L’image me poursuit du fleuve qui sépare — 1875 (5)

Armand Silvestre Poésies

Sonnets païens, XVII

L’image me poursuit du fleuve qui sépare
Nos terrestres pays du grand pays des morts.
– Pourquoi boire l’oubli! J’ai vécu sans remords.
Le Léthé seul m’effraye aux portes du Ténare.

J’aurais, sculpteur avide, épuisé le Carrare;
A l’airain le plus pur, à l’onyx le plus rare,
Rosa, j’aurai ravi la forme de ton corps,
Pour la voir se briser en touchant à ses bords …

Non! Non! les Dieux sauront me sauver ta mémoire!
Car, pour charmer les morts, je leur dirai la gloire
De ton col qui se plie, ondulant et nerveux

Comme le col d’un cygne, et de tes longs cheveux,
Dont le flot s’amollit, en baisant tes épaules,
Comme au toucher de l’eau les pleurs vivants des saules!

Q13 – T14

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