Albine était partie en disant ah mais non — 1958 (11)

Raymond Queneau – (sonnets écartés des sonnets de 1958) Albine était partie en disant ah mais non il n’était nullement convenu que j’allasse tous les soirs au jardin cueillir le potiron pour en déduire ensuite un potage lavasse Nous regrettions tous trois cette âpre décision car la servante avait en cuisine une audace qui lui […]

Un petit livre ouvert dont je cherche l’abord — 1949 (4)

Pierre-Jean Jouve – Diadème – Rêve du livre Un petit livre ouvert dont je cherche l’abord Est-il à le manger un abîme discord Un livre avec du feu dans les plis et les lettres Humides de sang rouge et comme veine ouverte Où réconciliés sont amour et son manque Et Dieu! et les baisers du […]

Soit une multiplicité vectorielle, — 1937 (4)

– André Weil Sonnet de Chançay Soit une multiplicité vectorielle, Un corps opère seul, abstrait, commutatif. Le dual reste loin, solitaire et plaintif, Cherchant l’isomorphie et la trouvant rebelle. Soudain bilinéaire a jailli l’étincelle D’où naît l’opérateur deux fois distributif. Dans les rets du produit tous les vecteurs captifs Vont célébrer sans fin la structure […]

Carabin, prends ta carabine ! — 1912 (12)

– André Salmon L’amour médecin Carabin, prends ta carabine ! – Car je présume que te navre Ce manque absolu de cadavre – Et dissèque ta concubine. Feu ! et surtout point ne la rate. La petite maîtresse est morte ; Voici le cœur, voici la rate De qui venait t’ouvrir la porte. Voici ses seins joyeux, pivoines […]

Rosoyante et galbeuse, au contour génial, — 1903 (9)

– Alphonse Gallais Venus fleurie (d’après Jean-Paul Goujon : Anthologie de la poésie érotique française  2004) La cuisse Rosoyante et galbeuse, au contour génial, La cuisse de la femme est l’étau du miracle, Dont chaque serrement, au sein du tabernacle, Pousse à son paoxysme un frisson idéal ! Elle est d’une souplesse étrange, et quand l’oracle A […]

Un obscur mouvement d’amour et de musique — 1902 (2)

– Saint-Georges de Bouhélier Les chants de la vie ardente – Les rythmes Un obscur mouvement d’amour et de musique Sort des globes lointains et balance mes vers, Or bercé par les lois de l’immense univers Mon poème se scande et vit dans la physique. Ces mondes dont le rythme à ma voix communique Ces […]

Les Astres haut levés sur d’antiques Mémoires — 1896 (17)

André Ibels. In Cités Futures Vers d’airain pour Saint-pol-roux Les Astres haut levés sur d’antiques Mémoires Irradiant les Temps d’un éblouissement, Ont mis un peu d’azur épars en ton grimoire, Et voici que ta voix tremble splendidement. Las de Procession majestueuse et lente, Tu sculptas de tes mains des reposoirs magiques, Et les mots blancs […]

O mer, o mer immense qui déroules — 1896 (6)

– Auguste Angellier – A l’amie perdue – Le sacrifice, XX O mer, o mer immense qui déroules Sous les regards mouillés de ces millions d’étoiles, Les longs gémissements de tes millions de houles, Lorsque dans ton élan vers le ciel tu t’écroules; O ciel, ô ciel immense et triste, qui dévoiles, Sur les gémissements […]

S’il t’arrive parfois de prononcer mon nom, — 1895 (15)

– Alban Roubaud Pour l’idole XXXVIII S’il t’arrive parfois de prononcer mon nom, A l’heure où le couchant invite à la prière, Si le pardon pénètre en ton âme si fière, Et si ton cœur dit « oui » quand ta bouche dit « non » Souviens-toi que ma peine est égale à ta peine Et que je souffre […]

C’était dans son costume aux vulgaires couleurs — 1874 (18)

– Jules Vicaire in L’Artiste Rencontre C’était dans son costume aux vulgaires couleurs Un matelot. Mes mains blanches et bien soignées Eurent peine à serrer les siennes goudronnées. – Un ami d’autrefois, pensant aux temps meilleurs. Mais lui, tout en marchant, comme on cueille des fleurs Cueillant des souvenirs dans nos jeunes années, Me rappela […]