J’ai manqué de peu l’autocar qui dessert — 1990 (5)

– Jacques Réda – Sonnets dublinois – Galway J’ai manqué de peu l’autocar qui dessert Les bords occidentaux du Connemara Dont j’avais rêvé : son brusque démarrage M’a fait voir l’inconsstance des dieux. Et certes Autrefois j’aurais mieux couru. Mais que sert De courir après la chance qui m’aura Servi plus souvent qu’à mon tour de […]

Un corps noir tranchant un flamant au vol bas — 1969 (5)

– Georges Perec – La disparition – – d’un compagnon d’Oulipo La disparition Un corps noir tranchant un flamant au vol bas un bruit fuit au sol (qu’avant son parcours lourd dorait un son crissant au grain d’air) il court portant son sang plus loin son charbon qui bat Si nul n’allait briller sur lui […]

Onze nombre impair. La rétention du temps — 1942 (4)

– Raymond Queneau – in Si tu t’imagines – les Ziaux IV – daté 1942 Bout de l’an Onze nombre impair. La rétention du temps Décembre devant nous achève un cortège Assez loin de mille et un peu plus de cent La boue et la pluie et pas encor la neige De l’achèvement toujours à […]

J’ai voulu plonger jusqu’au fond dans ta chair, — 1910 (7)

– Paterne Berrichon Poèmes décadents 1883-1895 Vertige J’ai voulu plonger jusqu’au fond dans ta chair, Front bas, pieds joints, tout; et j’en suis revenu Sans moi, rien qu’avec encor de derme cher A soi trop assez pour s’aimer vil et nu Sous l’âcre épreinte du jeu de ta chair nue, O panthère aux plasmatures de […]

On la descend dans le grand trou, la chérie, — 1901 (2)

– Charles-Adolphe Cantacuzène Sonnets en petit deuil – On la descend On la descend dans le grand trou, la chérie, La bonne fillette aux clairs yeux lilas! Tranquille, elle vivait dans ses falbalas – Petite fille sachant la pauvre vie! La terre la reprend: terre, je t’envie! Je perds une amoureuse aux bras délicats, Une […]

Rien ne te peut toucher, rien ne t’émeut, — 1900 (16)

– Nathalie Clifford-Barney – Quelques portraits-sonnets de femmes – XIII Rien ne te peut toucher, rien ne t’émeut, Ton cœur est éclos dans un grand bloc de glace Tout se brise au mur de sa calme surface, Ta chair semble de marbre et d’airain tes yeux. Ta passivité brave même les dieux, Et ta vierge […]

Parmi les bruyères, penil des menhirs, – 1897 (21)

– Alfred Jarry – Les jours et les nuits Parmi les bruyères, penil des menhirs, Selon un pourboire, le sourd-muet qui rôde Autour du trou du champ des os des martyrs Tâte avec sa lanterne au bout d’une corde. Sur les flots de carmin, le vent souffle en cor. La licorne des mers par la […]

La vie est de mourir et mourir c’est naître — 1895 (16)

– Verlaine in ed.Pléiade Pour le Nouvel An A Saint-Georges de Bouhélier La vie est de mourir et mourir c’est naître Psychologiquement tout comme autrement Et l’année ainsi fait, jour, heure, moment, Condition sine qua non, cause d’être. L’autre année est morte, et voici la nouvelle Qui sort d’elle comme un enfant du corps mort […]

Ils peuvent s’enfuir les jours et les années — 1891 (25)

– Georges Suzanne Premiers poèmes (avec une préface de Paul Verlaine) Sonnet Ils peuvent s’enfuir les jours et les années Au vol fugitif, rapides s’écrouler Comme à l’automne passent des fleurs fanées, Comme l’oiseau sur la branche s’envoler, Maintenant que j’ai, ô bonheur ineffable ! Aspiré de ton cœur le parfum divin, Le Destin, ce noir […]

L’Aède claironne emmi* l’effervescence — 1886 (5)

– Noël Loumo – Vers de couleur – Poésie L’Aède claironne emmi* l’effervescence Des caresses adorables de minuit Prêt à recueillir la tintinnabulance Des soupirs égarés dans la mort qui luit. Il sait le miracle énervé de l’Apôtre, Le bleu recueillement de l’exquisité, Le souci deviné, l’Amour qui se vautre Dans le paillettement de l’absurdité. […]