{"id":11695,"date":"2011-06-13T15:36:14","date_gmt":"2011-06-13T15:36:14","guid":{"rendered":"http:\/\/blogs.oulipo.net\/qc\/?page_id=11695"},"modified":"2011-06-13T15:36:47","modified_gmt":"2011-06-13T15:36:47","slug":"chapitre-6-%e2%80%94-breves-notes-sur-l%e2%80%99evolution-de-la-forme","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/blogs.oulipo.net\/qc\/description-du-sonnet-francais\/chapitre-6-%e2%80%94-breves-notes-sur-l%e2%80%99evolution-de-la-forme\/","title":{"rendered":"Chapitre 6 \u2014 Br\u00e8ves notes sur l\u2019\u00e9volution de la forme"},"content":{"rendered":"<p>A <strong>Avant 1914<\/strong><\/p>\n<p>1 Les sonnets qu\u2019on d\u00e9couvre dans les publications \u00e0 partir de 1801 sont d\u2019abord essentiellement des survivances du 18<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle\u00a0; puis vient la Renaissance, d\u00e8s 1830, \u00e0 la suite de l\u2019intervention de Sainte-Beuve, consid\u00e9r\u00e9 comme son inventeur\u00a0; \u00e0 peu pr\u00e8s au m\u00eame moment Musset et Gautier composent \u00e9galement des sonnets. Une premi\u00e8re vague de sonnets, dans les ann\u00e9es trente et quarante du si\u00e8cle, est suivie d\u2019un ralentissement perceptible jusqu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es soixante. Le Parnasse Contemporain, en 1866, d\u00e9clenche alors la grande p\u00e9riode du sonnet , qui dure grosso modo jusqu\u2019\u00e0 1914.<\/p>\n<p>Le nombre des sonnets et des sources de sonnets, d\u2019abord tr\u00e8s faible pendant les premi\u00e8res ann\u00e9es du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle (tranches chronologique I \u00e0III\u00a0: 1801-1830), augmente r\u00e9guli\u00e8rement jusqu\u2019\u00e0 un maximum atteint dans la tranche chronologique 1881-1890, puis d\u00e9croit assez r\u00e9guli\u00e8rement aussi jusqu\u2019\u00e0 la fin du vingti\u00e8me si\u00e8cle (la derni\u00e8re tranche, XVII, couvre en fait plus d\u2019ann\u00e9es que les autres). Le nombre moyen de sonnets par source est faible au d\u00e9but puis augmente assez r\u00e9guli\u00e8rement.<\/p>\n<p>2 Comment les sonnettistes choisissent\u00a0de construire leurs po\u00e8mes? Les trait\u00e9s, sans doute les influencent et de plus en plus avec le temps, mais leur effet reste limit\u00e9\u00a0; les recommandations d\u2019autorit\u00e9s (Gautier, Banville) jouent \u00e9galement un r\u00f4le (ce sont elles qui trompent les m\u00e9triciens du vingti\u00e8me si\u00e8cle, les dispensant g\u00e9n\u00e9ralement l\u2019examen r\u00e9el des sonnets effectivement compos\u00e9s, et pas seulement de ceux des po\u00e8tes les plus connus). Mais on compose surtout en imitant les sonnets qu\u2019on a lus. De plus en plus de publications et de republications des sonnettistes des seizi\u00e8me et dix-septi\u00e8me (Ronsard, du Bellay, Malherbe ..) assurent en fait que les mod\u00e8les qui avaient domin\u00e9 le premier si\u00e8cle du sonnet fran\u00e7ais restent\u00a0dominants au dix-neuvi\u00e8me: les diff\u00e9rences par rapport aux habitudes anciennes sont essentiellement dues &#8211; \u00e0 l\u2019affaiblissement du d\u00e9casyllabe, &#8211; \u00e0 la tendance g\u00e9n\u00e9rale de la prosodie fran\u00e7aise qui tend \u00e0 rapprocher le plus possible la rime de son \u00e9cho et favorise, dans une certaine mesure, les quatrains altern\u00e9s aux d\u00e9pens des quatrains embrass\u00e9s.<\/p>\n<p>3 Les \u00e9carts par rapport au mod\u00e8le, toujours assez nombreux (comme le montrent les donn\u00e9es quantitatives pr\u00e9c\u00e9dentes, qui rendent inconsistante la notion de \u2018sonnet r\u00e9gulier\u2019)) sont dus essentiellement\u00a0: &#8211; \u00e0 l\u2019existence d\u2019exemples anciens qu\u2019on imite &#8211; au d\u00e9sir de variation (qui accompagne la forme sonnet dans toute son histoire, tous les si\u00e8cles et toutes les langues) .<\/p>\n<p>4 Les sonnettistes fran\u00e7ais restent cependant massivement imperm\u00e9ables \u00e0 l\u2019influence des autres grands mod\u00e8les\u00a0: le mod\u00e8le italien (P\u00e9trarquiste)\u00a0; le mod\u00e8le \u2018shakespearien\u2019. Le sonnets fran\u00e7ais, au moins jusque vers 1920 reste proche de ce qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 d\u00e8s son introduction par Marot.<\/p>\n<p>5 Il faut attendre le d\u00e9but des ann\u00e9es quarante pour la forme-sonnet produise, avec Nerval, une \u0153uvre v\u00e9ritablement satisfaisante du point de vue esth\u00e9tique. Vient ensuite Baudelaire. Du point de vue formel, ses sonnets s\u2019\u00e9loignent souvent des mod\u00e8les dominants m\u00eame si l\u2019affirmation p\u00e9remptoire de mr Robb, selon lequel il invente le \u2018sonnet irr\u00e9gulier\u2019 ne r\u00e9siste pas \u00e0 l\u2019examen des. La p\u00e9riode de production massive de sonnets, du Parnasse Contemporain \u00e0 la premi\u00e8re Guerre Mondiale, est celle de Cros, Corbi\u00e8re, Rimbaud, H\u00e9r\u00e9dia pour ne citer que les sonnettistes majeurs. Banville, qui n\u2019est pas un po\u00e8te majeur, a sa place dans ce bref palmar\u00e8s du sonnet par son intervention th\u00e9orique\u00a0: il propose une version tr\u00e8s contrainte, tr\u00e8s stricte de la forme\u00a0: son disciple le plus important est Mallarm\u00e9, l\u2019un des deux plus grands repr\u00e9sentants de l\u2019art du sonnet dans les deux si\u00e8cles dont le pr\u00e9sent choix s\u2019occupe. Il est celui qui r\u00e9alise la version la plus parfaite du sonnet banvillien. Il propose aussi une version fran\u00e7aise du sonnet \u2018shakespearien\u2019. L\u2019autre est Verlaine, le plus novateur, qui s\u2019efforce d\u2019adapter la forme \u00e0 la situation nouvelle que repr\u00e9sente l\u2019affaiblissement de plus en plus acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 de la prosodie traditionnelle. Une constatation frappante, qui se lit dans les tableaux quantitatifs\u00a0fournis plus haut: <strong>Ils ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s peu suivis<\/strong>.<\/p>\n<p>B <strong>Apr\u00e8s 1918<\/strong><\/p>\n<p>1 La destruction du syst\u00e8me traditionnel de la po\u00e9sie compt\u00e9e-rim\u00e9e, dont les Surr\u00e9alistes \u00e9taient les chantres les plus vocif\u00e9rants aurait d\u00fb \u2018couper l\u2019herbe sous les pieds du sonnet\u2019 et ne lui laisser aucune place dans la po\u00e9sie qui compte. Il paraissait, comme l\u2019a \u00e9crit un jour Andr\u00e9 Pieyre de Mandiargues, vou\u00e9 d\u00e9finitivement aux jeux Floraux\u00a0de Toulouse.<\/p>\n<p>2 Le sonnet est en effet quasiment absent de l\u2019\u0153uvre d\u2019Apollinaire et de Cendrars (qui ne compose que deux \u2018sonnets d\u00e9natur\u00e9s\u2019). La pr\u00e9sence dans notre choix, au chapitre 12 (qui va jusqu\u2019\u00e0 la seconde Guerre Mondiale), d\u2019un nombre important de textes, ne doit pas faire illusion. La grande majorit\u00e9 de ces sonnets a \u00e9t\u00e9 compos\u00e9e en fait avant 1914 et publi\u00e9e plus tard (par exemple ceux des Surr\u00e9alistes d\u00e9butants, Breton, Aragon ou Ponge).<\/p>\n<p>3 Deux exceptions seulement\u00a0: Val\u00e9ry \u00e9videmment\u00a0; et Jouve qui n\u2019a cess\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 sa mort\u00a0 de \u2018flirter\u2019 avec la forme-sonnet.<\/p>\n<p>4 La plupart des sonnets (tr\u00e8s nombreux) qui continuent \u00e0 \u00eatre produits et publi\u00e9s restent dans le cadre de la prosodie traditionnelle. Le sonnet appara\u00eet l\u00e0 de plus en plus comme une survivance.<\/p>\n<p>5 Un premier changement se produit, d\u00fb en partie aux circonstances. Pendant la Seconde Guerre Mondiale le sonnet est la forme choisie pour deux \u0153uvres importantes\u00a0: les sonnets en argot et certains des derniers po\u00e8mes de Robert Desnos\u00a0; les \u201933 sonnets compos\u00e9s au secret\u2019 de Jean Cassou.<\/p>\n<p>6 Apr\u00e8s 1945, il est clair que la forme sonnet, tout en restant tr\u00e8s minoritaire dans ce qui se compose en po\u00e9sie (tr\u00e8s peu d\u2019exemples nets chez Bonnefoy, par exemple) a surv\u00e9cu et est choisie par plusieurs po\u00e8tes majeurs\u00a0: Olivier Larronde, Raymond Queneau, Jacques R\u00e9da, Robert Marteau, William Cliff.<\/p>\n<p>7 Le livre d\u2019Emmanuel Hocquard, en 1998, dont les po\u00e8mes sont d\u00e9sign\u00e9s comme sonnets, d\u00e9signation \u00e0 la fois paradoxale et justifi\u00e9e, termine le choix.<\/p>\n<p>C <strong>Le sonnet au vingt-et-uni\u00e8me si\u00e8cle<\/strong><\/p>\n<p>1 Il est temps, au moment de finir, de se poser la question de l\u2019avenir de la forme-sonnet.<\/p>\n<p>2 Rappelons, en acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 simplificateur, son pass\u00e9.<\/p>\n<p>3 Le sonnet, en pr\u00e9figuration dans la Sicile du premier treizi\u00e8me si\u00e8cle, o\u00f9 il appara\u00eet comme variante nouvelle de la <span style=\"text-decoration: underline\">cobla<\/span> des Troubadours, devient forme autonome au milieu du si\u00e8cle avec Cavalcanti, dont le <span style=\"text-decoration: underline\">mod\u00e8le canonique<\/span> est celui du <span style=\"text-decoration: underline\">Rerum Vulgarum Fragmenta<\/span> de P\u00e9trarque (baptis\u00e9 \u2018Canzoniere\u2019 \u00e0 la Renaissance)<\/p>\n<p>4 Deux principaux mod\u00e8les, distincts du mod\u00e8le p\u00e9trarquiste, sont invent\u00e9s au seizi\u00e8me si\u00e8cle (je ne tiens pas compte des variantes secondaires)\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\">(i) Le mod\u00e8le <span style=\"text-decoration: underline\">fran\u00e7ais<\/span> reprend la disposition de rimes des quatrains italiens mais innove d\u00e9cisivement dans les tercets, qui commencent par un <span style=\"text-decoration: underline\">distique plat<\/span>, disposition quasi-totalement ignor\u00e9e par le sonnet italien.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\">(ii) Le mod\u00e8le anglais, qu\u2019emploient les <span style=\"text-decoration: underline\">Sonnets<\/span> de Shakespeare (il n\u2019en est pas l\u2019inventeur) d\u00e9truits la s\u00e9paration du sonnet italien en octave (quatrains) et sizain (tercets) au profit d\u2019une construction en trois quatrains de m\u00eame forme, suivis d\u2019un <span style=\"text-decoration: underline\">couplet plat<\/span>.<\/p>\n<p>5 La forme \u2018fran\u00e7aise (\u00e0 deux variantes principales, dues \u00e0 Marot et Peletier du Mans respectivement) est de complexit\u00e9 comparable \u00e0 celle du sonnet italien.<\/p>\n<p>6 La forme \u2018shakespearienne\u2019 est une forme <span style=\"text-decoration: underline\">molle<\/span>, peu contraignante.<\/p>\n<p>7 <strong>Aucune variante importante d\u2019un de ces trois types n\u2019est apparue depuis<\/strong>.<\/p>\n<p>8 Toutes les langues o\u00f9 le sonnet se r\u00e9pand apr\u00e8s 1550 choisissent l\u2019un ou plusieurs des trois types principaux .<\/p>\n<p>9 Le mod\u00e8le fran\u00e7ais continue au dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, pratiquement sans aucune influence des deux autres mod\u00e8les.<\/p>\n<p>10 Partout ailleurs, sp\u00e9cialement \u00e0 langue anglaise, les trois mod\u00e8les (et quelques-unes de leurs variantes mineures)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A Avant 1914 1 Les sonnets qu\u2019on d\u00e9couvre dans les publications \u00e0 partir de 1801 sont d\u2019abord essentiellement des survivances du 18\u00e8me si\u00e8cle\u00a0; puis vient la Renaissance, d\u00e8s 1830, \u00e0 la suite de l\u2019intervention de Sainte-Beuve, consid\u00e9r\u00e9 comme son inventeur\u00a0; \u00e0 peu pr\u00e8s au m\u00eame moment Musset et Gautier composent \u00e9galement des sonnets. 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