{"id":150,"date":"2010-10-10T20:10:19","date_gmt":"2010-10-10T20:10:19","guid":{"rendered":"http:\/\/blogs.oulipo.net\/fll\/?p=150"},"modified":"2010-12-04T18:14:30","modified_gmt":"2010-12-04T18:14:30","slug":"23-max-jacob","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.oulipo.net\/fll\/2010\/10\/10\/23-max-jacob\/","title":{"rendered":"23. Max Jacob"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\">[Quatri\u00e8me Journ\u00e9e]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Lorsqu\u2019un homme m\u2019enthousiasme, un \u00e9crivain, un artiste, un scientifique, un homme int\u00e9ressant, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, et que je le rencontre, il n\u2019y a g\u00e9n\u00e9ralement rien de commun entre ce qu\u2019il est et ce que je vois de lui. Les po\u00e8tes qui m\u2019ont enthousiasm\u00e9 \u00e9taient absolument diff\u00e9rents de ce que j\u2019avais lu lorsque je les ai rencontr\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est le cas de Max Jacob qui est pour moi un des meilleurs \u00e9crivains de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise. Il ne m\u2019a pas d\u00e9\u00e7u, mais il est autre chose. J\u2019ai remarqu\u00e9 \u00e7a aussi pour des peintres, des musiciens, etc. Rencontrer l\u2019auteur d\u2019une \u0153uvre, c\u2019est faire une d\u00e9couverte et \u00e7a n\u2019est int\u00e9ressant que si l\u2019on tire de lui quelque chose qui n\u2019est pas le message qu\u2019il avait l\u2019intention d\u2019apporter \u2013 je crois d\u2019ailleurs que le message qu\u2019on apporte est toujours appr\u00eat\u00e9, et ce qu\u2019on est est autre chose que ce qu\u2019on dit. C\u2019est un peu la m\u00eame chose dans tous les domaines. En peinture, par exemple, on conna\u00eet la vie de peintres qui ont une certaine r\u00e9putation : elle est absolument diff\u00e9rente de ce qu\u2019on sait d\u2019eux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\n<p style=\"text-align: justify\">Demandez \u00e0 quelqu\u2019un ce qu\u2019il pense de Rubens par exemple, c\u2019est l\u2019homme des grosses femmes, des repas plantureux, quelque chose de rabelaisien. Or, qu\u2019\u00e9tait Rubens dans sa vie ? C\u2019\u00e9tait un homme qui avait extr\u00eamement peu de temps pour faire l\u2019amour ; il le faisait, il a eu des enfants, il aimait ses femmes, mais il ne leur donnait pas beaucoup de temps, il n\u2019avait pas le temps de manger. On sait que dans les festins qu\u2019il organisait, il mangeait quelques fruits, une salade, et c\u2019\u00e9tait tout. Il \u00e9tait ambassadeur, il faisait un peu d\u2019espionnage et a \u00e9t\u00e9 vid\u00e9 par Richelieu, bien entendu. Bref, Rubens est un homme qui a une vie extr\u00eamement vertueuse. Dans sa vieillesse, il a eu un peu de temps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\n<p style=\"text-align: justify\">Prenez l\u2019exemple oppos\u00e9\u00a0: Puvis de Chavannes. Il nous a fait palpiter d\u2019\u00e9motion devant ses grands tableaux de la Sorbonne, avec ces nymphes dans ces for\u00eats&#8230; C\u2019est quelque chose de pur, de chaste et d\u2019ang\u00e9lique. Qu\u2019\u00e9tait-il ? Un chasseur bourguignon qui culbutait les berg\u00e8res sur les foss\u00e9s\u00a0! On pourrait citer ainsi un tr\u00e8s grand nombre de cas, Chardin par exemple&#8230; mais on peut deviner Chardin, la petite fille qui pleure sur un oiseau mort a quand m\u00eame un corsage un peu d\u00e9gag\u00e9 qui n\u2019est pas d\u00e9sagr\u00e9able \u00e0 voir, ou bien la laiti\u00e8re dont le pot est cass\u00e9. On sait tr\u00e8s bien que son go\u00fbt, c\u2019\u00e9taient les souillons de cuisine. C\u2019\u00e9taient les seules femmes qui l\u2019int\u00e9ressaient. Une femme qui \u00e9tait propre n\u2019\u00e9tait pas int\u00e9ressante pour lui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\n<p style=\"text-align: justify\">Je ne dis pas qu\u2019il y a toujours de tels contrastes, mais un artiste ne se livre pas forc\u00e9ment dans son \u0153uvre. Il dit parfois ce qu\u2019il voudrait qu\u2019on croie qu\u2019il est, ou m\u00eame ce qu\u2019il aimerait \u00eatre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\n<p style=\"text-align: justify\">J\u2019en reviens \u00e0 Max Jacob. Je l\u2019ai rencontr\u00e9 vers 1926 avant que je ne prenne une usine de forges et d\u2019estampage. Puis je l\u2019ai connu pendant toute cette p\u00e9riode tr\u00e8s fortun\u00e9e pour moi, ensuite, je suis pass\u00e9 par une p\u00e9riode de vaches maigres. Nous nous sommes connus pendant une quinzaine d\u2019ann\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Je voulais lui dire mon admiration pour le po\u00e8te et pour le prosateur, tr\u00e8s diff\u00e9rents cependant l\u2019un de l\u2019autre, et un ami commun nous a pr\u00e9sent\u00e9s. Pendant tr\u00e8s longtemps, j\u2019ai su des po\u00e8mes du \u00a0<em>Laboratoire central<\/em>, qui est quelque chose d\u2019absolument \u00e9tonnant. Je les r\u00e9citais \u00e0 mon ami de Dora. En particulier ce po\u00e8me qui est chef-d\u2019\u0153uvre : \u201c\u00c9tablissement d\u2019une communaut\u00e9 au Br\u00e9sil\u201d. Les deux premiers vers :<\/p>\n<blockquote><p>Nous f\u00fbmes re\u00e7us par la foug\u00e8re et l\u2019ananas,<\/p>\n<p>L\u2019antilope craintif et l\u2019ip\u00e9cacuana&#8230;<\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">et un peu plus loin, deux vers qui sont peut-\u00eatre plus remarquables :<\/p>\n<blockquote><p>Un moine est bourrelier, l\u2019autre est cultivateur<\/p>\n<p>Le dimanche apr\u00e8s v\u00eapres, on herborise en ch\u0153ur.<\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Tout le po\u00e8me est comme cela, tout le livre est comme cela.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Et puis, il y a sa prose\u00a0: <em>Filibuth ou la montre en or<\/em>, <em>L\u2019homme de chair et l\u2019homme reflet<\/em>. Donc j\u2019arrivais plein d\u2019admiration, je le connaissais presque par c\u0153ur. Et je suis tomb\u00e9 sur un homme extr\u00eamement diff\u00e9rent. Que m&rsquo;a-t-il apport\u00e9, au fond ? Il m\u2019a permis de faire l\u2019apprentissage d\u2019une aptitude, d\u2019un certain type de finesse dans les relations humaines. Il poussait l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 au rang d\u2019un art tr\u00e8s sup\u00e9rieur. Il pratiquait les allusions au quatri\u00e8me ou cinqui\u00e8me degr\u00e9. Il faudrait un talent que je n\u2019ai pas pour le ressusciter mais, au fond, l\u2019int\u00e9r\u00eat de sa fr\u00e9quentation, c\u2019\u00e9taient des conversations dans lesquelles on disait autre chose que les mots qui \u00e9taient prononc\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\n<p style=\"text-align: justify\">J\u2019allais le voir souvent dans sa petite chambre de la rue Nollet o\u00f9 il faisait des gouaches et des dessins \u00e0 la plume. Il y avait presque toujours chez lui des gens qui venaient le voir du monde entier. Il devait avoir alors <a href=\"#50\" id=\"ref50\">une cinquantaine d\u2019ann\u00e9es<\/a>, c\u2019\u00e9tait entre 1927 et 1937. Il avait des amis de trois sortes : il avait d\u2019abord ses amis masculins, puisqu\u2019il \u00e9tait homosexuel et cela sans aucune g\u00eane. Il avait donc une cour de beaux gar\u00e7ons. Il y avait quelques femmes, notamment une femme de ministre, et des gens qui l\u2019aidaient \u00e0 vivre en lui achetant des gouaches. Enfin, il y avait des peintres ou des \u00e9crivains. Il avait beaucoup de souvenirs du Bateau-Lavoir. Il voyait fr\u00e9quemment Fernand L\u00e9ger, qui \u00e9tait un de ses bons amis, et Dubuffet, qui \u00e0 cette \u00e9poque-l\u00e0 \u00e9tait n\u00e9gociant en vins et peintre du dimanche.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\n<p style=\"text-align: justify\">Il faisait des tableaux extr\u00eamement diff\u00e9rents des \u00ab\u00a0bons\u00a0\u00bb Dubuffet et qui pour tout dire n\u2019\u00e9taient pas tr\u00e8s dr\u00f4les.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les premiers mois o\u00f9 j\u2019ai rencontr\u00e9 Max Jacob, j\u2019ai eu la maladresse d\u2019amener une petite amie avec moi. Il n\u2019\u00e9tait pas content du tout : il n\u2019aimait pas les femmes, les corps de femme, \u00e7a lui faisait un peu horreur. Il m\u2019a dit de mani\u00e8re tr\u00e8s s\u00e8che \u2013 cette mani\u00e8re s\u00e8che qui faisait partie chez lui des petites com\u00e9dies d\u2019ambigu\u00eft\u00e9 : \u00ab\u00a0Mon cher Fran\u00e7ois, je te prie, si tu veux continuer \u00e0 me voir, de ne pas venir avec ton matelas et de le laisser en haut de l\u2019escalier.\u00a0\u00bb Si, \u00e0 ce moment-l\u00e0, j\u2019avais \u00e9t\u00e9 dans un moment de grande passion, je l\u2019aurais laiss\u00e9 tomber s\u00e8chement. Mais ce n\u2019\u00e9tait pas le cas et nous avons continu\u00e9 \u00e0 nous voir. Pour vous donner une autre id\u00e9e des petites sc\u00e8nes que nous avions, je vais vous raconter un souvenir. Mais j\u2019ouvre d\u2019abord une parenth\u00e8se.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\n<p style=\"text-align: justify\">Apr\u00e8s ma grande p\u00e9riode faste d\u2019industriel, je suis entr\u00e9 dans une p\u00e9riode de vache maigre. Lui \u00e9tait toujours en p\u00e9riode de vache maigre. Souvent j\u2019allais le voir vers dix-sept heures. Nous terminions l\u2019apr\u00e8s-midi dans sa chambre d\u2019h\u00f4tel et puis assez souvent, nous partions, trois ou quatre, d\u00eener dans un petit bistrot. On choisissait des bistrots qui ne co\u00fbtaient pas cher. On allait \u00e0 ce moment-l\u00e0 dans un bistrot situ\u00e9 dans le prolongement du pont des Batignolles. Nous examinions le menu avec beaucoup de soin, nous regardions les prix, et il nous arrivait de prendre un plat pour deux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\n<p style=\"text-align: justify\">Un jour donc, j\u2019arrive chez lui; il y avait l\u00e0 cinq ou six de ses amis et une toute jeune femme d\u2019une beaut\u00e9 absolument \u00e9blouissante. C\u2019\u00e9tait une Am\u00e9ricaine, qui venait sans doute lui commander ou lui donner quelque chose. Les amis ne s\u2019int\u00e9ressaient pas du tout \u00e0 elle, du moins sur un certain plan, mais lui avait tout de suite remarqu\u00e9 que j\u2019avais \u00e9t\u00e9 fascin\u00e9 par cette belle Am\u00e9ricaine et il n\u2019a cess\u00e9, pendant les deux heures qui nous s\u00e9paraient du d\u00eener, de lui faire la cour. Expr\u00e8s pour m\u2019emb\u00eater. Je ne pouvais pas lutter : c\u2019\u00e9tait Max Jacob, l\u2019\u00e9crivain d\u00e9j\u00e0 c\u00e9l\u00e8bre, et pour une femme qui \u00e9tait venue exactement pour lui, je n\u2019existais plus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">J\u2019\u00e9tais donc exactement furieux. Nous sortons donc vers sept heures du soir, nous s\u00e9parons de quelques-uns et restons trois ou quatre \u00e0 aller d\u00eener dans je ne sais quel bistrot de la rue Nollet. Je lui faisais la gueule et il en \u00e9tait enchant\u00e9 bien entendu. Nous convenons, apr\u00e8s le d\u00eener que je le raccompagnerais \u00e0 son h\u00f4tel, c\u2019\u00e9tait mon chemin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il escomptait la sc\u00e8ne et il faisait expr\u00e8s de me parler d\u2019une mani\u00e8re l\u00e9g\u00e8rement perfide, en laissant planer un lourd orage sur nos rapports. Arriv\u00e9s au pied de l\u2019h\u00f4tel, il me dit : \u00ab\u00a0Alors, mon cher Fran\u00e7ois, quand viens-tu me revoir ? Tu as l\u2019air de faire une dr\u00f4le de t\u00eate. Tu n\u2019es pas bien ?\u00a0\u00bb Je lui dis : \u00ab\u00a0Je trouve simplement que tu es un beau salaud.\u00a0\u00bb Il attendait la chose, bien entendu. \u00ab\u00a0Comment ? Mais je ne te permets pas de me parler \u00e0 moi, Max Jacob, de cette mani\u00e8re-l\u00e0. Qu\u2019est-ce qui te prend ? Tu ne t\u2019es jamais permis cela. Sur quoi te bases-tu pour me dire cela?\u00a0\u00bb Je lui dis\u00a0: \u00ab\u00a0Tu le sais tr\u00e8s bien, ce n\u2019est pas la peine de s\u2019expliquer.\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0J\u2019exige que tu t\u2019expliques !\u00a0\u00bb Je lui dis : \u00ab\u00a0C\u2019est tr\u00e8s simple ; jusqu\u2019ici, nos rapports \u00e9taient un ciel sans nuages et \u00e9tablis sur les meilleures bases que l\u2019on puisse imaginer. Je pensais que nous avions partag\u00e9 le monde en deux. Il y a deux milliards d\u2019\u00eatres humains ; un milliard d\u2019hommes pour toi, un milliard de femmes pour moi. Il ne peut pas y avoir de rivalit\u00e9s entre nous. J\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s sensible, dans nos rapports, \u00e0 ta d\u00e9licatesse. Tu ne m\u2019avais jamais fait sentir que j\u2019avais une tare. \u00catre h\u00e9t\u00e9rosexuel, pour toi, c\u2019est r\u00e9pugnant ; mais avec tes amis, tu ne m\u2019en avais jamais rien laiss\u00e9 para\u00eetre. De mon c\u00f4t\u00e9, j\u2019avais fait preuve du m\u00eame esprit. Je pensais par cons\u00e9quent, qu\u2019avec ce partage de l\u2019humanit\u00e9 je pouvais vivre dans un oc\u00e9an de femmes qui me sont destin\u00e9es. Or je rencontre chez toi, aujourd\u2019hui, la femme la plus extraordinaire que j\u2019aie jamais vue, et tu fais tout ton possible pour la s\u00e9parer de moi alors que tu t\u2019en moques compl\u00e8tement. Maintenant elle nous a quitt\u00e9s ; j\u2019ai appris qu\u2019elle va prendre le bateau. L\u2019unique femme sur un milliard qui m\u2019int\u00e9resse, tu as fait tout pour m\u2019en priver. Et tu trouves que je n\u2019ai pas le droit de te traiter de salaud!\u00a0\u00bb II a r\u00e9fl\u00e9chi un peu, car il avait pr\u00e9par\u00e9 cette chose-l\u00e0, puis il a dit : \u00ab\u00a0Mon cher Fran\u00e7ois, tu ne comprendras jamais les homosexuels. Pour nous, la femme, c\u2019est le fruit d\u00e9fendu.\u00a0\u00bb Et puis il m\u2019a quitt\u00e9 l\u00e0-dessus ; nous \u00e9tions tous les deux assez contents de cette sc\u00e8ne. Des sc\u00e8nes comme celle-l\u00e0 il y en a eu une dizaine environ au cours de nos rapports.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\n<p style=\"text-align: justify\">Quelquefois, dans ma p\u00e9riode fortun\u00e9e, je l\u2019invitais dans un bon restaurant ; mais parfois aussi il \u00e9tait invit\u00e9 chez des amis et il s\u2019arrangeait pour me faire inviter. Je rencontrais alors des gens que j\u2019ai un peu oubli\u00e9s, des gens tr\u00e8s riches, tr\u00e8s snobs, dont il me parlait avec une grande admiration teint\u00e9e d\u2019un grand m\u00e9pris. Je me souviens par exemple avoir \u00e9t\u00e9 \u00e0 des d\u00eeners avec Violette Murat. Il n\u2019y a pas un cocher de fiacre qui ait eu un langage aussi grossier que Violette Murat. Elle \u00e9tait incapable d\u2019avoir un langage si peu que ce soit moyen. L&rsquo;essential donc, pour moi, c\u2019est que le Max Jacob que j\u2019ai connu, fait partie de mon arsenal, de l\u2019arsenal de la disparit\u00e9. Il a particip\u00e9 \u00e0 mon apprentissage d\u2019une certaine aptitude affective et intellectuelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9crivain Max Jacob, c\u2019est une autre personne, que j\u2019ai lue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\n<p style=\"text-align: justify\">J. M. Vous nous avez; dit pourtant qu\u2019il vous \u00e9tait arriv\u00e9 de faire de la po\u00e9sie avec lui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\n<p style=\"text-align: justify\">F.L.L. Dans nos rapports, en effet, comme j\u2019arrivais souvent le premier, il me lisait des po\u00e8mes et me demandait mon avis. Je lui en apportais aussi des miens et c\u2019\u00e9tait une excellente mani\u00e8re de voir la fa\u00e7on dont il appr\u00e9hendait mes dons po\u00e9tiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\n<p style=\"text-align: justify\">De temps en temps, il m\u2019arrachait un po\u00e8me des mains et il le corrigeait en rempla\u00e7ant un mot par un autre, en supprimant une phrase ; il me le redonnait avec beaucoup de condescendance, naturellement, et c\u2019\u00e9tait encore une petite occasion d\u2019ambigu\u00eft\u00e9. On discutait des corrections et bien s\u00fbr je ne me laissais pas tout le temps faire. Je me souviens tr\u00e8s bien d\u2019une discussion de chiffonniers que nous avons eue parce qu\u2019il voulait que je mette le mot espadrille quelque part dans mon po\u00e8me. Je pense aujourd\u2019hui que c\u2019est un mot tr\u00e8s beau parce qu\u2019il n\u2019est pas encore us\u00e9, il a gard\u00e9 une certaine vertu mis\u00e9rabiliste. J\u2019avais gard\u00e9 de lui, au moment o\u00f9 la guerre a \u00e9clat\u00e9, moins d\u2019une trentaine de po\u00e8mes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\n<p style=\"text-align: justify\">Des po\u00e8mes de moi avec son \u00e9criture, mais tout cela s\u2019est trouv\u00e9 transport\u00e9 dans la cave de mon appartement du Champ de Mars et la Gestapo les a foul\u00e9s au pied. Quand je suis revenu, j\u2019en ai retrouv\u00e9, je crois, trois, et j\u2019esp\u00e8re qu\u2019ils sont encore l\u00e0.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">__________________<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#ref50\" id=\"50\">une cinquantaine<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Max Jacob est n\u00e9 en 1876, il avait donc bien 50 ans en 1926. MA<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[Quatri\u00e8me Journ\u00e9e] Lorsqu\u2019un homme m\u2019enthousiasme, un \u00e9crivain, un artiste, un scientifique, un homme int\u00e9ressant, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, et que je le rencontre, il n\u2019y a g\u00e9n\u00e9ralement rien de commun entre ce qu\u2019il est et ce que je vois de lui. 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