{"id":49,"date":"2011-01-23T08:00:01","date_gmt":"2011-01-23T08:00:01","guid":{"rendered":"http:\/\/blogs.oulipo.net\/qc\/?page_id=49"},"modified":"2011-06-12T17:15:25","modified_gmt":"2011-06-12T17:15:25","slug":"prologue","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/blogs.oulipo.net\/qc\/choix-premiere-partie\/prologue\/","title":{"rendered":"Prologue ou chapitre 0"},"content":{"rendered":"<p>1 &#8211;<span style=\"text-decoration: underline\"> Pan, guenuche<\/span><br \/>\nEn 1683 paraissait \u00e0 Paris un livre remarquable, intitul\u00e9<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline\">Recueil de sonnets, compos\u00e9s par les plus habiles Po\u00ebtes du Royaume sur les Bouts-Rimez Pan, Guenuche, Satan, Pluche, Fan, Ruche, Lan, Autruche, Hoc, Troc, Niche, Par, Friche, Car, proposez par Mr\u00a0<strong>Mignon<\/strong>, ma\u00eftre de Musique de l&rsquo;Eglise de Paris, pour estre remplis \u00e0 la lou\u00e4nge de Sa Majest\u00e9<\/span>.<\/p>\n<p>193 fois, dans ce volume luxueux, les quatorze mots-rimes propos\u00e9s par mr Mignon reviennent, dans le m\u00eame ordre toujours, au bout de quatorze alexandrins r\u00e9partis en quatre strophes (deux quatrains et deux tercets s\u00e9par\u00e9s par des lignes de blanc).<br \/>\nA ce chef-d&rsquo;oeuvre d\u00e9risoire de po\u00e9sie courtisane avaient collabor\u00e9: Monseigneur le Duc de Saint-Aignan &#8211; Gaudin Secretaire du Roy &#8211; Doktor Georg Conrad Schester, de Leipzig &#8211; Madame de Cardean &#8211; de Trossy, chanoine de Senlis &#8211; un po\u00ebte qui signe L&rsquo;Inconnu &#8211; Le Solitaire du Mont Carmel &#8211; Le Mar\u00e9chal de La Pionniere &#8211; Monsieur Courtin, professeur de seconde au College de La Marche &#8211; La Tulipe, Dame chez mr Duch\u00e9 rue Beaubourg &#8211; Le Berger Alcide du Faubourg Saint Michel &#8211; La Violette, cramoisier &#8211; Le nouveau Po\u00ebte de Montbrison en Forest &#8211; Frere Fournay de Beauz\u00e9 en Anjou &#8211; et bien d&rsquo;autres.<br \/>\nVoici, par exemple, le 29\u00e8me sonnet du recueil<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px\"><strong> I <\/strong><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\"><span style=\"color: #ffffff\">. <\/span>Tout doit ceder au Roy, luy seul est le grand Pan,<br \/>\nL&rsquo;Heresie \u00e0 ses pieds meurt en vieille guenuche,<br \/>\nElle ne donne plus de supposts de Satan,<br \/>\nLa\u00a0 bure l&rsquo;abandonne aussi bien que la pluche.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\"><span style=\"color: #ffffff\">. <\/span>Louis voit le Lion, rampant, doux comme un Fan,<br \/>\nIl voit le Laboureur vuider en paix sa ruche,<br \/>\nLa frontiere n&rsquo;est plus ny La Fere ny Lan,<br \/>\nL&rsquo;Aigle va terre \u00e0 terre ainsi que fait l&rsquo;Autruche.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\"><span style=\"color: #ffffff\">. <\/span> S&rsquo;il forma des desseins\u00a0 le succes en est hoc,<br \/>\nContre tant de lauriers, Cesar auroit fait troc,<br \/>\nMieux que luy dans le Ciel il merite une niche.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\"><span style=\"color: #ffffff\">. <\/span>Il vient, il voit, il vainc, plustost qu&rsquo;avoir dit &lsquo; Par &lsquo;<br \/>\nSa bont\u00e9 ne veut pas mettre la Flandre en friche,<br \/>\nCar il est g\u00e9n\u00e9reux, et c&rsquo;est l\u00e0 le grand Car.<\/p>\n<p>Presque chaque po\u00e8me de la collection est ainsi paroxystique de beaut\u00e9 encomiastique, (on admirera en celui-l\u00e0, j&rsquo;en suis s\u00fbr, sp\u00e9cialement le premier h\u00e9mistiche du vers cinq, avec sa double di\u00e9r\u00e8se: Lou-is voit le li-on) et les narines du Roi Soleil ont certainement d\u00fb fr\u00e9mir d&rsquo;aise \u00e0 de tels assauts d&rsquo;encens.<\/p>\n<p>2 L&rsquo;oeuvre de mr Mignon t\u00e9moigne de ce qu&rsquo;il faut bien appeler la d\u00e9cadence de la forme-sonnet en France \u00e0 la fin du 17\u00e8me si\u00e8cle. Le sonnet en langue fran\u00e7aise, o\u00f9 s&rsquo;\u00e9taient illustr\u00e9s, pendant un si\u00e8cle, de Marot \u00e0 Malherbe, tant de po\u00e8tes: Du Bellay et Ronsard, Etienne Jodelle et Guillaume des Autels, Louise Lab\u00e9, Jacques Peletier du Mans, Guy Le F\u00e8vre de La Boderie, Agrippa d&rsquo;Aubign\u00e9, Pierre de Brach, Marin Le Saulx, Pierre Poupo, Christophle de Beaujeu, Sim\u00e9on-Guillaume de La Roque, Jean-Baptiste Chassignet, Marc de Papillon de Lasphrise, Jean de Sponde, Abraham de Vermeil, Andr\u00e9 Mage de Fiefmelin, Jean Du Cliquet de Flammermont, Antoine Favre, C\u00e9sar de de Nostredame, Pierre de Croix, Louis de Gallaup de Chasteuil ou Jean de La C\u00e9pp\u00e8de, cesse, apr\u00e8s 1640, de jouer un r\u00f4le autre que subalterne dans la production po\u00e9tique. Il se trouve confin\u00e9 dans la po\u00e9sie mondaine, occasionnelle, dans les jeux de salon o\u00f9 font fureur les bouts-rim\u00e9s. Pendant la seconde moiti\u00e8 du 17\u00e8me si\u00e8cle et la totalit\u00e9 du dix-huiti\u00e8me, on ne le retrouve gu\u00e8re ailleurs que dans des revues comme le<em> Mercure Galant<\/em>, aux<em> Jeux Floraux<\/em> de Toulouse (qui finissent m\u00eame par le supprimer) ou dans les productions de l&rsquo;<em>Ecole des Lanternistes<\/em> (des toulousains encore) qui, \u00e0 partir de 1694, se consacrent presque exclusivement \u00e0 l&rsquo;exercice du bout-rim\u00e9.<\/p>\n<p>3 Deux oeuvres, toutes deux d&rsquo;inspiration religieuse, font exception:<br \/>\n&#8211; Les <span style=\"text-decoration: underline\">Sonnets Chrestiens<\/span> du protestant <strong>Laurent Drelincourt<\/strong>, en 1677.<br \/>\nEt surtout, en 1659, oeuvre majeure jamais r\u00e9\u00e9dit\u00e9e \u00e0 ce jour<br \/>\n&#8211; Les <span style=\"text-decoration: underline\">Essays de m\u00e9ditations po\u00e9tiques<\/span>, Sur la Passion Mort et Resurrection de Nostre Seigneur JESUS CHRIST<br \/>\nlivre paru sans nom d&rsquo;auteur et attribu\u00e9, sans trop de conviction \u00e0 un <strong>Zacharie de Vitr\u00e9<\/strong>, r\u00e9collet.<br \/>\nIl contient plus de trois cent sonnets assez extraordinaires, dont voici le premier.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px\"><strong> II <\/strong><\/p>\n<p><strong>Dignus es Domine? accipere librum, &amp; aperire signacula eius; quia occisus es, &amp; redemisti nos in sanguine tuo<\/strong>. <em>Apoc.5.v.9<\/em>.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\">Seigneur?\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0 \u00a0\u00a0 Jesus? puis qu&rsquo;en toy seul mon dessein se termine,<br \/>\nvous estes \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0 \u00a0\u00a0 Je Consacre ce Liure a tes derniers abois:<br \/>\ndigne de\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0 Tes tourmens Sacr\u00e9s-Saincts font que ie te le dois,<br \/>\nce livre, \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0 \u00a0\u00a0 Comme un humble present dont ils sont l&rsquo;origine.<br \/>\n&amp; d&rsquo;en fai-<br \/>\nre l&rsquo;ou-\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0 Le papier precieux de cette chair diuine,<br \/>\nuerture: \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L&rsquo;ancre de ton beau Sang, la presse de la Croix,<br \/>\nParce que \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 T&rsquo;ont fait l&rsquo;Original dont par un digne choix<br \/>\nvous au\u00e9s\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 J&rsquo;entreprens la coppie,&amp; descris la doctrine.<br \/>\nest\u00e9 mis \u00e0<br \/>\nmort, &amp;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0 Vray livre des esleus? dont les sainctes Le\u00e7ons<br \/>\nvous nous \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Fournissent de matiere a mes foibles Chansons,<br \/>\nav\u00e9s ra-\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Enseigne moy le sens de ces sanglans mysteres<br \/>\nchet\u00e9 par<br \/>\nv\u00f4tre sang. \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Et m&rsquo;eschauffant le sein de ton esprit vainqueur<br \/>\n<span style=\"color: #ffffff\">. <\/span> Marque moy, Dieu d&rsquo;amour? de tes saincts caracteres,<br \/>\n<span style=\"color: #ffffff\">. <\/span> Et de ma propre main trace les dans mon Coeur.<\/p>\n<p>4 La Harpe en l&rsquo;an VIII: \u00ab\u00a0<em>puisque nous sommes sur le chapitre du sonnet, il faut achever en peu de mots ce qui reste \u00e0 dire sur ce genre de po\u00e9sie qui a \u00e9t\u00e9 si longtemps en cr\u00e9dit, &amp; qui est aujourd&rsquo;hui enti\u00e8rement pass\u00e9e de mode&#8230;.<\/em> \u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>5 Il reste que les oeuvres de Ronsard, Du Bellay , Malherbe , etc. n&rsquo;ont pas disparu enti\u00e8rement des biblioth\u00e8ques. Elles contiennent, en tr\u00e8s grand nombre, des sonnets qui peuvent servir de mod\u00e8les\u00a0 \u00e0 quiconque prendrait la fantaisie d&rsquo;aller revisiter cette vieille forme.<\/p>\n<p>6 D&rsquo;autre part, m\u00eame si La Harpe n&rsquo;a rien \u00e0 en dire que de m\u00e9prisant, on peut trouver, dans les trait\u00e9s de versification du si\u00e8cle classique des jugements beaucoup plus favorables, et des tentatives, plus ou moins pr\u00e9cises, de d\u00e9finition du sonnet. Retenons-en deux, qui sont importantes pour la suite.<\/p>\n<p>7 En premier lieu, Boileau, dans son <em>Art Po\u00e9tique<\/em> (1674). On y lit qu'\u00a0\u00bbApollon &#8230;. ce dieu bizarre<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\"><em>Voulant pousser \u00e0 bout tous les rimeurs fran\u00e7ois<br \/>\nInventa du sonnet les rigoureuses lois,<br \/>\nVoulut qu&rsquo;en deux quatrains de mesure pareille<br \/>\nLa rime avec deux sons frapp\u00e2t huit fois l&rsquo;oreille<br \/>\nEt qu&rsquo;ensuite six vers artistement rang\u00e9s<br \/>\nFussent en deux tercets par le sens partag\u00e9s.<br \/>\nLui-m\u00eame en mesur\u00e2t le nombre et la cadence;<br \/>\nD\u00e9fendit qu&rsquo;un vers faible y p\u00fbt jamais entrer,<br \/>\nNi qu&rsquo;un mot d\u00e9j\u00e0 mis os\u00e2t s&rsquo;y remontrer.<br \/>\nDu reste il l&rsquo;enrichit d&rsquo;une beaut\u00e9 supr\u00eame:<br \/>\nUn sonnet sans d\u00e9faut vaut seul un long po\u00e8me.<br \/>\nMais en vain mille auteurs y pensent arriver,<br \/>\nEt cet heureux ph\u00e9nix est encore \u00e0 trouver.<br \/>\nA peine dans Gombaut, Maynard et Malleville,<br \/>\nEn peut-on admirer deux ou trois entre mille.<\/em> \u00ab\u00a0<\/p>\n<p>8 S&rsquo;il est vrai que &lsquo; Ce que l&rsquo;on con\u00e7oit bien s&rsquo;\u00e9nonce clairement &lsquo; et que &lsquo; les mots pour le dire arrivent ais\u00e9ment&rsquo;, on doit conclure que Boileau n&rsquo;avait pas une id\u00e9e bien claire de ce qu&rsquo;est un sonnet. Pourtant ce chef-d&rsquo;oeuvre d&rsquo;impr\u00e9cision a eu une influence consid\u00e9rable sur les sonnetistes du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n<p>9 Beaucoup plus s\u00e9rieuse, quoique moins connue, est la contribution de Guillaume Colletet dans son <em>Trait\u00e9 du Sonnet <\/em>de 1678. Il a eu, lui aussi, une grande influence, quoique surtout indirecte, par l&rsquo;interm\u00e9diaire de Th\u00e9ophile Gautier qui, en 1835, en recommanda la lecture aux sonnettistes d\u00e9butants. Il m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre cit\u00e9 longuement. On en trouvera des extraits dans la partie seconde de ce livre, consacr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude formelle (sommaire).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 &#8211; Pan, guenuche En 1683 paraissait \u00e0 Paris un livre remarquable, intitul\u00e9 Recueil de sonnets, compos\u00e9s par les plus habiles Po\u00ebtes du Royaume sur les Bouts-Rimez Pan, Guenuche, Satan, Pluche, Fan, Ruche, Lan, Autruche, Hoc, Troc, Niche, Par, Friche, Car, proposez par Mr\u00a0Mignon, ma\u00eftre de Musique de l&rsquo;Eglise de Paris, pour estre remplis \u00e0 &hellip; <a href=\"https:\/\/blogs.oulipo.net\/qc\/choix-premiere-partie\/prologue\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Prologue ou chapitre 0<\/span>  <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":11644,"menu_order":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-49","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogs.oulipo.net\/qc\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/49","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogs.oulipo.net\/qc\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogs.oulipo.net\/qc\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.oulipo.net\/qc\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.oulipo.net\/qc\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=49"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/blogs.oulipo.net\/qc\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/49\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":11667,"href":"https:\/\/blogs.oulipo.net\/qc\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/49\/revisions\/11667"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.oulipo.net\/qc\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/11644"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogs.oulipo.net\/qc\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=49"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}