– Henri Issanchou Sizain de sonnets
L’orage
Tout tremble,
S’enfuit,
Tout semble
Du bruit.
L’ensemble
Produit,
Ressemble
La Nuit ;
L’orage
Ravage,
Dissout,
Divise
Et brise
Partout.
Q8 T15 2s bi
Décrit la formule de rime des quatrains.
– Henri Issanchou Sizain de sonnets
L’orage
Tout tremble,
S’enfuit,
Tout semble
Du bruit.
L’ensemble
Produit,
Ressemble
La Nuit ;
L’orage
Ravage,
Dissout,
Divise
Et brise
Partout.
Q8 T15 2s bi
– Forgemol de Bostquénard Ghazels
Pour un autre album
Quoi ! vous voulez des vers de moi ! le vilain tour !
Vous voulez qu’emplissant le blanc de cette page
J’y fasse défiler, en galant équipage,
La rime au timbre d’or, les mots couleur de jour.
C’était ce qu’autrefois, toute seule en sa tour,
La dame demandait au savoir de son page,
Et les vers bien sonnants alternaient leur tapage
Avec les heurts de fer, bruissant à l’entour.
Mais la dame n’a plus de page au doux murmure.
Les porteurs de cithare et les porteurs d’armure
N’ont plus tant de bonheur, au champ de leurs tournois.
Pourtant, mauvais sonnet, ici, je veux t’écrire ;
Car nous aurons ainsi le prétexte sournois,
Vous, d’en sourire un peu, moi, de vous voir sourire.
Q15 T14 – banv – s sur s Ce sonnet de Forgemol de Bostquénard se retrouve dans le volume publié en 1911 sous le titre (un alexandrin parfait) « Rimeurs du Luxembourg et du Palais-Bourbon » et contenant un choix de poèmes composés par des hommes politiques, ministres, sénateurs et députés (Forgemol l’était, alors, de Seine et Marne). Cet ouvrage m’a déçu. J’espérais joindre à ma collection quelque sonnet de Président de la République (Paul Deschanel), de président du Conseil ; de Combes, de Jaurès, de Jules Guesde, … en vain.
– Joris-Karl Huysmans ? – in Le Parnasse satyrique du 19e siècle
Sonnet Masculin
Les rideaux tout souillés des morves d’un branlé
Enveloppaient le lit – un bidet rempli d’eau
Attendait – le vieillard entre – mit son cadeau,
Cinq francs, dans une coupe en zinc – et l’enculé
Tournant le dos porta ses jumelles rondeurs,
Dames Jeannes d’amour, au bouchon du miché.
A grande aide de suif il fut vite fiché
Dans cette cave en chair où fumaient les odeurs
De salpètre et de bran, le dard qui sautillait
Eperdu, dans ses doigts! – Après un long effort,
Il entra jusqu’au ventre dans ce trou qui baillait.
Et l’anus embroché sonna son doux lic lac.
C’est bon, dis, petit homme? – Oh oui! Va, va, plus fort!
Ah! reste – assez – Laisse -Ouf! – Et l’on entendit clac.
Q63 – T24 – On remarquera que toutes les rimes sont masculines – le vers 11 a une césure épique
– Théodore Hannon – Rimes de joie –
Citrons
L’étal resplendissait aux flambes du matin.
Les rougets surchauffés reflêtaient leurs cinabres
Au ventre des turbots en robe de satin,
Et les saumons d’argent avaient l’éclat des sabres.
Sur le marbre laiteux les cabillauds camards
S’allongeaient, lourds voisins de l’ablette irisée;
Dans leur justaucorps pourpre éclataient les homards
Près de l’algue où baîllait l’huître vertdegrisée.
Mais les citrons surtout me charmaient: fruits joyeux
Crevant comme un sein dur le fin papier soyeux…
Leur parfum m’est plus doux que le parfum des fraises,
Et longtemps j’aimerai leurs contours séduisants
Car devant les citrons effilés et luisants
Je rêve aux tétins d’or pâle des Japonaises.
Q59 – T15
– Paul Marrot – Le chemin du rire –
Les paradis fantaisistes, I
Mes aïeules ont cru pendant des mille années
Que l’âme, étant divine, avait des destinées;
C’est pourquoi, dégoûté d’un monde bestial,
Parfois, j’ai des rappels vers un monde idéal.
Mes aïeux ont compris après des mille années
Qu’on les trompait par des chimères surannées,
Que les sermons étaient des farces; c’est pourquoi
J’ai senti l’ironie éclore et rire en moi.
La vieille illusion, en ma cervelle, alterne
Ses airs avec les airs de la raison moderne,
Et le tout s’entremêle en étrange opéra.
Le doute est ondoyant, et fait de poésie,
Dans les champs où le blé des forts un jour croîtra,
Je te cueille, herbe folle, ô fleur de fantaisie!
Q19 – T14 – aabb aab’b’ ! sévèrement anormal: les six premiers vers, du point de vue des rimes, s’isolent.
– Paul Marrot – Le chemin du rire –
Le paradis du poète
Quand j’entrerai parmi les morts,
Je veux, par testament fantasque,
Que l’on fasse un tambour de basque
En tannant la peau de mon corps.
Le tambour conduira la danse,
Il fera d’harmonieux bruits,
Et moi je serai gai; je suis
Un vieil ami de la cadence.
Tous mes destins seront pareils:
Vivant, mon âme était chantante;
Mort, ma peau sera bourdonnante.
Et j’attendrai les grands réveils
Plein des mêmes inquiétudes,
Et sans changer mes habitudes.
Q63 – T30 – octo
– A. Gill – La muse à bibi –
Pour la blanchisseuse
Blanchisseuse aux robustes hanches,
Quand avril, sur le ciel léger,
Fait les nuages voltiger,
En délicates avalanches,
J’imagine les choses blanches
Qu’après la lessive, au verger,
Les petites mains font neiger
Sur les cordes et sur les branches,
Et que jaloux de copier
Jusqu’aux détails de son métier,
Fille exquise, le ciel te singe;
Et je songe en riant: parbleu!
Voici qu’aux bords du pays bleu
Les anges font sécher leur linge.
Q15 – T15 – octo
– Anatole de Montaiglon – Sonnets tirés de Rabelais –
XLVIII – (Livre III cap. 38)
‘Triboulet est un vrai Fol
– Grimault – A la marrabaise –
– A toudie – A la grandlaise –
-De perspective – A licol –
– D’ut,ré,mi, fa, si, la, sol
– D’architreve – De cymaise
– A chaperon – De fournaise
– De béquarre – de bémol –
– Culinaire – Conclaviste –
– Modal – Marmiteur – Sommiste –
– Bigearre – A double rebras
– Collatéral – A sonnettes
– De mère-goutte – A pompettes;
– Il est fol à cent carats »
Q15 – T15 – 7s
Paul Verlaine – Sagesse
Sainte Thérèse veut que la Pauvreté soit
La reine d’ici-bas, et littéralement!
Elle dit peu de mots de ce gouvernement
Et ne s’arrête point aux détails de surcroît;
Mais le Point, à son sens, celui qu’il faut qu’on voie
Et croie, est ceci dont elle la complimente:
Le libre arbitre pèse, arguë et parlemente:
Mais le pauvre de coeur décide et suit sa voie.
Qui l’en empêchera? De voeux il n’en a plus
Que celui d’être un jour au nombre des élus,
Tout-puissant serviteur, tout-puissant souverain,
Prodigue et dédaigneux, sur tous, des choses eues,
Mais accumulateur des seules choses sues,
De quel si fier sujet, et libre, quelle reine!
Q15 T6 abba a*b*b*a* ccd c*c*d* – (si x est une rime masculine, x* désigne la rime féminine qui s’en déduit: -oit / -oie; -ent/ -ente; -us/ -ues; -ain / eine) exemple de ce que Noël Arnaud nomme ‘rimes hétérosexuelles’
Paul Verlaine – Sagesse
La tristesse, la langueur du corps humain
M’attendrissent, me fléchissent, m’apitoient,
Ah! surtout quand des sommeils noirs le foudroient,
Quand des draps zèbrent la peau, foulent la main!
Et que mièvre dans la fièvre du demain,
Tiède encor du bain de sueur qui décroît,
Comme un oiseau que grelotte sur un toit!
Et les pieds, toujours douloureux du chemin,
Et le sein, marqué d’un double coup de poing,
Et la bouche, une blessure rouge encor,
Et la chair frémissante, frêle décor,
Et les yeux, les pauvres yeux si beaux où point
La douleur de voir encore du fini!
Triste corps! combien faible et combien puni!
Q15 – T30 – 11s – Rimes masculines sur mètre rare