitons (alors que  l&rsquo;\u00e9difice devrait avoir d\u00e9j\u00e0 ferm\u00e9 \u00e0 16h).<\/p>\n<h4>Samedi 16 d\u00e9cembre 2006<\/h4>\n<p dir=\"ltr\">Nous avons rendez-vous \u00e0 11h avec M. Knolle, vice-pr\u00e9sident de l&rsquo;association <em>Spurensuche Goslar e.V.<\/em> et M. Aleksander Samila, ancien d\u00e9port\u00e9 de Dora, \u00e0 la gare de Goslar.  Sylvie sait que les Allemands sont d\u2019une extr\u00eame ponctualit\u00e9, aussi  sommes-nous vaguement inquiets qu\u2019\u00e0 11h et quart personne ne se soit  manifest\u00e9. Finalement M. Knolle et M. Samila arrivent\u00a0vers 11h30 : nous  voici tous au caf\u00e9 de la Gare. M. Samila est en chaussures de tennis  toutes blanches, pantalon de ska\u00ef noir, vieux manteau et chapeau mou.  Dessous, \u00e9mergent des cheveux teint\u00e9s de rouge sombre et des racines  blanches. M. Samila a un formidable sourire et des dents parfaites. Nous  prenons des chocolats chauds et des th\u00e9s, mais M. Samila, 85 ans,  commande un schnaps. L\u2019entretien se d\u00e9roule en allemand, traduit par  Sylvie.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Voici l\u2019itin\u00e9raire de M. Samila\u00a0:<\/p>\n<p dir=\"ltr\">M. Samila est n\u00e9 en Galicie,  r\u00e9gion appartenant alors \u00e0 la Pologne, tout pr\u00e8s de la fronti\u00e8re  ukrainienne, si bien que le russe (ou l\u2019ukrainien) et le polonais sont  ses langues maternelles. Il a perdu son p\u00e8re \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;un an et sa m\u00e8re \u00e0  14 ans. \u00a0Apr\u00e8s l&rsquo;invasion allemande, il est envoy\u00e9 en juin-juillet 1942  comme <em>Zwangsarbeiter, <\/em>c&rsquo;est-\u00e0-dire travailleur forc\u00e9, en  Allemagne, comme la plupart des hommes que la Wehrmacht trouve sur son  passage dans la campagne de Russie. Il travaille d\u2019abord dans une ferme,  puis \u00e0 Oberradera, pr\u00e8s du lac de Constance, dans une usine d&rsquo;armement  o\u00f9 travaillent environ 400 Polonais et des gens de toutes nationalit\u00e9s.  Il y fait du b\u00e9ton. En d\u00e9cembre 1943, il est envoy\u00e9 \u00e0 Buchenwald, o\u00f9 il  re\u00e7oit le matricule 28831, et o\u00f9 il passe une dizaine de jours avant  d&rsquo;\u00eatre dirig\u00e9 sur Dora. Il arrive donc \u00e0 Dora quand le r\u00e9seau de  galeries souterraines commence \u00e0 \u00eatre agrandi. Dans la confusion, il est  finalement assimil\u00e9 aux d\u00e9port\u00e9s politiques. Ce sera le point de d\u00e9part  de la difficult\u00e9 qu\u2019il aura apr\u00e8s-guerre \u00e0 obtenir r\u00e9paration. M.  Samila travaille donc dans l\u2019enfer de la mine. Il nous parle de la  poussi\u00e8re, du bruit. Le seul \u00ab\u00a0avantage\u00a0\u00bb de la mine est qu\u2019il y fait  une temp\u00e9rature constante, aux alentours de 8 degr\u00e9s, et que ceux qui  travaillent \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la mine ont tr\u00e8s froid, particuli\u00e8rement en  hiver (o\u00f9 la temp\u00e9rature peut descendre jusqu\u2019\u00e0 \u2013 25 degr\u00e9s). \u00c0 Dora,  M. Samila a pour ordre de pratiquer dans le b\u00e9ton, au sol, des trous,  des creux, qui serviront de r\u00e9ceptacle aux fus\u00e9es. Il aura tout le temps  de sa d\u00e9portation cette m\u00eame fonction. Il est particuli\u00e8rement robuste  et sa grande force physique lui sauvera plusieurs fois la vie. En avril  1945, il est \u00e9vacu\u00e9 en train sur Bergen-Belsen: c&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;il est  lib\u00e9r\u00e9 par les Anglais.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Il nous dit ne pas avoir eu de  contacts particuliers avec les Fran\u00e7ais de Dora, surtout \u00e0 cause de la  barri\u00e8re linguistique. Il soulignera aussi souvent le fait que lui et  ses camarades polonais avaient un traitement encore plus dur que celui  des d\u00e9port\u00e9s venant de France, Belgique, Hollande ou d&rsquo; Italie  (hi\u00e9rarchie raciale nazie, pr\u00e9sente jusque dans les camps de  concentration&#8230;). \u00a0Pour une broutille, ils \u00e9taient condamn\u00e9s \u00e0 mort.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">L\u2019association <em>Spurensuche Goslar<\/em> tente de faire obtenir r\u00e9paration pour M. Samila. Ce n\u2019est pas facile,  car M. Samila est pratiquement analphab\u00e8te et ne peut fournir  d&rsquo;informations pr\u00e9cises concernant ses diff\u00e9rentes d\u00e9tentions. De plus  tous ses papiers lui avaient \u00e9t\u00e9 retir\u00e9s lors de son s\u00e9jour en Bavi\u00e8re  comme travailleur forc\u00e9. Ses premi\u00e8res demandes en 1963 sont refus\u00e9es  car il n&rsquo;est pas reconnu comme d\u00e9port\u00e9 politique, tout au plus comme  travailleur forc\u00e9. Enfin, et gr\u00e2ce au soutien administratif et  psychologique de Mr. Knolle depuis l\u2019an 2000, il aura gain de cause en  2002. On lui promet une r\u00e9paration financi\u00e8re symbolique, vers\u00e9e en deux  fois. La premi\u00e8re moiti\u00e9 est arriv\u00e9e en 2003, la deuxi\u00e8me ne le sera  jamais, faute d&rsquo;argent dans les caisses ! (Cette fin d&rsquo;ann\u00e9e 2006 est au  reste la date butoir pour d\u00e9poser une r\u00e9clamation pour de tels  pr\u00e9judices).<\/p>\n<p dir=\"ltr\">\u00c0 la lib\u00e9ration, les troupes  sovi\u00e9tiques veulent ramener M. Samila. Mais M. Samila \u00e9vite ce  rapatriement (car des rumeurs courent sur le sort r\u00e9serv\u00e9 par les  Sovi\u00e9tiques aux anciens d\u00e9port\u00e9s du nazisme \u2013 d&rsquo;autant que sa r\u00e9gion  natale a \u00e9t\u00e9 annex\u00e9e par l&rsquo;URSS. NB : un grand nombre de ces d\u00e9port\u00e9s de  nationalit\u00e9 sovi\u00e9tique ont \u00e9t\u00e9 effectivement transf\u00e9r\u00e9s purement et  simplement au Goulag).<\/p>\n<p dir=\"ltr\">La Galicie est devenue  ukrainienne et donc sovi\u00e9tique. Mais M. Samila n&rsquo;a plus de famille au  pays, il sait qu&rsquo;il n&rsquo;y trouvera pas de travail et craint surtout d\u2019\u00eatre  envoy\u00e9 au goulag comme beaucoup d&rsquo;Ukrainiens, tr\u00e8s mal vus des Russes  par suite des nombreuses collaborations germano-ukrainiennes. Il  parvient \u00e0 \u00e9chapper au retour vers l&rsquo;Est. Il devient ainsi apatride (de  toute fa\u00e7on, il n\u2019a aucun papier, ne se sent ni Polonais ni Sovi\u00e9tique)  et, \u00e0 la faveur d\u2019un amour pour une Allemande (qui le d\u00e9cevra beaucoup  par la suite), il d\u00e9cide de rester en Basse-Saxe o\u00f9 il passera le reste  de sa vie. Il apprendra la langue de Goethe, qu&rsquo;il ma\u00eetrise \u00e9tonnamment  bien \u00e9tant donn\u00e9 son contexte social. Il aura diff\u00e9rents m\u00e9tiers, et  deviendra notamment \u00e9leveur-dresseur de chiens pour l&rsquo;arm\u00e9e anglaise  pr\u00e8s de Hanovre.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Il n&rsquo;obtiendra la citoyennet\u00e9  allemande que vers 1990. En 1960, \u00e0 la suite d&rsquo;une visite m\u00e9dicale, il  obtient une incapacit\u00e9 \u00e0 15%, due \u00e0 un probl\u00e8me nerveux et une faiblesse  au c\u0153ur.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Avec M. Knolle et M. Samila, nous  partons en voiture. M. Knolle a pr\u00e9vu un tour de certains lieux  significatifs dans les environs.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Nous commen\u00e7ons par le ch\u00e2teau de  Goslar, tr\u00e8s ancien site d\u00e9j\u00e0 important du temps des empereurs  romains-germaniques, comme Otton 1er.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Puis nous laissons cet endroit  tr\u00e8s touristique pour aller voir un site d\u2019extraction de minerai, d\u00e9j\u00e0  exploit\u00e9 par les romains ; si dans les ann\u00e9es 30, le minerai n\u2019est pas  si rentable que cela, les nazis voient cependant imm\u00e9diatement l\u2019int\u00e9r\u00eat  qu\u2019ils pourront en tirer\u00a0: cr\u00e9er des emplois et r\u00e9pondre aux besoins \u00e0  venir de l&rsquo;industrie d&rsquo;armement. La r\u00e9gion est extr\u00eamement riche de  minerais de toutes sortes (on a exploit\u00e9 dans le Harz au moins l&rsquo;argent,  le fer, le zinc, le cuivre, le plomb ; la premi\u00e8re mine date de 745).  Le r\u00e9gime nazi fait donc agrandir l\u2019usine jusqu\u2019\u00e0 en faire une immense  s\u00e9rie de b\u00e2timents sur le flanc de la colline. B\u00e2timents bard\u00e9s de bois  et aux grandes fen\u00eatres \u00e0 barreaux. Non loin de l\u00e0, M. Knolle nous  montre les vestiges, au sol, d\u2019une \u00ab\u00a0baraque\u00a0\u00bb. Nous verrons ainsi  plusieurs de ces baraques o\u00f9 allaient loger les travailleurs forc\u00e9s.  Quand la main d\u2019\u0153uvre allemande manquera (la plupart des hommes \u00e9tant  r\u00e9quisitionn\u00e9s pour la guerre), les nazis enr\u00f4leront de force les  vaincus pour travailler pour eux. On a utilis\u00e9 en Allemagne des d\u00e9port\u00e9s  ; des prisonniers de guerre : des Sovi\u00e9tiques envoy\u00e9s dans les mines de  la Ruhr ; des travailleurs volontaires, notamment des pays de l&rsquo;Ouest,  dont des Fran\u00e7ais ; des travailleurs forc\u00e9s, en particulier des Polonais  dans un premier temps [il y a en Allemagne 1,5 M d&rsquo;\u00e9trangers \u00e0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9  1941, dont 1 M de Polonais]. Le travail forc\u00e9 s&rsquo;accro\u00eet consid\u00e9rablement  \u00e0 partir de 1942, sous l&rsquo;impulsion de Sauckel \u2013 pour satisfaire les  exigences allemandes, Laval cr\u00e9e en France le STO le 16 f\u00e9vrier 1943 \u2013  Il y a au recensement d&rsquo;Ao\u00fbt 1944 7,5 M d&rsquo;\u00e9trangers en Allemagne, dont 3  M de sovi\u00e9tiques. On parle donc en Allemagne de <em>travailleurs forc\u00e9s<\/em>.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Il ne reste rien de ces pauvres  baraques en bois qui les logeaient, seulement la dalle de b\u00e9ton sur  laquelle elles \u00e9taient pos\u00e9es, et ici, un petit boyau qui servir sans  doute de garde-manger sous la dalle de b\u00e9ton, ou de cachette en cas de  bombardement (parfois de salle de torture). Aujourd\u2019hui, les bouleaux  ont pouss\u00e9 sur la dalle, et ils enserrent la balustrade qui prot\u00e8ge du  trou. Les conditions de travail et de vie des travailleurs forc\u00e9s  \u00e9taient terribles, surtout celles des <em>Ostarbeiter<\/em>, concept englobant tous les travailleurs provenant des pays \u00e0 l&rsquo;est de l&rsquo;Allemagne\u00a0: Pologne, URSS, Tch\u00e9coslovaquie&#8230; .<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Aujourd\u2019hui, le site industriel  est d\u00e9finitivement ferm\u00e9, mais il abrite un mus\u00e9e. En fin de journ\u00e9e,  nous visiterons ce mus\u00e9e assez impressionnant\u00a0: on y rentre \u00ab\u00a0comme dans  une mine\u00a0\u00bb. Des outils, des bruits, le mat\u00e9riel de la mine. Mais aussi,  gr\u00e2ce \u00e0 la pression effectu\u00e9e par \u00a0<em>Spurensuche \u00a0\u00a0Goslar <\/em>sur  les hommes politiques locaux, une salle enti\u00e8re est consacr\u00e9e \u00e0  l&rsquo;exploitation des travailleurs forc\u00e9s par les nazis, avec des photos et  des documents. Des visages tous extr\u00eamement marqu\u00e9s. Et, en sortant,  les rails et les wagonnets d\u2019origine.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Nous irons voir ailleurs, sur un  autre site, un autre vestige de baraque. Plac\u00e9e au pire endroit, sous  les fum\u00e9es de l\u2019usine chimique proche.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Et puis, M. Knolle nous emm\u00e8ne  sur un autre site industriel, encore en activit\u00e9. Devant le site, une  longue maison de bois avec son toit en partie rehauss\u00e9 n\u2019est autre  qu\u2019une authentique baraque pour d\u00e9port\u00e9s, pr\u00e9serv\u00e9e, r\u00e9nov\u00e9e et  r\u00e9utilis\u00e9e comme habitation priv\u00e9e mise \u00e0 disposition de ses employ\u00e9s  par l&rsquo;usine. Trois familles y logent, cent trente travailleurs \u00e0  l&rsquo;\u00e9poque. Avec de petits jardinets et toboggans d\u2019enfants\u2026 r\u00e9emploi  lugubre et effrayant dans sa simplicit\u00e9.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">M. Knolle fait un travail de  m\u00e9moire, depuis une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es, sur l&rsquo;histoire de la r\u00e9gion autour  de Goslar (nord du Harz) \u00a0sous le r\u00e9gime nazi. Il aide au marquage des  zones sensibles.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Nous allons \u00e0 la gare d\u2019Oker,  dans la commune de Goslar, voir une des bornes que son association a  fait poser\u00a0: bornes \u00e0 section triangulaire, toutes blanches, de un m\u00e8tre  de haut, grav\u00e9es en noir (<strong>TODESMARSCH<\/strong> sur une face, <strong>APRIL 1945<\/strong> sur un autre), et qui jalonnent certains trac\u00e9s des \u00ab\u00a0marches de la  mort\u00a0\u00bb. Ici, l\u2019itin\u00e9raire est repr\u00e9sent\u00e9 sur une plaque appos\u00e9e au mur  (inscription\u00a0: <em>Der Todesmarsch \u00fcber den Harz<\/em>). Les d\u00e9port\u00e9s  faisaient partie du dernier convoi d&rsquo;\u00e9vacuation de Dora. Ils \u00e9taient  partis en train le 5 avril 1945 ; la progression a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement  lente, puisqu&rsquo;ils n&rsquo;arrivent que le 8 avril \u00e0 Osterode. \u00c0 cause de la  progression et des bombardements des alli\u00e9s, les SS font traverser le  Harz \u00e0 pied, du sud au nord, \u00e0 une colonne de 3000 d\u00e9port\u00e9s. Le trajet  est ponctu\u00e9 par des assassinats. Apr\u00e8s avoir h\u00e9sit\u00e9 un temps sur la  place de Clausthal, la colonne arrive dans la nuit \u00e0 la gare de Oker,  dans la commune de Goslar. Le train sur lequel on les fait monter le 9  ne peut rejoindre ni Bergen-Belsen ni Sachsenhausen, et finit par  arriver \u00e0 Ravensbr\u00fcck le 13 avril. Ils seront finalement lib\u00e9r\u00e9s par les  Anglais.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 Osterode que  FLL et ses compagnons parviennent (dans la confusion provoqu\u00e9e par des  bombardements) \u00e0 fausser la route aux <em>Volksturm<\/em> qui encadrent leur groupe de \u00ab\u00a0musulmans\u00a0\u00bb (ainsi qu\u2019on nommait les moribonds).<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Ces bornes blanches n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9  command\u00e9es \u00e0 une fabrique ad hoc, mais ont \u00e9t\u00e9 fabriqu\u00e9es pas des  \u00e9l\u00e8ves d\u2019un lyc\u00e9e professionnel, afin de les impliquer \u00e9galement dans le  projet.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Sur le m\u00eame mur, une plaque indique, en fran\u00e7ais et en allemand\u00a0: <em>En hommage \u00e0 tous ceux qui sont morts en d\u00e9portation entre 1939 et 1945. Donateur Andr\u00e9 Mouton. <\/em>Ce  Fran\u00e7ais, rescap\u00e9 de Dora et de cette marche de la mort, a eu le  courage de venir t\u00e9moigner diverses fois sur ces lieux, r\u00e9pondant \u00a0\u00e0  l&rsquo;appel d&rsquo;associations comme celle de Mr. Knolle. Il \u00e9tait l\u00e0 en  particulier lors de l&rsquo;importante \u00a0journ\u00e9e de \u00a0comm\u00e9moration du 27  janvier 2005, \u00a060 ans apr\u00e8s la fin de la guerre. Ce jour du 27 janvier,  date de la lib\u00e9ration du camp d&rsquo;Auschwitz par l&rsquo;Arm\u00e9e rouge, est depuis  plusieurs ann\u00e9es d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la m\u00e9moire des victimes du r\u00e9gime nazi. Sylvie a  \u00e9t\u00e9 en contact \u00e9pistolaire avec Andr\u00e9 Mouton, qui vit actuellement dans  le P\u00e9rigord, et qui nous a encourag\u00e9s \u00e0 nous int\u00e9resser \u00e0 cette  p\u00e9riode.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Au fur et \u00e0 mesure que la journ\u00e9e  avance, M. Samila se sent de plus en plus en confiance. Il nous raconte  des souvenirs pr\u00e9cis terribles du camp, mais est aussi visiblement tr\u00e8s  heureux d&rsquo;\u00eatre entour\u00e9 de gens \u00e0 son \u00e9coute : sa solitude quotidienne  lui p\u00e8se et c&rsquo;est tr\u00e8s rare qu&rsquo;il ait l&rsquo;occasion de confier ses  souvenirs. Il appr\u00e9cie en particulier d&rsquo;\u00e9changer quelques phrases en  russe avec Olivier, et dit \u00e0 Sylvie qu&rsquo;elle est la premi\u00e8re femme  fran\u00e7aise \u00e0 laquelle il aura pu parler!<\/p>\n<h4>Dimanche 17 d\u00e9cembre 2006<\/h4>\n<p dir=\"ltr\">Nous avons rendez-vous \u00e0 11h \u00e0  Dora, mais nous avons devant nous une heure et demie de route. Nous  approchons. Sylvie ralentit beaucoup \u00e0 l\u2019approche du camp, comme prise  d\u2019une appr\u00e9hension. Nous nous garons\u00a0: les sous-bois ont la couleur des  sous-bois d\u2019automne, comme ces tableaux de Klimt et l\u2019aspect propre et  champ\u00eatre des lieux est plut\u00f4t de nature \u00e0 d\u00e9router, \u00e0 d\u00e9concerter. Dans  <em>La peinture \u00e0 Dora<\/em>, le paysage \u00e9voque plut\u00f4t \u00e0 Fran\u00e7ois Le  Lionnais un tableau de Breughel. Un grand b\u00e2timent parall\u00e9l\u00e9pip\u00e9dique  gris est pos\u00e9 l\u00e0, assez \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, discret, sobre, peu d\u2019ouvertures,  bien pens\u00e9. Nous sommes tous les quatre, plus un Belge flamand. On nous  confie \u00e0 un guide pour la visite. Un homme tr\u00e8s jeune, 27 ou 28 ans, en  queue-de-cheval, assez \u00e9l\u00e9gant, habill\u00e9 de noir, mais peu chaudement.  Une grande \u00e9charpe indienne autour du cou. Comme il tousse beaucoup et  qu\u2019il en est consid\u00e9rablement g\u00ean\u00e9, cela donne le ton et la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 \u00e0  la visite. Il se pr\u00e9sente \u00e0 nous\u00a0: Florian Sch\u00e4fer et nous demande,  d&rsquo;une mani\u00e8re attentionn\u00e9e, si parmi nous se trouvent des proches de  d\u00e9port\u00e9s. Sylvie acquiesce. Tout au long de la visite, il aura \u00e0 c\u0153ur  pour nous, de souligner le point de vue des d\u00e9port\u00e9s fran\u00e7ais. De plus,  pour conclure les pr\u00e9sentations, il s&rsquo;excuse presque en nous disant que  ses grands-parents \u00e9taient du c\u00f4t\u00e9 des <em>T\u00e4ter<\/em>, c&rsquo;est-\u00e0-dire de ceux qui ont (mal) agi.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Il nous montre devant le b\u00e2timent  la repr\u00e9sentation sculpt\u00e9e en m\u00e9tal gris du camp tel qu\u2019il \u00e9tait en  1944\u00a0: une centaine de baraques pour abriter les quelque 20000  prisonniers qui vont travailler l\u00e0. Une partie enti\u00e8re vou\u00e9e aux malades  (Revier, \u00ab\u00a0infirmerie\u00a0\u00bb). Et dans l\u2019enceinte m\u00eame du Revier, un four  cr\u00e9matoire. Les baraques ont aujourd\u2019hui toutes disparu. En effet, elles  \u00e9taient en bois et apr\u00e8s guerre, les habitants de Nordhausen ont eu le  droit de r\u00e9cup\u00e9rer le bois pour l\u2019utiliser comme bois de chauffage et de  construction. Du camp, on voit tr\u00e8s bien la petite ville de Nordhausen.  Nous en d\u00e9duisons que les habitants n\u2019ignoraient pas une partie de  \u00ab\u00a0l\u2019activit\u00e9\u00a0\u00bb de Dora. Mme Schimmel (rencontr\u00e9e lundi 18) nous  expliquera qu\u2019un jour, \u00e2g\u00e9e de 17 ans, lors d&rsquo;une excursion avec sa  classe, elle avait long\u00e9 les murs et barbel\u00e9s du camp (il ne s&rsquo;agit  probablement pas de Dora, mais du camp qui se trouvait \u00e0 Nordhausen  m\u00eame) : en r\u00e9ponse \u00e0 son \u00e9tonnement, des camarades lui avaient dit qu\u2019on  avait enferm\u00e9 l\u00e0 des criminels extr\u00eamement dangereux (ses professeurs,  eux, s&#8217;emmuraient dans le silence).<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Le r\u00e9gime nazi avait depuis 1935  imagin\u00e9 la construction d\u2019un grand centre de recherche d\u2019armes  nouvelles. Mais la premi\u00e8re usine, \u00e0 Peenem\u00fcnde, sur les bords de la Mer  Baltique, est bombard\u00e9e dans la nuit du 17 au 18 ao\u00fbt 43 (mais la Royal  Air Force se trompe toutefois de cible (\u00e0 quelques kilom\u00e8tres pr\u00e8s) et,  touchant des quartiers d&rsquo;habitation, provoque la mort de quelque 600  travailleurs forc\u00e9s).<\/p>\n<p dir=\"ltr\">C\u2019est pourquoi, dans les derniers  jours d\u2019ao\u00fbt 43, un camp est install\u00e9 au nord de la ville de Nordhausen  pour construire des armes de combat (des V1, petits avions sans pilote  et des V2, fus\u00e9es) dans un tunnel qui avait \u00e9t\u00e9 am\u00e9nag\u00e9 en 1936 par les  nazis afin d&rsquo;y d\u00e9poser des r\u00e9serves d\u2019huile, de lubrifiant et d\u2019essence.  Le nom donn\u00e9 \u00e0 ce camp sera un nom neutre, anodin, surtout pas un nom  de lieu\u00a0; un code plut\u00f4t agr\u00e9able, un pr\u00e9nom f\u00e9minin\u00a0: ce sera <em>Dora<\/em>.  La mine de Dora va \u00eatre transform\u00e9e en une gigantesque usine  souterraine. Les prisonniers seront d\u00e8s leur arriv\u00e9e s\u00e9lectionn\u00e9s\u00a0: les  quelques-uns \u00e0 savoir parler allemand ou \u00e0 avoir des comp\u00e9tences  scientifiques d\u2019une part, et d\u2019autre part l\u2019immense majorit\u00e9 des autres.  Pour ces derniers, la situation est simple\u00a0: lorsqu\u2019ils ne seront plus,  on ira en chercher d\u2019autres. Ce sont les <em>rempla\u00e7ables<\/em> (<em>ersetzbar<\/em>).  Les prisonniers auront d\u2019abord pour premi\u00e8re t\u00e2che \u00e0 partir d\u2019ao\u00fbt 43  de construire les deux immenses tunnels de 1,8 km de long (l\u2019un de ces  tunnels avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 entam\u00e9, pour l\u2019extraction du gypse) et les 46  galeries transversales entre les deux tunnels (soit un total d\u2019environ 8  km de galeries). Pendant neuf mois, les prisonniers vivront dans le  tunnel 24 heures sur 24, en manquant d&rsquo;eau et d&rsquo;air. Leur esp\u00e9rance de  vie est de 3 mois. D\u00e8s qu\u2019ils sont morts, on envoie de nouvelles  \u00ab\u00a0fourn\u00e9es\u00a0\u00bb d\u2019hommes depuis Buchenwald. Le r\u00e9cit de Pierre Julitte,  prisonnier \u00e0 Buchenwald, montre bien que l\u2019on sait l\u00e0-bas, que ceux qui  partent \u00e0 Dora ne reviennent jamais. Il en est un tout de m\u00eame qui  reviendra de Dora en 1943, fait rarissime, gr\u00e2ce \u00e0 Pierre Julitte et ses  amis (voir Pierre Julitte, <em>L\u2019arbre de Goethe<\/em>, le survivant de Dora qui revient \u00e0 B\u00fcchenwald est appel\u00e9 <em>Geoffrin<\/em> dans l\u2019ouvrage). Car le plus grand secret entoure Dora quant \u00e0 la nature de ce qu\u2019on y fabrique.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Dora, comme les pires des camps  de concentration, est une machine \u00e0 casser l\u2019homme : on le d\u00e9shumanise  d\u2019abord, ne lui attribuant qu&rsquo;un num\u00e9ro comme unique identification. On  lui fait subir tous les tourments \u00e0 la fois\u00a0: la faim, la soif (terrible  en 1943 pour ceux qui creusaient le tunnel), les coups permanents et  sans raison, le froid, le travail \u00e9puisant, \u00e9reintant, ext\u00e9nuant, la  vermine (dont parlent tous les rescap\u00e9s sans exception, M. Samila  beaucoup), la menace permanente de la torture et de la mort, les  pendaisons publiques, le manque de sommeil, l&rsquo;isolation totale du reste  du monde, la haine attis\u00e9e entre les diff\u00e9rents groupes de prisonniers.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Au d\u00e9but 44, d&rsquo;immenses galeries  sont d\u00e9j\u00e0 construites, et le montage des V2 par la soci\u00e9t\u00e9 Mittelwerk,  commence. Leur surface est tellement grande que les nazis y voient  l&rsquo;occasion d&rsquo;en tirer un \u00a0b\u00e9n\u00e9fice financier suppl\u00e9mentaire en en  \u00a0louant\u00a0 une partie \u00e0 des entreprises priv\u00e9es (notamment Volkswagen),  qui se savent ainsi \u00e0 l&rsquo;abri des bombardements devenus tr\u00e8s intensifs  autour de Hanovre, Brunswick et Wolfsbourg. Ainsi, en avril 1944,  Mittelwerk doit c\u00e9der la partie nord du tunnel \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9  d&rsquo;a\u00e9ronautique d\u00e9pendant de Junckers ; en juillet, c&rsquo;est le montage des  V1 qui est transf\u00e9r\u00e9 dans le tunnel.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Pour disposer du plus de surface  souterraine possible, on construit des baraques en bois \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du  tunnel o\u00f9 les d\u00e9port\u00e9s logeront apr\u00e8s les 12 heures de travail  quotidien dans le tunnel et les interminables heures d\u2019appel matin et  soir, ainsi que les pendaisons r\u00e9guli\u00e8res. FLL a \u00ab\u00a0la chance\u00a0\u00bb de  n\u2019arriver qu\u2019en novembre 1944 \u00e0 Dora\u00a0: il survivra \u00e0 cet hiver. M.  Samila, lui, \u00e9tait arriv\u00e9 plus t\u00f4t (en d\u00e9cembre 1943 ou janvier 1944) et  lui pr\u00e9tend qu\u2019il \u00e9tait plus facile de vivre l\u2019hiver dans le tunnel  qu\u2019\u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, \u00e0 cause du froid. Le plus dur dans le tunnel \u00e9tait la  poussi\u00e8re permanente. Ce n\u2019est pas ce que disent d\u2019autres.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Le grand-oncle de Sylvie est  arriv\u00e9 en septembre 1944, apr\u00e8s avoir d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9 un hiver \u00e0 Buchenwald.  \u00c9tant donn\u00e9e sa constitution physique plut\u00f4t fragile, c\u2019est un v\u00e9ritable  miracle qu\u2019il ait surv\u00e9cu un hiver de plus \u00e0 Dora. Suite \u00e0 \u00a0la demi  obscurit\u00e9 du tunnel dans lequel il travailla des mois durant, \u00a0ses yeux  ne pourront plus supporter la lumi\u00e8re du jour pendant plusieurs mois  apr\u00e8s sa lib\u00e9ration : il \u00a0vivra alors reclus dans une pi\u00e8ce de  l&rsquo;appartement des grands-parents de Sylvie, volets clos, ayant beaucoup  de peine \u00e0 se r\u00e9habituer \u00e0 la vie en soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Florian nous fait aller sur la  place d\u2019appel, aujourd\u2019hui recouverte de gravillons. Le supplice de  l\u2019appel durait jusqu\u2019\u00e0 quatre heures quotidiennes, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que les  comptes de morts et de vivants \u2013 faits par des SS ignares \u2013 soient  justes. Tous devaient se tenir debout, sans parler ni bouger, y compris  le soir les morts de la journ\u00e9e qu\u2019il fallait tenir par les aisselles.  Une immense plaque de bronze de vingt m\u00e8tres de large ceint une partie  de la place, illustrant les portes de l\u2019enfer.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Bient\u00f4t, nous nous dirigeons vers  le tunnel. Florian nous explique le mal qu\u2019ils se donnent \u00e0 Dora \u00e0  faire respecter ce lieu comme un immense cimeti\u00e8re\u00a0: que parfois, des  familles viennent pique-niquer sur les pelouses. Que dans les ann\u00e9es 90  et jusqu&rsquo;en 2004, une entreprise de dressage de chiens de garde avait  plac\u00e9 son local juste \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du camp des d\u00e9port\u00e9s, sur la dalle  d\u2019arriv\u00e9e des trains pour Dora. Il aura fallu des ann\u00e9es pour les  d\u00e9loger, en leur offrant un autre site, naturellement.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Florian a une conscience aigu\u00eb du  r\u00f4le qu\u2019il a \u00e0 jouer\u00a0; il est de la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration apr\u00e8s le  nazisme, mais surtout de la derni\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration qui aura rencontr\u00e9 des  d\u00e9port\u00e9s. Il \u00e9voque fr\u00e9quemment ce que ceux-l\u00e0 lui ont dit, ceux qui  sont revenus sur ces lieux et ont voulu (pu) parler. Il a conscience  d\u2019appartenir au peuple qui a commis cela, et d\u2019une certaine fa\u00e7on entend  \u00ab\u00a0racheter\u00a0\u00bb la faute de ses anc\u00eatres de cette fa\u00e7on. Son premier  contact avec Dora a \u00e9t\u00e9 lors de son service civil, qu&rsquo;il a effectu\u00e9 il y  a 5 ans comme guide. Au d\u00e9part, simple curiosit\u00e9, car il habitait \u00e0  quelques kilom\u00e8tres de l\u00e0. Puis, passionn\u00e9 par cette exp\u00e9rience, il a  continu\u00e9 \u00e0 faire visiter le site, les samedis et dimanches, pendant ses  \u00e9tudes de psychologie. Il est de plus tr\u00e8s actif au sein de  l&rsquo;association <em>Jugend f\u00fcr Dora<\/em> (= De la jeunesse au service de  Dora). \u00c0 l&rsquo;occasion de rencontres estivales, des jeunes de toutes  nationalit\u00e9s (fran\u00e7ais, italiens, belges, allemands, polonais) r\u00e9alisent  diff\u00e9rents projets mettant en valeur le site du m\u00e9morial ou d&rsquo;autres  sites directement li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;histoire du camp. Par exemple, ils se sont  donn\u00e9 pour but de marquer au sol de fa\u00e7on continue une route des marches  de la mort. Florian aura une attitude remarquable durant toute la  visite, exceptionnelle. Il ira s\u2019asseoir avec nous \u00e0 la caf\u00e9t\u00e9ria apr\u00e8s  la visite, c\u2019est-\u00e0-dire au bout de trois heures (au lieu de l&rsquo;heure et  demie pr\u00e9vue), mais il refusera de prendre des g\u00e2teaux (la seule chose  que l\u2019on propose \u00e0 manger sur place)\u00a0: nous devinons l\u2019ind\u00e9cence qu\u2019il  ressent \u00e0 cette consommation dans ces lieux.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Nous entrons dans le tunnel\u00a0: il  est immense, en long, mais aussi en hauteur. Assez loin dans le tunnel,  on fabriquait les V2, fus\u00e9es de 14 m de haut. Dans les galeries  lat\u00e9rales, en 1943, les d\u00e9port\u00e9s dormaient dans des ch\u00e2lits de 6 m de  haut \u00e0 quatre \u00e9tages\u00a0: une galerie pouvait contenir au moins mille  personnes. Les d\u00e9port\u00e9s qui dormaient dans les \u00e9tages sup\u00e9rieurs avaient  tellement peu d&rsquo;air pour respirer que souvent ils ne se r\u00e9veillaient  pas le matin. Nous pouvons lire sur une liste des morts quotidiens tenue  \u00e0 jour par le m\u00e9decin du camp, en face de plusieurs noms : <em>erstickt <\/em>(\u00e9touff\u00e9). Lors de la construction de ces galeries, le nombre de victimes quotidiennes est d&rsquo;environ 40.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Une fois que nous sommes entr\u00e9s  dans le v\u00e9ritable tunnel, une structure m\u00e9tallique donne le plan du  tunnel\u00a0: deux galeries parall\u00e8les, que traversent de nombreuses galeries  transversales. C\u2019est la fameuse <em>\u00e9chelle<\/em> dont parle FLL. Nous  n\u2019irons pas plus loin que le quatri\u00e8me barreau de l\u2019\u00e9chelle\u00a0: on  s\u2019enfonce plus loin dans la mine, et le sol (au-dessus duquel nous  marchons sur une galerie de bois) est jonch\u00e9 de ferrailles tordues\u00a0:  bouts de chemins de fer, morceaux de V1, longs cylindres rouill\u00e9s  (peut-\u00eatre les r\u00e9servoirs dont parle FLL et qui \u00e9taient impossibles \u00e0  porter, et qu\u2019il fallait quand m\u00eame porter \u00e0 plusieurs, au risque  d\u2019\u00e9craser ceux qui marchaient en t\u00eate). En r\u00e9alit\u00e9, lorsque les Russes,  qui avaient pris possession de Dora d\u00e9but juillet 1945 comme le  pr\u00e9voyaient les accords de Potsdam, eurent fini d&#8217;emporter en URSS tous  les objets technologiques, outils, plans, m\u00e9taux qui les int\u00e9ressaient,  ils dynamit\u00e8rent en 1949 l\u2019int\u00e9rieur de plusieurs galeries afin  d&#8217;emp\u00eacher d\u00e9finitivement l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la mine, ce qui explique\u00a0 \u00ab\u00a0le champ  de bataille\u00a0\u00bb au-dessus duquel nous \u00e9voluons. Plus loin, il y a au  moins un m\u00e8tre d\u2019eau partout : la nappe phr\u00e9atique, qui \u00e9tait  r\u00e9guli\u00e8rement pomp\u00e9e lorsque les d\u00e9port\u00e9s \u00e9taient dans la mine. La  visite s\u2019arr\u00eate l\u00e0 et Florian nous explique qu\u2019elle n\u2019ira jamais plus  loin, non pas tant parce que l&rsquo;infrastructure suppl\u00e9mentaire n\u00e9cessaire \u00e0  la visite co\u00fbterait cher, mais plut\u00f4t pour contrecarrer l&rsquo;ind\u00e9licatesse  de certains visiteurs du site, qui n&rsquo;ont pour but que de voir les  galeries de construction des V2 et d&rsquo;admirer ce symbole par excellence  de la force (destructrice) de la technologie nazie, et par l\u00e0 m\u00eame de la  grandeur de l\u2019Allemagne nazie.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">\u00c0 propos de ces V2, les r\u00e9cits de  rescap\u00e9s concordent pour dire que les d\u00e9port\u00e9s savaient pertinemment ce  qu\u2019on leur faisait fabriquer \u00e0 Dora. \u00c0 Buchenwald, Pierre Julitte et  ses amis avaient eux aussi compris qu\u2019ils travaillaient \u00e0 un dispositif  \u00e9lectronique commandant la mise \u00e0 feu d\u2019une arme nouvelle. Des deux  c\u00f4t\u00e9s, les d\u00e9port\u00e9s essayaient de r\u00e9sister de l\u2019int\u00e9rieur, en sabotant  le mat\u00e9riel. Il fallait naturellement \u00eatre extr\u00eamement discret. La  moindre tentative de sabotage rep\u00e9r\u00e9e (ou imagin\u00e9e\u00a0; le fait de laisser  tomber un outil \u00e9tait assimil\u00e9 \u00e0 un acte de sabotage) valait \u00e0 leurs  auteurs d\u2019\u00eatre pendus, leurs corps passant sur la cha\u00eene de montage  au-dessus des t\u00eates des d\u00e9port\u00e9s. Et n\u00e9anmoins<em>, ils <\/em>parviendront \u00e0 rendre inutilisables un tr\u00e8s grand nombre d\u2019armes construites. En lisant <em>L\u2019arbre de G\u0153the<\/em>,  on pourrait m\u00eame croire que les V2 n\u2019ont jamais fonctionn\u00e9. La r\u00e9alit\u00e9  est que quelque 3200 V2 ont \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9s avec succ\u00e8s par les nazis, m\u00eame  si beaucoup plus (4575, d\u2019apr\u00e8s Andr\u00e9 Sellier, dans son livre, p.  408-409) ont \u00e9t\u00e9 construits par les d\u00e9port\u00e9s. Peut-on dire que la  destruction engendr\u00e9e par les V2 est moins spectaculaire qu\u2019escompt\u00e9\u00a0?  Ou bien que les nazis esp\u00e9raient trouver rapidement une \u00ab\u00a0arme de  destruction massive\u00a0\u00bb plus performante encore\u00a0?<\/p>\n<p dir=\"ltr\">En sortant du tunnel, notre  compagnon de visite belge s&rsquo;\u00e9clipse\u00a0rapidement car il doit encore faire  la route jusqu&rsquo;\u00e0 Weimar (puis Buchenwald le lendemain). Une derni\u00e8re  discussion assez \u00e9tonnante entre lui et Florian : ce dernier s&rsquo;\u00e9tonne  que m\u00eame dans des circonstances aussi dramatiques que celles du camp,  les rivalit\u00e9s habituelles entre communaut\u00e9s ne se soient pas effac\u00e9es,  comme par exemple entre Wallons et Flamands. Le visiteur belge d\u00e9fend  son point de vue, en voulant \u00e0 tout prix justifier qu&rsquo;un Wallon est, en  tout \u00e9tat de cause, le pire ennemi d&rsquo;un Flamand&#8230;<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Plus tard, apr\u00e8s la caf\u00e9t\u00e9ria (il  aura pass\u00e9 presque quatre heures avec nous), Florian nous demande  pardon de nous quitter, mais une deuxi\u00e8me visite l\u2019attend. Il assume sa  fonction comme un devoir.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Sylvie veut effectuer la visite  int\u00e9grale du mus\u00e9e (elle veut lire tout ce qu\u2019elle n\u2019a fait que survoler  vendredi) et nous trois (JCH, JJ, OS) partons plus haut dans le camp,  \u00ab\u00a0voir\u00a0\u00bb les deux seuls vestiges, car constructions \u00ab\u00a0en dur\u00a0\u00bb\u00a0: une  petite casemate en cas d\u2019incendie. Et plus haut, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du <em>Revier<\/em>,  le four cr\u00e9matoire. Il y a encore une civi\u00e8re et surtout les deux  fours. La pi\u00e8ce du gardien est d\u00e9cor\u00e9e (d\u2019origine) de petites fresques  champ\u00eatres. Une tr\u00e8s belle sculpture de bronze non loin des fours,  discr\u00e8te, \u00e0 la fois symbolique et explicite.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Nous rejoignons Sylvie, visitons  le mus\u00e9e\u00a0: tout le monde est parti, mais les consignes ont \u00e9t\u00e9  visiblement donn\u00e9es au gardien de nuit pour qu\u2019il nous laisse terminer  la visite sans nous bousculer. Quelques films\u00a0: Wernher von Braun y est  montr\u00e9 \u00e0 la fin de la guerre\u00a0: il a l\u2019air satisfait de lui. On le voit  d\u00e9j\u00e0 vendant ses services aux Am\u00e9ricains, qui acceptent aussit\u00f4t l\u2019id\u00e9e  de V2 am\u00e9ricains. Il sera conseiller \u00e0 la NASA. On le voit m\u00eame en photo  au c\u00f4t\u00e9 de Kennedy. (\u00c0 noter toutefois\u00a0: en f\u00e9vrier-mars 1944, Von  Braun, qui est membre de la SS, est victime de querelles de factions  dans l&rsquo;entourage de Hitler, \u00e0 l&rsquo;occasion de la maladie de Speer, en  rivalit\u00e9 avec Himmler ; il est arr\u00eat\u00e9 et incarc\u00e9r\u00e9 pendant deux semaines  entre mars et avril 1944 avec deux de ses proches collaborateurs :  Klaus Riedel et Helmut Gr\u00f6ttrup, pour d\u00e9sagr\u00e9gation du potentiel  militaire et d\u00e9faitisme. Le g\u00e9n\u00e9ral Dornberger d\u00e9fend sa cause aupr\u00e8s de  Hitler en soutenant que le programme des fus\u00e9es ne peut continuer sans  ces trois hommes qui sont finalement lib\u00e9r\u00e9s).<\/p>\n<p dir=\"ltr\">On voit \u00e9galement des films  montrant des cadavres, comme ceux de cette cohorte de la mort\u00a0: au cours  d&rsquo;une des marches de la mort, les SS enferment, \u00e0 Gardelegen, plus d&rsquo;un  millier de d\u00e9port\u00e9s dans une grange et y mettent le feu. Un autre film  montre le sinistre spectacle de l&rsquo;entr\u00e9e des Alli\u00e9s dans le camp de la  Boelcke Kazern de Nordhausen qu&rsquo;ils avaient bombard\u00e9 par erreur). \u00c0  Gardelegen, les Am\u00e9ricains exigeront des habitants allemands qu\u2019ils se  mettent en costume du dimanche et qu\u2019ils fassent une s\u00e9pulture en terre  pour chaque cadavre calcin\u00e9. Des films, les plus poignants, montrant les  rescap\u00e9s d\u00e9livr\u00e9s par les Am\u00e9ricains. Des \u00eatres lamentables, maigres \u00e0  l\u2019extr\u00eame dans leurs pyjamas d\u00e9chir\u00e9s, aux corps ab\u00eem\u00e9s, d\u00e9truits et \u00e0  qui on entrouvre subitement une fen\u00eatre de vie. Ils ne peuvent pas  sourire. Ils pleurent, alors m\u00eame qu\u2019ils ne savaient plus le faire  depuis longtemps.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Un panneau nous rend  particuli\u00e8rement amers : la nature d\u00e9risoire des peines prononc\u00e9es lors  des deux proc\u00e8s apr\u00e8s-guerre (en 1946 et en 1960) o\u00f9 compara\u00eetront  quelques-uns des bourreaux de Dora. Lors du deuxi\u00e8me, le SS Erwin Busta,  \u00e9voqu\u00e9 dans tous les t\u00e9moignages de d\u00e9port\u00e9s (Julitte, Sellier, Michel)  comme l&rsquo;un des plus cruels et sadiques est reconnu coupable avec  d&rsquo;autres de 170 morts, condamn\u00e9 \u00e0 7 ans et demi de prison, mais n&rsquo;en  effectuera aucune. Pourquoi?<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Il fait nuit, nous quittons les lieux.<\/p>\n<h4>Lundi 18 d\u00e9cembre 2006<\/h4>\n<p dir=\"ltr\">L\u2019archiviste municipal M. Orend  nous attend au mus\u00e9e de la ville, dont il est \u00e9galement directeur. Il a  pr\u00e9par\u00e9 pour nous les deux classeurs d\u2019archives qu\u2019il a pu trouver. Ils  n\u2019ont pas grand int\u00e9r\u00eat. Diff\u00e9rentes factures des entreprises de la  ville employant des travailleurs forc\u00e9s.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">En fouillant, M. Orend, aid\u00e9 par  Sylvie, exhume un livre et un document. Nous trouverons la liste des  maires qui se sont succ\u00e9d\u00e9 en 1945 et quelques dates.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">De 1940 au 9 avril 1945, c\u2019est  August Ibenthal qui est le maire\u00a0: il est inscrit au parti national  socialiste. D&rsquo;apr\u00e8s Madame Schimmel il n&rsquo;est pas un nazi trop z\u00e9l\u00e9. (M.  Orend, en apart\u00e9, nous dit quand m\u00eame qu&rsquo;Ibenthal s&rsquo;est r\u00e9joui de  \u00a0l&rsquo;incendie (provoqu\u00e9) de la synagogue de Seesen \u00a0lors de la nuit de  cristal, le 9 novembre 1938). \u00c0 l\u2019approche des alli\u00e9s, il s\u2019enfuit  (probablement le 9 avril). <em>Revivre\u00a0!<\/em> nous apprend de fa\u00e7on assez humoristique p. 6 qu\u2019il s\u2019est fait rattraper le 25 avril par les Am\u00e9ricains et fait prisonnier.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Le 9 avril, c\u2019est Bruno Rusche  qui est install\u00e9 dans le fauteuil de maire. Il s\u2019agit donc probablement  du maire fantoche dont parle FLL.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Enfin, le 25 avril, c\u2019est Arno Krosse, ancien socialiste d\u00e9mocrate, traqu\u00e9 par les nazis, qui devient maire officiel.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Mais il est clair que l\u2019essentiel  des archives de la ville a disparu. Non seulement les archives des  ann\u00e9es nazies, mais aussi celles de l\u2019apr\u00e8s-guerre. Le maire actuel  pr\u00e9tend qu\u2019elles ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9truites par un archiviste, lequel pourtant  avait \u00e9crit un ouvrage sur les juifs. M. Orend nous avoue ne pas croire \u00e0  la version du maire. Tout cela est assez \u00e9trange.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Nous ne trouvons donc pas ce que nous \u00e9tions venus chercher\u00a0: aucune trace de FLL n\u2019appara\u00eet ici.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">\u00c0 9h30 nous rejoint une vieille  dame, \u00e9l\u00e9gante et souriante, Madame Ursula Schimmel. Elle r\u00e9pond \u00e0  l&rsquo;invitation de M. Orend, qui est li\u00e9 d&rsquo;amiti\u00e9 avec elle : son d\u00e9funt  mari \u00e9tait le directeur du mus\u00e9e en poste avant M. Orend. Il l&rsquo;appelle  m\u00eame du surnom affectueux : Uschi. Madame Schimmel se met \u00e0 notre  disposition pour r\u00e9pondre \u00e0 nos questions. \u00a0Elle a 78 ans, en avait donc  17 en 1945. Son p\u00e8re, Alban Rabe, \u00e9tait architecte, en charge de  l&rsquo;am\u00e9nagement de la ville et bras droit du maire. Il a \u00e9crit ses  m\u00e9moires. Au mois d\u2019avril 1945, quand apparaissent plusieurs centaines  de rescap\u00e9s, tous en tr\u00e8s mauvais \u00e9tat de sant\u00e9, l\u2019\u00e9cole de la ville (un  b\u00e2timent tr\u00e8s vaste) est transform\u00e9e en h\u00f4pital. Il s&rsquo;agit de  travailleurs forc\u00e9s lib\u00e9r\u00e9s, de d\u00e9port\u00e9s, de prisonniers de guerre. Mme  Schimmel, qui n\u2019a aucune formation m\u00e9dicale sp\u00e9cifique (elle est en  classe de premi\u00e8re au lyc\u00e9e), va durant quatre semaines (apr\u00e8s ce laps,  des s\u0153urs infirmi\u00e8res polonaises prendront la rel\u00e8ve) faire office  d\u2019aide-soignante pour les soins d&rsquo;urgence, au c\u00f4t\u00e9 de sa m\u00e8re qui elle,  est responsable de la Croix-Rouge locale. Des infirmi\u00e8res dipl\u00f4m\u00e9es leur  expliquent les actes \u00e0 accomplir. Durant cette p\u00e9riode, entre 200 et  700 personnes arrivaient quotidiennement dans la ville (r\u00e9fugi\u00e9s de  l&rsquo;est, soldats allemands qui erraient, population civile des r\u00e9gions  plus au nord, prisonniers de guerre, travailleurs forc\u00e9s, d\u00e9port\u00e9s). Les  d\u00e9port\u00e9s allemands \u00e9taient en moins mauvais \u00e9tat que les autres, mais  les Polonais ou les Russes \u00e9taient, eux, pitoyables. Mme Schimmel a  ainsi constat\u00e9 a posteriori la diff\u00e9rence de traitement que les  prisonniers avaient subi selon leur origine.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Elle se souvient des lits qu\u2019il  fallait sans cesse d\u00e9placer d\u2019une chambre \u00e0 une autre, d\u2019un \u00e9tage \u00e0 un  autre, et donc porter dans l&rsquo;escalier de l&rsquo;\u00e9cole car il n&rsquo;y avait pas  d&rsquo;ascenseur. Nous lui demandons naturellement si le nom de FLL lui dit  quelque chose\u00a0; en r\u00e9alit\u00e9, on appelait tous les gens par leur pr\u00e9nom,  et les Fran\u00e7ais s\u2019appelaient souvent Pierre, Jean ou Fran\u00e7ois, aussi ne  peut-elle avoir le moindre souvenir de FLL. Les rescap\u00e9s avaient  fr\u00e9quemment des \u0153d\u00e8mes purulents aux jambes. Il n\u2019y avait naturellement  plus d\u2019anesth\u00e9sie et les m\u00e9decins, r\u00e9quisitionn\u00e9s aupr\u00e8s des h\u00f4pitaux  militaires allemands, devaient tailler dans le vif pour faire sortir le  pus. Il y avait de nombreux morts tous les jours. Et c\u2019est aussi cela  qui est terrible\u00a0: le nombre immense de d\u00e9port\u00e9s survivant \u00e0 la  lib\u00e9ration des camps, mais morts au cours des marches de la mort, ou  m\u00eame une fois libres, de par leurs blessures, leur trop grande faiblesse  (ou m\u00eame ceux qui \u00e9taient emport\u00e9s du fait d\u2019absorber brutalement plus  d\u2019aliments que leur estomac pouvait alors supporter).<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Cette \u00e9cole aura si bien rempli  son office hospitalier que, apr\u00e8s la guerre et jusqu\u2019en 1951 ou 52, elle  restera l&rsquo;h\u00f4pital public de Seesen.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Mme Schimmel se rappelle que la  ville \u00e9tait d&rsquo;abord sous autorit\u00e9 am\u00e9ricaine, assez souple, puis  britannique (plus rigide, \u00e0 partir du 13 juin 45). Les Am\u00e9ricains ont  instaur\u00e9 un climat de confiance, notamment, dit-elle, par la pr\u00e9sence  d\u2019un jeune d&rsquo;une famille juive de Seesen \u00e9migr\u00e9e en 1933 aux USA, qui  revint en lib\u00e9rateur, retrouva certains de ses copains et servit  d&rsquo;interpr\u00e8te entre l&rsquo;administration locale et le gouvernement militaire.  Les Noirs am\u00e9ricains \u00e9taient ador\u00e9s des enfants. Mme Schimmel se  souvient aussi de la lib\u00e9ration du camp de travailleurs forc\u00e9s russes,  install\u00e9 sur la colline en bordure de Seesen. Comme ils avaient \u00e9t\u00e9  particuli\u00e8rement mal trait\u00e9s lors de leur captivit\u00e9 (tr\u00e8s peu nourris,  aucun contact avec la population locale, discipline du camp semblable \u00e0  celle des camps de concentration), ils avaient besoin de se d\u00e9fouler \u00e0  peine lib\u00e9r\u00e9s. La population locale (f\u00e9minine) \u00e9tait terroris\u00e9e. Leur  premi\u00e8re action a \u00e9t\u00e9 du vandalisme \u00e0 l&rsquo;usine de p\u00e2tes de Seesen : ils  ont r\u00e9pandu dans toute la ville des sacs et des sacs de farine et de  nouilles. Ce qui, compte tenu de la famine g\u00e9n\u00e9rale, constituait \u00e0 ce  moment-l\u00e0 une monumentale provocation.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">D\u2019apr\u00e8s un document extrait du manuscrit du p\u00e8re de Mme Schimmel, les derniers rescap\u00e9s fran\u00e7ais sont partis le 7 mai 1945.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">\u00c0 la fin de l\u2019entretien, M. Orend  n\u2019y tient plus\u00a0: il veut nous faire visiter son petit mus\u00e9e. Il nous  promet de faire la visite en dix minutes. Nous lui embo\u00eetons le pas. Il y  a deux originalit\u00e9s dans le mus\u00e9e. La premi\u00e8re est que, Napol\u00e9on, par  le biais de son fr\u00e8re J\u00e9r\u00f4me alors Roi de Westphalie, royaume dont  faisait partie Seesen (le royaume de Westphalie [1807-1813] est une  cr\u00e9ation de Napol\u00e9on, dans sa vaste entreprise de r\u00e9organisation de  l&rsquo;Allemagne: il contenait \u00e0 l&rsquo;origine la Westphalie proprement dite, la  Hesse-Cassel, le Brunswick, et une bonne partie du Hanovre. Il faisait  lui-m\u00eame partie de la Conf\u00e9d\u00e9ration du Rhin), promit une r\u00e9compense \u00e0  qui trouverait le moyen de conserver la nourriture durant six mois sans  qu\u2019elle s\u2019ab\u00eeme (on devine l&rsquo;application militaire de cette trouvaille).  Un ing\u00e9nieux savant fran\u00e7ais (Nicolas Appert) trouva au tout d\u00e9but du  XIX\u00b0 la solution\u00a0: faire cuire les aliments en bo\u00eete ferm\u00e9e (principe d\u2019<em>appertisation<\/em>).  Le principe de la bo\u00eete de conserves en fer appara\u00eet donc assez vite,  et Seesen est la premi\u00e8re ville \u00e0 en fabriquer industriellement. Il  reste encore une grande usine \u00e0 Seesen, d\u00e9nomm\u00e9e Z\u00fcchner, qui produit  entre autres des aliments en conserves. Chaque membre de notre quartet  repart avec une bo\u00eete tirelire de Seesen, ferm\u00e9e sous nos yeux, et  d\u00e9cor\u00e9e par un \u00e9pisode de Max et Moritz, bande dessin\u00e9e tr\u00e8s populaire  du d\u00e9but du XX\u00e8me si\u00e8cle pour enfants, sign\u00e9e par un artiste de la  r\u00e9gion, W. Busch.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">\u00c0 l\u2019\u00e9tage est pr\u00e9sent\u00e9e la  seconde et tr\u00e8s rare sp\u00e9cificit\u00e9 locale. S\u2019inspirant du mod\u00e8le  d\u2019harmonium de la synagogue, les fr\u00e8res Steinweg construisent vers 1828  un piano. Ce piano a une m\u00e9canique assez r\u00e9volutionnaire. Dans les  ann\u00e9es qui suivent, un incendie ravage Seesen et toute la ville ne  s\u2019occupe que de reconstruction pendant plusieurs ann\u00e9es. Mais l\u2019id\u00e9e du  piano refait surface et dans les ann\u00e9es 1840 (?), les fr\u00e8res Steinweg se  remettent \u00e0 construire plusieurs pianos. Le succ\u00e8s est grand, les  commandes affluent. Il faut envisager une expansion. Et c\u2019est New York  qui accueille la fabrique de pianos Steinweg en 1850. Le nom allemand  veut dire <em>chemin de pierre<\/em>, et il est assez naturellement  anglicis\u00e9 en Steinway. \u00c0 New York, en dix ans, ils s&rsquo;imposent. Ils  construisent la plus grosse usine au monde\u00a0: monumentale, elle occupe un  bloc entier. Le mus\u00e9e poss\u00e8de un mod\u00e8le de piano Steinway de 1853. Le  piano est un gros parall\u00e9l\u00e9pip\u00e8de (le principe de la queue n\u2019est pas  encore trouv\u00e9), le cadre est m\u00e9tallique (si j\u2019ai bien vu), mais les  cordes sont horizontales et assez courtes. Malheureusement il est tr\u00e8s  d\u00e9saccord\u00e9, et l&rsquo;on ne peut donc pas en jouer. M. Orend nous invite \u00e0  Hambourg en 2007 \u00e0 une rencontre \u00e0 l&rsquo;usine de Steinway locale.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Visite au cimeti\u00e8re de M\u00fcnchehof,  \u00e0 7 km de Seesen. Ce sont essentiellement des plaques de pierre fich\u00e9es  en terre et portant les inscriptions. Le sol est recouvert d\u2019herbe. Au  fond, une esp\u00e8ce de rectangle d\u00e9limit\u00e9 par un tout petit muret. Quelques  arbustes plant\u00e9s et une pierre arrondie pos\u00e9e tout au fond portant  l\u2019inscription (r\u00e9cemment regrav\u00e9e) en anglais et allemand<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong>\u00c0 la m\u00e9moire des 23 anciens prisonniers<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center\" dir=\"ltr\">de Dora \u2013 Nordhausen<\/p>\n<p style=\"text-align: center\" dir=\"ltr\">victimes des camps de concentration<\/p>\n<p style=\"text-align: center\" dir=\"ltr\">de l\u2019Allemagne nazie Le comit\u00e9 des K Z Camarades<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Ce m\u00eame texte est grav\u00e9 sur la  paroi avant du tout petit muret en quatre langues, fran\u00e7ais, roumain,  russe (caract\u00e8res cyrilliques) et italien. Il s\u2019agit de 23 corps  retrouv\u00e9s morts dans un wagon, non identifiables non identifi\u00e9s.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Au verso de la pierre se trouve verticalement l\u2019inscription <strong>TSCHLAND<\/strong>.  Il y a \u00e9galement, sur la partie gauche du verso de la pierre, mais tr\u00e8s  peu visible car non regrav\u00e9e, la moiti\u00e9 de la carte de l\u2019Allemagne et  l\u2019Autriche.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">L\u2019autre moiti\u00e9 de la fameuse pierre est au cimeti\u00e8re (?) de Nordhausen. Elle porte l\u2019inscription <strong>GRO\u00dfDEU<\/strong>.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Ces deux pierres sont les deux  moiti\u00e9s d\u2019une m\u00eame et unique pierre \u00e9rig\u00e9e en 1938 \u00e0 la gloire du r\u00e9gime  nazi et de son projet expansionniste de <em>Grande Allemagne, <\/em>d\u00e9j\u00e0  en partie r\u00e9alis\u00e9\u00a0avec l&rsquo;annexion de l&rsquo;Autriche. Cette pierre \u00e9tait  install\u00e9e au centre de Seesen (\u00e0 une extr\u00e9mit\u00e9 de la rue actuellement  pi\u00e9tonne), pourvue de la carte de l\u2019Allemagne apr\u00e8s l\u2019Anschlu\u00df.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Ironie de l\u2019histoire, les deux  demi-pierres seront de nouveau s\u00e9par\u00e9es par la \u00ab\u00a0ligne de partage \u00bb qui  coupera la RFA de la RDA en 1949.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">En sortant du cimeti\u00e8re, M. Orend  entame une discussion politique tr\u00e8s sinc\u00e8re avec Sylvie, sur la  n\u00e9cessit\u00e9 constante d&rsquo;\u00eatre des citoyens vigilants, de ne tol\u00e9rer aucune  d\u00e9rive militariste ou fasciste, de s&rsquo;ouvrir aux autres soci\u00e9t\u00e9s. Il est  actif dans les diff\u00e9rents jumelages de la ville, notamment avec  Carpentras.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Nous errons (en voiture) \u00e0 la  recherche des plus belles maisons de la ville, o\u00f9 FLL et ses camarades  auraient pu s&rsquo;installer. M. Orend nous montre un quartier qu\u2019occupaient  les Anglais et les Fran\u00e7ais. Nous nous perdons en conjectures pour ce  qui est de la plus belle maison.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Nous revenons \u00e0 Seesen, nous nous  arr\u00eatons faire le tour de l\u2019\u00e9cole qui avait \u00e9t\u00e9 transform\u00e9e en h\u00f4pital.  B\u00e2timent assez haut et tr\u00e8s r\u00e9nov\u00e9. Je ne lui trouve aucun cachet  particulier alors qu\u2019il est cens\u00e9 \u00eatre d\u2019inspiration Bauhaus.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Nous allons \u00e0 deux pas de l\u00e0 jeter un \u0153il \u00e0 la fabrique du journal local <em>Beobachter<\/em>.  C\u2019est l\u00e0 que FLL a rencontr\u00e9 le seul acte de r\u00e9sistance allemande \u00e0  Seesen, celui de la patronne du journal qui refusait de l\u2019aider. Mais  cela ne l\u2019a pas emp\u00each\u00e9 d&rsquo;y faire publier le num\u00e9ro unique du journal Revivre\u00a0!  Nous nous demanderons plus tard avec le maire o\u00f9 il avait bien pu  trouver du papier (le journal local avait cess\u00e9 d\u2019imprimer en 1941 ou  1942, faute de papier). Dans <em>Autour de la plage Bonaparte<\/em>, FLL  dit qu\u2019apr\u00e8s avoir arrach\u00e9 la clef \u00e0 la patronne du journal, il entre  dans l\u2019atelier et y trouve les machines et du papier.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Nous retournons \u00e0 la mairie.  Rentrons par l\u2019arri\u00e8re, montons directement, arrivons dans le bureau du  maire. Celui-ci, tr\u00e8s affable, nous accueille avec componction. Sylvie  nous dira ensuite qu\u2019il a parl\u00e9 avec une emphase extr\u00eame\u00a0: <em>Heute ist ein wichtiger Tag f\u00fcr Seesen ! (<\/em>Aujourd&rsquo;hui est un grand jour pour notre ville), etc. Il est manifestement heureux de voir le journal Revivre\u00a0!  revenir au lieu de sa fabrication. Il ne le connaissait pas.  Heureusement qu&rsquo;il ne comprend pas imm\u00e9diatement les expressions sal\u00e9es  qui s&rsquo;y trouvent, qualifiant les Allemands de l&rsquo;\u00e9poque. Il nous promet  des recherches actives personnelles d\u00e8s janvier et de nous tenir au  courant. Par courrier \u00e9lectronique trois jours plus tard, il nous invite  m\u00eame \u00e0 revenir, invit\u00e9s par la ville. Un discours donc tr\u00e8s politicien.  M. Orend est tr\u00e8s dubitatif sur la sinc\u00e9rit\u00e9 du maire. Lui cependant,  semble \u00eatre ravi que nous ayons un peu forc\u00e9 les portes, et nous promet  de continuer ses investigations sur FLL, par exemple aupr\u00e8s de  l&rsquo;imprimerie du journal. La rencontre avec M. Orend aura \u00e9t\u00e9 beaucoup  plus chaleureuse et constructive qu&rsquo;escompt\u00e9e.<\/p>\n<h4>Conclusion<\/h4>\n<p dir=\"ltr\">Notre enqu\u00eate relative \u00e0 ce que  fit FLL \u00e0 Seesen est plut\u00f4t d\u00e9cevante et nous rentrons sur ce plan  plut\u00f4t bredouilles\u00a0; tout n\u2019est pas clos, il n\u2019est pas impossible (bien  que peu probable) que le maire nous ouvre de nouvelles portes en 2007,  qu\u2019on nous montre enfin les archives relatives \u00e0 la p\u00e9riode qui nous  int\u00e9resse (du 10 avril au 7 mai 1945).<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Mais le voyage a \u00e9t\u00e9 absolument  extraordinaire, nous a permis de rencontrer des \u00eatres exceptionnels, des  \u00eatres qui ont conscience de ce qui fut la barbarie de leurs anc\u00eatres  (peu \u00e9loign\u00e9s) et qui ont conscience du devoir d\u2019histoire, de m\u00e9moire et  de r\u00e9paration. Des Allemands qui ont trouv\u00e9 dans leur comportement une  attitude v\u00e9ritablement digne\u00a0; des Allemands qui font preuve de qualit\u00e9s  humaines essentielles.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">La visite de Dora est tr\u00e8s  \u00e9prouvante\u00a0: on ne mesure pleinement l\u2019enfer que cela fut qu\u2019apr\u00e8s avoir  vu les lieux et p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 dans le tunnel, en d\u00e9pit de tout ce qu\u2019on a pu  lire sur le sujet. Cette visite \u00e9tait n\u00e9cessaire. Et nous avons eu la  chance d\u2019avoir pour guide Florian Sch\u00e4fer.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">C\u2019est \u00e0 Seesen que nous avons  pris conscience du possible double langage, des diff\u00e9rences de  comportement quant \u00e0 l\u2019attitude par rapport \u00e0 cette p\u00e9riode\u00a0: contraste  entre les postures de l\u2019archiviste municipal et du maire. C\u2019est l\u00e0 que  nous avons mesur\u00e9 que soixante ans n\u2019ont pas suffi \u00e0 refermer les plaies  de cette guerre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a9 Olivier Salon. Tous droits r\u00e9serv\u00e9s. Ceci est le compte-rendu d&rsquo;un voyage d&rsquo;enqu\u00e8te \u00e0 Seesen effectu\u00e9 par Olivier Salon et Jacques Jouet en d\u00e9cembre 2006 sur les traces de Fran\u00e7ois Le Lionnais. 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