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sonnets à première rime féminine (Malherbe)

À grands coups d’avirons de douze pieds, tu rames — 1873 (28)

Tristan Corbière Les Amours jaunes

A un Juvénal de lait
Incipe , parve puer ,  risu cognoscere  ...

À grands coups d’avirons de douze pieds, tu rames
En vers … et contre tout – Hommes, auvergnats, femmes. –
Tu n’as pas vu l’endroit et tu cherches l’envers.
Jeune renard en chasse … ils sont trop verts – tes vers.

C’est le vers solitaire . – On le purge. – Ces Dames
Sont le remède. Après tu feras de tes nerfs
Des cordes-à-boyau; quand, guitares sans âmes,
Les vers te reviendront déchantés et soufferts.

Hystérique à rebours, ta Muse est trop superbe,
Petit cochon de lait, qui n’as goûté qu’en herbe,
L’âcre saveur du fruit encore défendu.

Plus tard, tu colleras sur papier tes pensées,
Fleurs d’herboriste, mais, autrefois ramassées …
Quand il faisait beau temps au paradis perdu.

Q2 – T15

Tiens non! j’attendrai tranquille, — 1873 (27)

Tristan Corbière Les Amours jaunes

Toit

Tiens non! j’attendrai tranquille,
Planté sous le toit,
Qu’il me tombe quelque tuile,
Souvenir de Toi!

J’ai tondu l’herbe, je lèche
La pierre, – altéré
Comme la Colique-sèche
De Miserere
!

Je crèverai – Dieu me damne! –
Ton tympan ou la peau d’âne
De mon bon tambour!

Dans ton boîtier, ô Fenêtre!
Calme et pure, gît peut-être …
…………………………………
Un vieux monsieur sourd!

Q59 – T15 – 2m (octo; 5s: v.2, v.4 ,v.6, v.8, v.11, v.15) – La ligne de points en fait un sonnet de quinze vers.

Ô croisée ensommeillée, — 1873 (26)

Tristan Corbière   Les Amours jaunes

Sonnet de nuit

Ô croisée ensommeillée,
Dure à mes trente-six morts!
Vitre en diamant, éraillée
Par mes atroces accords!

Herse hérissant rouillée
Tes crocs où je pends et mords!
Oubliette verrouillée
Qui me renferme … dehors!

Pour Toi, Bourreau que j’encense,
L’amour n’est donc que vengeance? …
Ton balcon: gril à braiser? …

Ton col: collier de garotte? …
Eh bien! ouvre, Iscariote,
Ton judas pour un baiser!

Q8 – T15  7s

Et vous viendrez alors, imbécile caillette, — 1873 (25)

Tristan Corbière Les Amours jaunes

Bonsoir

Et vous viendrez alors, imbécile caillette,
Taper dans ce miroir clignant qui se paillette
D’un éclis d’or, accroc de l’astre jaune, éteint
Vous verrez un bijou dans cet éclat de tain.

Vous viendrez à cet homme, à son reflet mièvre
Sans chaleur … Mais, au jour qu’il dardait la fièvre,
Vous n’avez rien senti, vous qui – midi passé
Tombez dans ce rayon tombant qu’il a laissé.

Lui ne vous connaît plus, Vous, l’Ombre déjà vue,
Vous qu’il avait couchée en son ciel toute nue,
Quand il était un Dieu! … Tout cela – n’en faut plus. –

Croyez – Mais lui n’a plus ce mirage qui leurre.
Pleurez. – Mais il n’a plus cette corde qui pleure.
Ses chants … – C’était d’un autre; il ne les a pas lus.

Q55 – T15 exemple (rare) de sonnet non autonome : il suppose qu’on a lu le sonnet précédent

Comme il était bien, Lui, ce Jeune plein de sève! — 1873 (24)

Tristan Corbière Les Amours jaunes

Déclin

Comme il était bien, Lui, ce Jeune plein de sève!
Âpre à la vie Ô gué ! … et si doux en son rêve.
Comme il portait sa tête ou la couchait gaîment!
Hume-vent à l’amour! … qu’il passait tristement.

Oh comme il était Rien! … – Aujourd’hui, sans rancune
Il a vu lui sourire, au retour, la Fortune;
Lui ne sourira plus que d’autrefois; il sait
Combien tout cela coûte et comment ça se fait.

Son coeur a pris du ventre et dit bonjour en prose.
Il est coté fort cher… ce Dieu c’est quelque chose;
Il ne va plus les mains dans les poches tout nu …

Dans sa gloire qu’il porte en paletot funèbre,
Vous le reconnaîtrez fini, banal, célèbre …
Vous le reconnaîtrez, alors, cet inconnu.

Q55 – T15

J’ai vu le soleil dur contre les touffes — 1873 (23)

Tristan Corbière Les Amours jaunes

Duel aux camélias

J’ai vu le soleil dur contre les touffes
Ferrailler. – J’ai vu deux fers soleiller,
Deux fers qui faisaient des parades bouffes;
Des merles en noir regardaient briller.

Un monsieur en linge arrangeait sa manche;
Blanc, il me semblait un gros camélia;
Une autre fleur rose était sur la branche,
Rose comme … Et puis un fleuret plia.

– Je vois rouge… Ah oui! c’est juste: on s’égorge –
… Un camélia blanc – là – comme Sa gorge …
Un camélia jaune, – ici – tout mâché …

Amour mort, tombé de ma boutonnière.
– À moi, plaie ouverte et fleur printanière!
Camélia vivant, de sang panaché!
Veneris Dies 13 ***

Q59 – T15 – tara

Beau chien, quand je te vois caresser ta maîtresse, — 1873 (21)

Tristan Corbière Les Amours jaunes

Sonnet à Sir Bob
chien de femme légère, braque anglais pur sang.

Beau chien, quand je te vois caresser ta maîtresse,
Je grogne malgré moi – pourquoi? – Tu n’en sais rien…
– Ah! c’est que moi – vois-tu – jamais je ne caresse,
Je n’ai pas de maîtresse, et … ne suis pas beau chien.

Bob! Bob! – Oh! le fier nom à hurler d’allégresse! …
Si je m’appelais Bob … Elle dit Bob si bien! …
Mais moi je ne suis pas pur sang. – Par maladresse,
On m’a fait braque aussi! … mâtiné de chrétien.

– Ô Bob! nous changerons, à la métempsycose:
Prends mon sonnet, moi ta sonnette à faveur rose;
Toi ma peau, moi ton poil! – avec puces ou non …

Et je serai sir Bob! – Son seul amour fidèle!
Je mordrai les roquets, elle me mordrait, Elle! …
Et j’aurais le collier portant Son petit nom.

British channel. 15 may.

Q8 – T15

Vers filés à la main et d’un pied uniforme, — 1873 (20)

Tristan Corbière Les Amours jaunes

I
Sonnet

Avec la manière de s’en servir
Réglons notre papier et formons bien nos lettres

Vers filés à la main et d’un pied uniforme,
Emboîtant bien le pas, par quatre en peloton;
Qu’en marquant la césure, un des quatre s’endorme ….
Ça peut dormir debout comme soldats de plomb.

Sur le railway du Pinde est la ligne, la forme;
Aux fils du télégraphe: – on en suit quatre, en long;
A chaque pieu, la rime – exemple: chloroforme.
– Chaque vers est un fil, et la rime un jalon.

Télégramme sacré – 20 mots – Vite à mon aide…
(Sonnet – c’est un sonnet – ) ô Muse d’Archimède!
– La preuve d’un sonnet est par l’addition:

– Je pose 4 et 4=8! Alors je procède,
En posant 3 et 3! – Tenons Pégase raide:
« Ô lyre! Ô délire! Ô… » – Sonnet – Attention!

Pic de la Maladetta. – Août.

Q8 – T15 – s sur s – On comparera ce ‘sonnet sur le sonnet’ de Corbière aux autres exemples contenus dans ce choix.

(a.ch)  » Dans son sonnet sur le sonnet, Corbière, horribile auditu, a fait un vers faux :
Je pose 4 et 4=8! Alors je procède, Même si on ne dit pas « égal » :
Je pose quatre et quatre : huit Alors je procède = 13 syllabes car huit a un h aspiré. Le vers n’est correct qu’oralement »

J’ai pénétré bien des mystères — 1873 (18)

Charles Cros Le coffret de santal

Heures sereines

J’ai pénétré bien des mystères
Dont les humains sont ébahis:
Grimoires de tous les pays,
Etres et lois élémentaires.

Les mots morts, les nombres austères
Laissaient mes espoirs engourdis;
L’amour m’ouvrit ses paradis
Et l’étreinte de ses panthères.

Le pouvoir magique à mes mains
Se dérobe encore. Aux jasmins
Les chardons ont mêlé leurs haines.

Je n’en pleure pas; car le beau
Que je rêve, avant le tombeau,
M’aura fait des heures sereines.

Q15 – T15 – octo  – Les rimes des deux quatrains n’ont pas la même consonne d’appui.

J’ai bâti dans ma fantaisie — 1873 (16)

Charles Cros Le coffret de santal

Sonnet

J’ai bâti dans ma fantaisie
Un théâtre aux décors divers:
– Magiques palais, grand bois verts –
Pour y jouer ma poésie.

Un peu trop au hasard choisie,
La jeune première à l’envers
Récite quelquefois mes vers.
Faute de mieux je m’extasie.

Et je déclâme avec tant d’art
Qu’on me croirait pris à son fard,
Au fard que je lui mets moi-même.

Non. Sous le faux air virginal
Je vois l’être inepte et vénal,
Mais c’est le rôle seul que j’aime.

Q15 – T15 – octo