L’air était au bonheur et soufflait à la joue — 1863 (6)

– Léon Valade & Albert Mérat Avril, Mai, Juin

Un artiste

L’air était au bonheur et soufflait à la joue
Des effluves de paix, d’espérance et d’amour.
Par ces soleils féconds où le printemps se joue
On est heureux d’ouvrir les yeux, de voir le jour.

La vie est une amante au sang riche, au teint rose :
On se pend à son col avec enivrement.
Le sombre essaim des maux s’envole en un moment
Loin des gouffres de l’âme où le passé repose.

Par un de ces beaux jours de joie et de lueur
J’allais heureux, avec des clartés plein de cœur ;
J’aperçus chancelant, le dos contre une borne,

Un vieillard abruti de faim, front bas, l’oeil morne.
Un monsieur qui passait, d’un air indifférent
Et d’un ton très-poli, me dit : « Quel beau Rembrandt ! »

Q60  T13

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