Précédé de son ventre et suivi de son chien, — 1879 (13)

Clément Privé in La Lune rousse

Sonnet circulaire

Précédé de son ventre et suivi de son chien,
L’oeil émerilloné, la narine pourprée,
Et le front couronné de bêtise inspirée,
Un bourgeois cheminait à l’entour de son bien.

Il était gras et rose et se portait fort bien.
Il avait bien dîné, la panse était sacrée;
Je ne vous dirai pas qu’il ne pensait à rien.
La terre s’endormait, par le couchant dorée.

Il marchait lentement par le sentier sablé,
Et, calme, il contemplait, le long des oseraies,
Les escargots ventrus, ces prudhommes des haies;

Mais sentant le soleil par les branches voilé,
Il s’arrêta tout court, et dit au chien docile:
« Nous sommes assez loin de notre domicile. »

Il fit un demi-tour, puis vers son domicile
Il revint à pas lents, suivi du chien docile:
Le soleil descendait par les branches voilé,

Les oiseaux se taisaient dans la cime des haies,
Les vent du soir passait au sein des oseraies,
Et l’ombre s’étalait sur le sentier sablé.

Mille doux bruits chantaient à travers la soirée.
Le bourgeois souriant, qui ne pensait à rien,
En s’appuyant sur sa canne à pomme dorée,
Promenait doucement ses gros yeux sur son bien.

Entre temps, son épouse avait trouvé moyen
De le faire cocu; c’était chose ignorée
De monsieur, qui rentra près de son adorée,
Précédé de son ventre et suivi de son chien.

Q14 – T30 + s.rev: eec ddc baba abba –quasi-palindromique vers à vers

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