{"id":21,"date":"2010-10-10T23:10:47","date_gmt":"2010-10-10T23:10:47","guid":{"rendered":"http:\/\/blogs.oulipo.net\/fll\/?p=21"},"modified":"2010-12-21T13:12:39","modified_gmt":"2010-12-21T13:12:39","slug":"5-musique-et-musiciens","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.oulipo.net\/fll\/2010\/10\/10\/5-musique-et-musiciens\/","title":{"rendered":"5. Musique et musiciens"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\">J\u2019ai commenc\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t mon contact avec la musique; je ne dirais pas que j\u2019ai commenc\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t mon contact avec les joies de la musique. C\u2019est une chose tr\u00e8s diff\u00e9rente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Je suis d\u2019une famille en partie musicienne puisque ma m\u00e8re \u00e9tait une artiste. Dans mon enfance, elle avait un tr\u00e8s bel appartement avenue Matignon o\u00f9 il y avait deux beaux pianos \u00e0 queue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est dans ce milieu que j\u2019ai appris le piano. J\u2019ai commenc\u00e9 extr\u00eamement t\u00f4t, avant les math\u00e9matiques, quand j\u2019avais trois ans. Mes doigts n\u2019\u00e9taient peut-\u00eatre pas tr\u00e8s bien form\u00e9s encore. Il y avait entre ma m\u00e8re et moi des liens d\u2019affection tr\u00e8s profonds \u2013 ce qui est assez naturel \u2013 elle se conduisait vraiment comme un ange avec moi, sauf au moment des le\u00e7ons de piano o\u00f9 elle devenait un d\u00e9mon. Vers ma cinqui\u00e8me ou sixi\u00e8me ann\u00e9e, j\u2019avais trois heures de piano tous les jours : une heure de gammes (au bout d\u2019un an qu\u2019on a fait une heure de gammes tous les jours, on a l\u2019impression qu\u2019on pourrait s\u2019en dispenser, ce n\u2019\u00e9tait pas son avis), une heure d\u2019exercices et une heure d\u2019\u0153uvres. Je faisais les gammes avec des pi\u00e8ces de monnaie pos\u00e9es sur les phalanges : il ne fallait pas qu\u2019elles tombent. Dans l\u2019enseignement du piano, je suis arriv\u00e9 \u00e0 une \u00e9poque beaucoup moins barbare car dans l\u2019\u00e9poque pr\u00e9c\u00e9dente, il y avait des esp\u00e8ces d\u2019appareils qui vous tenaient les doigts. C\u2019\u00e9tait vraiment la torture. L\u00e0, c\u2019\u00e9tait simplement une pr\u00e9occupation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">J\u2019\u00e9tais donc arriv\u00e9 \u00e0 tr\u00e8s bien jouer du piano quand ma m\u00e8re est morte. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 pour moi un tr\u00e8s, tr\u00e8s grand traumatisme. J\u2019avais onze ans. On m\u2019a mis \u00e0 ce moment-l\u00e0 au coll\u00e8ge de Melun. On a absolument tenu \u00e0 me donner un professeur de piano mais je n\u2019en voulais pas. Je ne voulais que ma m\u00e8re comme professeur de piano (je n\u2019ai jamais plus touch\u00e9 un instrument depuis. Jamais.) et, de toute fa\u00e7on, je jouais mieux que lui. On pouvait me donner n\u2019importe quelle sonate de Beethoven, je la jouais apr\u00e8s y avoir jet\u00e9 un coup d\u2019\u0153il, et correctement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Mais tout cela n\u2019est pas un contact tellement propice \u00e0 me faire aimer la musique, je n\u2019aimais pas tellement ce que je jouais. Je jouais bien, mais je n\u2019aimais pas tellement. Je me donnais l\u2019impression de l\u2019aimer parce que j\u2019aimais tout ce que ma m\u00e8re aimait, j\u2019admirais tout ce qu\u2019elle faisait, mais c\u2019est apr\u00e8s que je me suis rendu compte de ce qu\u2019\u00e9tait la musique. Par exemple, ma m\u00e8re me faisait jouer les musiciens du l8\u00e8me qu\u2019elle aimait beaucoup, ce qui \u00e9tait beaucoup plus rare \u00e0 cette \u00e9poque-l\u00e0 que maintenant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">J\u2019ai rencontr\u00e9 beaucoup de musiciens, et quelquefois de grands musiciens, qui fr\u00e9quentaient le salon de ma m\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Elle a donn\u00e9 quelques concerts salle Gaveau. Je me souviens de deux d\u2019entre eux : <a id=\"refsaintsaens\" href=\"#saintsaens\">Saint-Sa\u00ebns et Gabriel Faur\u00e9<\/a>. Saint-Sa\u00ebns \u00e9tait \u00e0 ce moment-l\u00e0 un tr\u00e8s, tr\u00e8s vieux monsieur qui avait peut-\u00eatre soixante ans. Je ne pouvais pas imaginer plus vieux que ce vieux monsieur. Faur\u00e9 avait \u00e0 peu pr\u00e8s le m\u00eame \u00e2ge, et j\u2019ai eu une esp\u00e8ce de sentiment de la relativit\u00e9 des \u00e2ges : l\u2019un \u00e9tait tr\u00e8s sympathique \u00e0 cause de son \u00e2ge et l\u2019autre tr\u00e8s antipathique \u00e0 cause de son \u00e2ge. L\u2019un ne croyait \u00e0 rien, \u00e9tait d\u00e9sabus\u00e9, n\u2019aimait pas les jeunes et l\u2019autre pouvait tr\u00e8s bien s\u2019entendre avec eux. Ils avaient cependant le m\u00eame \u00e2ge. C\u2019\u00e9tait Saint-Sa\u00ebns qui me d\u00e9plaisait beaucoup alors que Faur\u00e9 avait un genre un peu grand-p\u00e8re \u2013 je dois dire que j\u2019avais une tr\u00e8s grande admiration pour mon grand-p\u00e8re maternel. De toute ma famille, c\u2019est l\u2019homme que j\u2019ai le plus aim\u00e9, plus que ma m\u00e8re, ce qui n\u2019\u00e9tait pas peu dire. Je n\u2019ai jamais connu mes grands-parents paternels, ils \u00e9taient morts avant ma naissance. Je me souviens tr\u00e8s bien de Faur\u00e9, par exemple, venant \u00e0 une soir\u00e9e donn\u00e9e par ma m\u00e8re avenue de Matignon, sortant un petit papier de sa poche et disant \u00e0 ma m\u00e8re : \u201cMa ch\u00e8re Marie, voil\u00e0 ce que j\u2019ai \u00e9crit il y a quelques jours, je ne l\u2019ai pas encore entendu, j\u2019aimerais bien que tu me le joues.\u201d Ma m\u00e8re le prenait, y jetait un petit coup d\u2019oeil, le mettait sur son piano et le jouait imm\u00e9diatement dans le style faur\u00e9en \u2013 enfin, je l\u2019imagine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En tout cas, \u00e7a faisait plaisir \u00e0 Faur\u00e9. Et puis, il y avait des tas d\u2019autres artistes de toute sorte entra\u00een\u00e9s par Felia Litvinne, dont mon parrain Victor Gilles. De tout cela, je ne retire pas de souvenir musical int\u00e9ressant. On m\u2019amenait quelquefois \u00e0 des concerts, et ces concerts me barbaient. Il y en avait eu un o\u00f9 on avait donn\u00e9 <a id=\"refsonate\" href=\"#sonate\">la sonate pour piano et violon de Faur\u00e9<\/a>. Or, comme j\u2019avais vu Faur\u00e9 chez ma m\u00e8re, je voulais me forcer \u00e0 l\u2019admirer. Mais je ne l\u2019admirais pas. J\u2019ai retrouv\u00e9 cette sonate pour piano et violon toute ma vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">A partir d\u2019un certain moment, j\u2019ai cess\u00e9 de toucher \u00e0 un instrument de musique, et notamment \u00e0 un piano, mais je n\u2019ai pas cess\u00e9 une certaine \u00e9ducation musicale. J\u2019ai appris de l\u2019harmonie, du contrepoint en amateur, mais en bon amateur. Je pouvais donc, et je peux toujours \u2013 suivre une \u0153uvre avec une partition, l\u2019analyser un peu et la comprendre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">__________________<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a id=\"saintsaens\" href=\"#reffsaintsaens\">Camille Saint-Sa\u00ebns et Gabriel Faur\u00e9<\/a><\/p>\n<p>Camille Saint-Sa\u00ebns est n\u00e9 en 1835 (et mort en 1921). En 1910, disons, il avait donc 75 ans plut\u00f4t que 60.<br \/>\nGabriel Faur\u00e9 avait dix ans de moins, 65 donc. MA<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a id=\"refsonate\" href=\"#sonate\">la sonate pour piano et violon de Faur\u00e9<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">De Gabriel Faur\u00e9, on conna\u00eet 2 sonates pour violon et piano. La premi\u00e8re, op.13, compos\u00e9e en 1875; la seconde, op.108, compos\u00e9e en 1916. On peut supposer que FLL fait ici r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la premi\u00e8re, en la majeur.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J\u2019ai commenc\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t mon contact avec la musique; je ne dirais pas que j\u2019ai commenc\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t mon contact avec les joies de la musique. C\u2019est une chose tr\u00e8s diff\u00e9rente. Je suis d\u2019une famille en partie musicienne puisque ma m\u00e8re \u00e9tait une artiste. 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