{"id":9266,"date":"2011-02-06T07:34:43","date_gmt":"2011-02-06T07:34:43","guid":{"rendered":"http:\/\/blogs.oulipo.net\/qc\/?p=9266"},"modified":"2011-03-05T10:25:08","modified_gmt":"2011-03-05T10:25:08","slug":"incise-1842","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.oulipo.net\/qc\/2011\/02\/06\/incise-1842\/","title":{"rendered":"incise 1842"},"content":{"rendered":"<p>Lef\u00e8vre-Deumier\u00a0joint au deuxi\u00e8me volume de ses &lsquo;oeuvres&rsquo; une fort int\u00e9ressante discussion sur le sonnet, un\u00a0<span style=\"text-decoration: underline\">M\u00e9moire \u00e0 consulter<\/span>:\u00a0pour ou contre le sonnet.Lettre \u00e0 M. Emile Deschamps)<\/p>\n<p>\u2013\u00a0Au 16\u00e8me\u00a0si\u00e8cle on le cultiva beaucoup sans s&rsquo;occuper de le d\u00e9finir; plus tard, quand on cessa de le cultiver, ce fut \u00e0 qui s&#8217;empresserait d&rsquo;en discuter les r\u00e8gles.<br \/>\nA propos des recommandations de Boileau, il \u00e9crit:\u00a0\u00a0\u00bb J&rsquo;avoue que j&rsquo;ai beau lire ces h\u00e9mistiches dans tous les sens, je ne peux pas me r\u00e9soudre \u00e0 les trouver admirables. J&rsquo;ai entendu louer \u00e0 outrance le vers &lsquo;la rime avec deux sons frapp\u00e2t huit fois l&rsquo;oreille&rsquo;. Au premier coup d&rsquo;oeil, il a l&rsquo;air d&rsquo;\u00eatre le meilleur: en y regardant bien, c&rsquo;est le moins bon. \u00ab\u00a0avec deux sons\u00a0\u00bb semblerait signifier qu&rsquo;il faut qu&rsquo;il y ait deux syllabes \u00e0 la rime: ce n&rsquo;en est pas plus mal, mais ce n&rsquo;est pas cela qu&rsquo;entend l&rsquo;auteur. Remarquons aussi que la rime ne se compose pas d&rsquo;un mot: elle est de sa nature bic\u00e9phale. Il en r\u00e9sulte que, si elle frappe huit fois l&rsquo;oreille sur deux sons, il y aura seize vers dans les deux quatrains, ce qui serait, de la part d&rsquo;Apollon, un tour de Jarnac \u00e0 d\u00e9sesp\u00e9rer, non seulement les Fran\u00e7ais, mais tous les rimeurs du monde. \u00a0\u00bb<br \/>\n\u00a0\u00bb Le sonnet est une petite pi\u00e8ce de po\u00e9sie de quatorze vers, divis\u00e9s en deux quatrains sur deux rimes, plus deux tercets, dont les rimes s&rsquo;entrecroisent suivant le caprice de l&rsquo;auteur. Si ma d\u00e9finition n&rsquo;est pas tr\u00e8s \u00e9l\u00e9gante, elle a du moins l&rsquo;avantage d&rsquo;\u00eatre br\u00e8ve. \u00a0\u00bb<br \/>\n\u00a0\u00bb Je me suis laiss\u00e9 assurer que, dans l&rsquo;origine, le sonnet se composait de trois quatrains et d&rsquo;un distique. Je ne m&rsquo;y oppose pas; mais je ne connais d&rsquo;exemple qu&rsquo;en anglais. On pr\u00e9tend qu&rsquo;il y en a plusieurs de cette esp\u00e8ce dans le recueil de Drummond de Hawthornden, et beaucoup de gens soutiennent que ce ne sont pas des sonnets. \u00a0\u00bb<br \/>\n\u00a0\u00bb Tout le monde peut, en grignotant dans les bouquins, \u00e9mietter de l&rsquo;\u00e9rudition. J&rsquo;aime mieux faire des conjectures que des recherches: c&rsquo;est moins facile, mais cela va plus vite. \u00a0\u00bb<br \/>\n\u00a0\u00bb Le sonnet compte quatorze vers et chacun d&rsquo;eux n&rsquo;est peut-\u00eatre qu&rsquo;une note de la gamme, frapp\u00e9e \u00e0 la basse et \u00e0 l&rsquo;octave &#8230;\u00a0\u00bb\u00a0(En d\u00e9pit de sa remarque p\u00e9jorative sur l&rsquo;\u00e9rudition, Deumier, qui vient d&rsquo;en faire subrepticement \u00e9talage (qui \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, en France, a lu Drummond de Hawthornden?) s&rsquo;est peut-\u00eatre inspir\u00e9 l\u00e0 de la volumineuse anthologie de l&rsquo;anglais Cappel Lofft (1813) qui d\u00e9veloppe assez longuement dans son essai pr\u00e9liminaire, une telle comparaison musicale).<br \/>\n\u00a0\u00bb\u00a0Le nombre 7 \u00e9tant esssentiellement mystique, le double ne peut manquer de l&rsquo;\u00eatre davantage. On ne comptait autrefois que sept plan\u00e8tes, qui correspondaient aux sept principaux organes du corps humain, et il ne serait pas impossible que le sonnet f\u00fbt d&rsquo;abord un th\u00e8me astrologique, une sorte d&rsquo;horoscope po\u00e9tique, rappelant, par sa forme et son harmonie, la course m\u00e9lodieuse des astres, qui avaient la r\u00e9putation de diriger nos destin\u00e9es. \u00a0\u00bb<br \/>\n\u00ab\u00a0Boileau assure aussi qu&rsquo;on n&rsquo;y doit pas r\u00e9p\u00e9ter deux fois le m\u00eame mot.<br \/>\n\u00ab\u00a0\u00a0\u00bb Le sonnet est un alexandrin de quatorze pieds, dont les syllabes sont les vers. \u00a0\u00bb\u00a0(On d\u00e9couvre en lui un &lsquo;plagiaire par anticipation de Jean Queval, l&rsquo;oulipien inventeur de l&rsquo;ALVA (Alexandrin de Longueur Variable)<br \/>\nVous n&rsquo;enfermerez certes pas, dans deux quatrains munis de deux tercets, le syst\u00e8me entier de l&rsquo;univers. Mais vous n&rsquo;aurez pas une vue sur l&rsquo;univers, que vous ne puissiez r\u00e9duire aux bornes du sonnet.<br \/>\nLisez quelques \u00e9pigrammes de suite: leurs moments, leurs soubresauts vous fatiguent. L&rsquo;esprit se lasse, \u00e0 bondir avec elles de finesse en finesse. Le sonnet au contraire est comme un coursier qui va l&rsquo;amble, et vous emporte en vous ber\u00e7ant; comme un hamac, qui vous balance: comme un bateau, qui vous entraine. Il ne vous endort pas: il vous fait r\u00eaver. Je suis trop impartial, pour ne pas avouer qu&rsquo;il vous fait quelquefois r\u00eaver, jusqu&rsquo;au sommeil inclusivement.<br \/>\nQuelque beau qu&rsquo;il puisse \u00eatre, il est difficile d&rsquo;avaler d&rsquo;un trait un volume entier de sonnets. Chaque sonnet est en lui-m\u00eame un tout, un petit po\u00e8me complet, qui marche invariablement du m\u00eame pas.<br \/>\nJe vous envoie, pour expiation, le plus beau choix de sonnets qui existent. De deux ou trois milliers et plus, que j&rsquo;ai eu la conscience de lire pour me faire une opinion, j&rsquo;en extrais cent cinquante environ (de 50 auteurs) qui sont bien la plus belle apologie qu&rsquo;on puisse faire de cette esp\u00e8ce de po\u00e9sie.<br \/>\nLes sonnets sont des reliquaires qui chantent. Quand on en lit quelques uns \u00e0 la campagne, on \u00e9prouve la m\u00eame \u00e9motion qu&rsquo;en \u00e9coutant bourdonner, dans le lointain, la cloche de v\u00eapre ou du salut. C&rsquo;est peut-\u00eatre de cette impression que vient le nom de sonnet. Ce po\u00ebme est comme une cloche qui tinte la pens\u00e9e, qui sonne l&rsquo;ang\u00e9lus en m\u00e9moire de nos p\u00e8res.\u00a0\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Dans sa m\u00e9diocre \u00e9tude sur le sonnet chez Baudelaire, mr Robb cherche \u00e0 \u00e9carter le t\u00e9moignage de cet auteur qui a le malheur d\u2019infirmer son hypoth\u00e8se ch\u00e9rie (Baudelaire inventeur du \u2018sonnet libertin\u2019) sous le pr\u00e9texte que ses po\u00e8mes ne sont pas bons!!!<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lef\u00e8vre-Deumier\u00a0joint au deuxi\u00e8me volume de ses &lsquo;oeuvres&rsquo; une fort int\u00e9ressante discussion sur le sonnet, un\u00a0M\u00e9moire \u00e0 consulter:\u00a0pour ou contre le sonnet.Lettre \u00e0 M. Emile Deschamps) \u2013\u00a0Au 16\u00e8me\u00a0si\u00e8cle on le cultiva beaucoup sans s&rsquo;occuper de le d\u00e9finir; plus tard, quand on cessa de le cultiver, ce fut \u00e0 qui s&#8217;empresserait d&rsquo;en discuter les r\u00e8gles. A propos &hellip; <a href=\"https:\/\/blogs.oulipo.net\/qc\/2011\/02\/06\/incise-1842\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">incise 1842<\/span>  <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":15,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1345],"tags":[],"class_list":["post-9266","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-incise"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogs.oulipo.net\/qc\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9266","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogs.oulipo.net\/qc\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogs.oulipo.net\/qc\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.oulipo.net\/qc\/wp-json\/wp\/v2\/users\/15"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.oulipo.net\/qc\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9266"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/blogs.oulipo.net\/qc\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9266\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9589,"href":"https:\/\/blogs.oulipo.net\/qc\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9266\/revisions\/9589"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogs.oulipo.net\/qc\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9266"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.oulipo.net\/qc\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9266"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.oulipo.net\/qc\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9266"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}