C’est un tableau rectangulaire, un assez grand tableau puisqu’il mesure 125 centimètres de hauteur sur 205 de largeur. Il a été peint par le peintre vénitien Giovanni Antonio Canal, dit Canaletto, entre 1738 et 1740. Comme son titre l’indique, il représente le Bassin de Saint-Marc à Venise.
C’est dire que le peintre a aligné devant nous la silhouette élancée du Campanile, les Fondamente delle Farine avec l’extrémité de la file des palais le long du Grand Canal, les coupoles de la basilique Saint-Marc, la bibliothèque marcienne, le môle et ses deux colonnes, dont l’une paraît se trouver devant l’arcature ajourée du palais ducal, et au-delà le Ponte da Paglia, la Riva degli Schiavoni, des clochers et des coupoles, la Riva dei Sette Martiri qui ferme le panorama avant que, plus près de notre regard, se détache, blanche et crayeuse, l’église de San Giorgio, sur l’île du même nom, avec son reflet dans l’eau, et enfin, à l’extrémité droite de cette ligne, ocre, un clocher sur la Giudecca. On devine tout au fond une mince bande argentée, l’eau de la lagune. Comme c’était la tradition (une tradition peut-être instaurée par Canaletto lui-même), les mâts inclinés du gros bateau au premier plan introduisent notre regard dans le tableau. On voit une bonne centaine d’embarcations sur le bassin, des embarcations de toutes sortes dont les mâts se mêlent aux campaniles pour rythmer la ligne d’horizon, sous l’importante surface occupée par le ciel, ciel bleu, nuages d’un blanc éclatant. Au-delà du pittoresque, il n’y a aucun hasard dans la façon dont cette flottille a été disposée dans le paysage. Elle étalonne les distances, fixe la perspective, comme on s’en aperçoit si l’on regarde les indiscutables lignes de fuite joignant la gondole du tout premier plan, celle que meuvent deux personnages habillés de rouge, aux deux gondoles presque identiques figurées « juste » derrière.
Malgré ces « trucs », malgré l’inévitable de la ligne ocre dessinée par la ville et ses plus célèbres monuments qui sépare le bleu-vert du ciel du vert-bleu du bassin, malgré les inévitables nuages, en haut, qui répondent aux inévitables bateaux, en bas, c’est un très beau tableau. La rigueur de la composition en fait beaucoup plus qu’une immense carte postale pour riches: un vrai chef d’œuvre.
C’est sur l’écran de son ordinateur qu’Ariane regarde une reproduction de ce tableau, Il Bacino di San Marco. On peut voir le tableau lui-même au musée des Beaux-Arts de Boston.

Encore faut-il se rendre à Boston, où Ariane n’est jamais allée, et où il ne faudrait pas manquer de regarder le célèbre D’où venons-nous, que sommes-nous, où allons-nous ? de Gauguin. Ici la question « d’où regardons-nous ? » — qui n’a pas encore été posée, mais qui va l’être — admet plusieurs réponses.
Par exemple, Ariane est dans sa chambre, devant son bureau, mais aussi, elle regarde Venise, comme l’a fait Canaletto pour ce tableau, depuis la Pointe de la Douane, près de Santa Maria de la Salute.
Nous pourrions aussi nous demander d’où nous regardons, vous, lecteurs, et moi, narratrice. D’où les lecteurs regardent, vont regarder le bassin de Saint-Marc en lisant ce roman, est une question à laquelle la narratrice ne peut pas répondre. Elle peut s’engager à proposer des points de vue différents.
Mais revenons à Canaletto — et à Ariane.
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La photographie de la carte postale montrant un détail du tableau de Gauguin D’où venons-nous, que sommes-nous, où allons-nous ? et la copie d’écran qui illustrent cet article sont dues à l’auteur. On peut les voir mieux (les agrandir) en cliquant dessus et les voir encore mieux en cliquant une deuxième fois.
Puisqu’il s’agit du premier article, signalons l’existence de « mots-clefs », dans la colonne de gauche, qui fonctionnent comme un index, mais qui contiennent aussi des informations. Comme tout le paratexte, ils font partie du roman.

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