{"id":5638,"date":"2011-02-14T10:08:34","date_gmt":"2011-02-14T10:08:34","guid":{"rendered":"http:\/\/blogs.oulipo.net\/qc\/?p=5638"},"modified":"2011-02-21T07:52:11","modified_gmt":"2011-02-21T07:52:11","slug":"1937-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.oulipo.net\/qc\/2011\/02\/14\/1937-2\/","title":{"rendered":"J&rsquo;abandonne ta cha\u00eene et tes molles arcades, \u2014 1937 (2)"},"content":{"rendered":"<p>&#8211; <strong>Tristan Der\u00e8me<\/strong> <em>La tortue indigo<br \/>\n<\/em><br \/>\n(Les sonnets de M. Polyph\u00e8me Durand)<br \/>\n<span style=\"text-decoration: underline\">D&rsquo;un sonnet sans t\u00eate <\/span><\/p>\n<p>&#8211; &#8230;. Je voudrais, dit M. Polyph\u00e8me Durand, vous soumettre, &#8230;, une pi\u00e8ce fugitive, une bagatelle, un rien, mais dont la forme est encore, je le crois, inconnue: c&rsquo;est un quatrain suivi de deux tercets.<br \/>\n&#8211; c&rsquo;est un sonnet \u00e0 qui l&rsquo;on a coup\u00e9 la t\u00eate.<br \/>\n&#8211; Il vous pla\u00eet \u00e0 dire; mais l&rsquo;essentiel, c&rsquo;est qu&rsquo;un po\u00e8me forme un tout; et si mon humble ouvrage y parvenait, ne serait-il pas sup\u00e9rieur au sonnet, puisqu&rsquo;enfermant autant de pens\u00e9es en moins d&rsquo;espace, il aurait donc l&rsquo;avantage de la concision et pourrait donc ennuyer pendant moins longtemps les personnes qui consentiraient \u00e0 l&rsquo;entendre. Nous savons ce qu&rsquo;est un sonnet \u2013 un sonnet sans d\u00e9faut, comme parlait l&rsquo;autre \u2013 et si vous m&rsquo;en donniez licence, je tenterais de le d\u00e9finir ainsi:<\/p>\n<p>Sonnet, double quatrain qu&rsquo;un tercet double suit,<br \/>\nTa moindre n\u00e9gligence est mise au rang des crimes!<br \/>\nDeux rimes aux quatrains, trois aux tercets: cinq rimes.<br \/>\nUnique rime aux vers un, quatre, cinq et huit.<br \/>\nLe vers onze finit ainsi que le vers treize.<br \/>\nNe manquez \u00e0 ces lois et chantez \u00e0 votre aise.<\/p>\n<p>&#8211; J&rsquo;aimerais mieux, d\u00e9clara Mme Baramel, que vous eussiez dit: <em>Le vers 13 finit ainsi que le vers 11<\/em>.<br \/>\n&#8211; Vers que nous graverons, Madame, dans le bronze; mais je ne songe point du tout \u00e0 rien changer au mien, encore qu&rsquo;on m&rsquo;en puisse gourmander, comme vous faites, car j&rsquo;ai voulu pr\u00e9cis\u00e9ment marquer que, de deux vers, les po\u00e8tes ont assez bien coutume de ne construire le premier qu&rsquo;apr\u00e8s avoir trouv\u00e9 le second, &#8211; je dis: <em>construire<\/em> et <em>trouver<\/em>; et l&rsquo;on peut, par cons\u00e9quent, se plaire \u00e0 soutenir que c&rsquo;est le vers onzi\u00e8me qui dans la forme et le son de sa derni\u00e8re syllabe imite la fin du treizi\u00e8me.<br \/>\n&#8211; Mais, reprit M.Durand, tant de po\u00e8tes, et Malherbe, et Baudelaire, ont fait de ces sonnets que Racan nommait <em>licencieux<\/em>, et Gautier <em>libertins<\/em>, o\u00f9 les rimes du second quatrain ne sont plus celles du premier, que j&rsquo;ai pens\u00e9 fort raisonnable de supprimer l&rsquo;un des quatrains, puisqu&rsquo;il brisait, en quelque sorte, l&rsquo;architecture de ces petits ouvrages; et, dans ma solitude b\u00e9arnaise, \u00e0 cet endroit o\u00f9 deux gaves, en s&rsquo;unissant, perdent la moiti\u00e9 de leurs rives, r\u00eavant \u00e0 des amours qui, selon la coutume, m&rsquo;avaient \u00e9t\u00e9 douces et cruelles, \u00e0 Bayonne, et qui me tourmentaient encore, voici comme j&rsquo;improvisai:<\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p>J&rsquo;abandonne ta cha\u00eene et tes molles arcades,<br \/>\nBayonne, dont le nom chante au bout des fusils,<br \/>\nPour m\u00ealer ma paresse et mes songes choisis<br \/>\nAu bruit vain de cette eau qui se rue en cascades.<\/p>\n<p>Je fus cascade aussi dont mes soirs sont fourbus.<br \/>\nAmour, Gloire, All\u00e9gresse, adieu! Les vins sont bus,<br \/>\nEt ce double torrent sera tout mon Hydaspe.<\/p>\n<p>L&rsquo;hame\u00e7on de V\u00e9nus brille au gave d&rsquo;Ossau<br \/>\nPourtant ou de ma main charme le gave d&rsquo;Aspe,<br \/>\nQuand je tente une truite avec un vermisseau.<\/p>\n<p><strong>abba ccd ede <\/strong> &#8211; 1o vers<\/p>\n<p>&#8211; Vous \u00eates bien impertinent, dit Mme Baramel, de comparer ainsi l&rsquo;amour \u00e0 la p\u00eache \u00e0 la ligne; mais je ne sais ce que vous voulez dire avec vos fusils.<br \/>\n&#8211; Ne vous rappelez-vous point ces soldats que nous a peints Chateaubriand? \u00a0\u00bb &#8230; <em>Ils portent un tube enflamm\u00e9, surmont\u00e9 du glaive de Bayonne<\/em>.\u00a0\u00bb<br \/>\n&#8211; Je crois, Monsieur, dit M. Th\u00e9odore Decalandre, que cette forme de po\u00e8me que vous avez invent\u00e9e se montre fort propre \u00e0 contenir les beaut\u00e9s les plus grandes. Malherbe, lui-m\u00eame, ne voudrait pas me contredire. Pour nous mener longtemps par des chemins divers, vous avez mis, Monsieur, votre esprit \u00e0 l&rsquo;envers et vous avez trouv\u00e9 la strophe de dix vers, &#8211; astre fameux au ciel de ce vieil univers.<\/p>\n<p>On admirera la belle tentative de M. Polyph\u00e8me Durand pour d\u00e9finir de mani\u00e8re br\u00e8ve et en vers le sonnet banvillien. Il n&rsquo;y parvient pas tout \u00e0 fait (\u00e0 cause des tercets)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8211; Tristan Der\u00e8me La tortue indigo (Les sonnets de M. Polyph\u00e8me Durand) D&rsquo;un sonnet sans t\u00eate &#8211; &#8230;. Je voudrais, dit M. 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