Archives de catégorie : Quatrain

Décrit la formule de rime des quatrains.

Tout s’en va, mes amis: la foi, l’antique foi, — 1873 (6)

Joseph Autran Sonnets capricieux

La vieille orthographe

Tout s’en va, mes amis: la foi, l’antique foi,
L’honnêteté première et la vieille droiture,
L’amour et le respect que l’on vouait au roi,
Le menuet, la valse et même l’écriture.

L’orthographe, jadis, valait une peinture:
Représenter aux yeux, telle en était la Loi.
Une lettre peignant l’objet d’après nature,
L’objet, ami lecteur, se dressait devant toi.

L’y dans le mot lys en doublait le prestige;
C’est la fleur elle-même et le bout de sa tige.
L’h dans le mot thrône était un vrai fauteuil.

Depuis qu’on écrit lis la fleur semble fanée;
Et le trône vacant ne dit plus rien à l’oeil,
Depuis que l’h est condamnée!

Q11 – T14 – 2m (v.14: octo ) Joseph Autran contribue à la ‘querelle de l’orthographe’, qui ne date pas d’hier.

(a.ch) Le sonnet La Vieille Orthographe pour l’exemple du lis évoque le long poème du même titre, de Méry :
« …Tandis que d’une tige et d’une fleur formé,
Le lys était pour nous un y embaumé. »

(C’est un avatar du cratylisme.)

Que t’a fait le sonnet, réponds-moi, cher moqueur, — 1873 (5)

Joseph AutranSonnets capricieux

A un dédaigneux

Que t’a fait le sonnet, réponds-moi, cher moqueur,
Pour que ta plume ainsi l’agace et le lutine?
En vain je fais valoir sa forme florentine,
Je ne désarme pas pour si peu ta rigueur.

« Le sonnet ne vient pas d’une source latine,
C’est étroit pour l’esprit, c’est chétif pour le coeur.
Hugo n’en fit jamais, pas plus que Lamartine.
L’océan ne tient pas dans un verre à liqueur ».

Je l’avoue en effet, ces colosses de gloire
Vous donnent quelque fois toute la mer à boire.
La bois-tu jusqu’au fond, critique mon ami?

Je ne sais; mais pour moi, sans être trop sévère,
Quand le verre est si grand je n’y bois qu’à demi,
Et, quand il est petit, j’avale tout le verre.

Q17 – T14 – s sur s

J’ai fait des vers en ail, on m’en demande en oc, — 1873 (4)

Ulysse Landeau Sonnets et Sornettes

La Tâche

J’ai fait des vers en ail, on m’en demande en oc,
Ma foi cette idée est on ne peut plus baroque.
A ma porte l’on croît qu’il suffit d’un toc-toc,
Que je fais un sonnet comme un oeuf à la coque.

Il faut vraiment avoir le coeur dur comme un roc,
Un esprit malveillant, et battre la breloque,
Pour choisir cette rime, et lui-même Saint Roch,
Pour éviter la tache, eût donné sa défroque.

A rimailler ainsi mon esprit tombe en loque,
Vous me regardez? Or un regard m’interloque;
Aussi c’est entendu, je vous refuse en bloc.

Attendez cependant et, bien que par raccroc,
Vous êtes obéi. Je souffle comme un phoque,
Mais je tiens mon sonnet. Ouf! qu’on me serve un bock.

Q8 – T10 – y=x (c=b & d=a) – Rimes: oc/oque (b=a*). s’inscrit dans une tradition venue des Rhétoriqueurs (parfois on va jusqu’à ‘ic, ‘ec’, ‘uc …).

Madame, l’autre soir, j’ai pris votre éventail. — 1873 (3)

Ulysse LandeauSonnets et Sornettes

L’éventail

Madame, l’autre soir, j’ai pris votre éventail.
J’eusse aimé mieux sans doute enlacer votre taille
J’aurais scandalisé des jaloux le bétail,
A tous il m’eut fallu livrer alors bataille.

Du reste, dans mes mains, moi qui suis sans sérail
Que fait un éventail? Il fait que l’on me raille.
Il est fait pour voiler vos lèvres de corail
Et de vos yeux brillants la fulgurante entaille.

Enfin, je vous dirai qu’étant l’épouvantail
Des maris, et de peur qu’en pièces l’on me taille,
Je viens réintégrer votre objet au bercail.

Aussi vous me jurez que de votre éventail
Vous viendrez m’éventer, sans pour cela qu’il faille
Contractuellement, lire et signer un bail.

Q8 – T17- y=x (c=a & d=b – Rimes: ail/aille (b=a*))

Je connais, à la Croix du ciel, un humble abri. — 1872 (47)

Amiel Journal

Sonnet

Je connais, à la Croix du ciel, un humble abri.
Autour de lui, le mal rugit ou se lamente,
Mais du monde à ses pieds expire la tourmente
Et la maison de paix dans l’orage a souri.

Dans la maison de paix l’atmosphère est clémente,
L’âpre hiver s’y transforme en printemps attendri,
Qu’on y porte une peine on en revient guéri
Un rayon la protège et la maintient charmante.

Douce maison de paix, le talisman vainqueur
Qui te fait trompher de ce monde moqueur
Quel est-il ? la gaîté, le pardon, la tendresse ?

Le goût pur ? le devoir & sa noble rigueur ?
La foi qui sait prier ? la pitié qui s’empresse ?
C’est tout cela fondu dans un trèfle de cœur.

Q16  T14

Il est mort le poète aux rimes enflammées, — 1872 (46)

Alfred Gabrié in Dominique Fernandez : Ramon (2009)

Sonnet (poème manuscrit sur la mort de Théophile Gautier)

Il est mort le poète aux rimes enflammées,
Le chantre d’Albertus, ouvrier glorieux,
Qui de son style d’or cisela les Camées,
Et sur l’art pur posa son pied victorieux.

Amoureux de la forme, il chante les Almées,
Les rêves de la chair, doux et mystérieux ;
Les chauds enivrements, les passions calmées,
Et dans tout il posa son regard curieux.

Son vers, tout parfumé de parfum poétique,
Fait revivre en nos cœurs le culte de l’Antique,
Seul Dieu qu’il adorât plus que les chastes Soeurs ;

Mais hélas ! lui, poète ennemi du squelette,
Sous notre loi moderne a dû courber la tête,
Et livrer son cadavre aux sombres fossoyeurs!

Q8  T15

Ses yeux sont meurtriers. Sa bouche mignonnette — 1872 (45)

La ligue des poètes

La femme belle

Ses yeux sont meurtriers. Sa bouche mignonnette
Montre à demi ses dents blanches dans un souris,
Et laisse à chaque coin une double fossette,
Petit piège de chair où tous les cœurs sont pris.

Près d’elle, ô Mahomet !, pâlissent tes houris !
Il semble, jouissant de sa beauté parfaite,
Qu’elle ne veuille rien de plus, et s’inquiète
Seulement de payer la louange en mépris.

Qui pourrait espérer, d’une lèvre amoureuse,
Presser, vivifier cette gorge neigeuse,
Ces deux rouges boutons, deux fraises dans du lait ?

Qui saurait obtenir, bras souples et novices,
De vos enlacements les nerveuses prémices ? …
Qui ? – Quelque vieux richard, épuisé, sot et laid.

Hégésippe Cler

Q10  T15

Sous sa peau jaune et sèche on voit saillir les os. — 1872 (44)

La ligue des poètes

La femme maigre

Sous sa peau jaune et sèche on voit saillir les os.
On compte sans effort les côtes, les vertèbres,
Qui dessinent en creux sa poitrine et son dos.
Pitoyables reliefs, revêtements funèbres !

Les bras sont des bâtons ; les jambes, des fuseaux.
Les appas, ignorés dans de justes ténèbres,
Plats, recroquevillés, adorent à huis clos,
Mais, hélas ! de trop loin, le feu, comme les Guèbres.

Bondissant au seul nom d’amour, de volupté,
Son cœur mendie en vain : nul n’a de charité
Pour ce vieil amadou qui quête une étincelle.

Enfin, dans la prière ardente et les romans,
Ayant trompé sa soif, aiguisé ses tourments,
Pauvre lampe sans huile, elle meurt demoiselle.

Hégésippe Cler

Q8  T15

Colosse féminin, citadelle charnue, — 1872 (43)

La ligue des poètes

La femme grasse

Colosse féminin, citadelle charnue,
Elle traîne en soufflant son corps pharamineux.
Rien qu’à lever un doigt, elle rougit et sue.
Oter, mettre ses bas, travail vertigineux !

Pour contenie sa taille, où la graisse remue,
Il n’est pas de lacets, de cordons ni de nœuds.
Spectacle plein d’horreur ! On voit, quand elle est nue,
Trembloter vaguement ses seins gélatineux.

Elle est femme, pourtant. Colombe poétique,
Il faut à ses baisers quelque jeune homme étique,
Depuis que son mari, vaillant jouteur, n’est plus.

Hélas ! un accident le ravit à sa flamme.
Sur sa couche, une nuit, rêvant, la pauvre dame
Se retourna si mal qu’elle s’assit dessus !

Hégésippe Cler

Q8  T15

UN SONNET ! vous voulez m’inspirer cette audace, — 1872 (42)

La ligue des poètes

Au ligueur qui désire que je lui tourne un sonnet au lieu d’un acrostiche

UN SONNET ! vous voulez m’inspirer cette audace,
A moi, plein de frayeur pour ses difficultés !
Car je dois m’accrocher, pour grimper au Parnasse,
Même par l’acrostiche, à ses aspérités.

Mais toujours je retombe au fond de la vallée,
Et reprends mon élan sans le moindre succès ;
Arriver au sommet, ô gloire signalée ! ..
De rares favoris y trouvent leur accès.

Il faut avoir comme eux des trésors d’harmonie,
Des accents inspirés, perles de poésie ;
A ce prix, Apollon leur donne ses faveurs.

Sans ces dons, jour et nuit, hélas ! ma pauvre muse,
Sisyphe ou Danaïde, et sue et souffle et s’use,
Pour atteindre à mi-côte, en stériles labeurs.
Louis Monneret

Q59  T15  s sur s