Une nuit grise emplit le morne firmament. — 1866 (17)

Le Parnasse ContemporainRecueil de vers nouveaux – (première livraison) –

Sonnet estrambote

Une nuit grise emplit le morne firmament.
Comme un troupeau de loups, errant à l’aventure
Dans la nuit, et rôdant autour de leur pâture,
Le vent funèbre hurle épouvantablement.

Le brouillard, que blanchit un tourbillonnement
Neigeux, se déchirant ainsi qu’une tenture,
On voit, parfois, au fond d’une sombre ouverture,
Le soleil rouge et froid qui luit obscurément.

Mais, tous deux, ayant clos les rideaux des fenêtres,
Mollement enlacés et mêlant nos deux êtres
Dans un fauteuil profond devant un feu bien clair:

Nous nous aimons. Nos yeux parlent avec nos lèvres
Frémissantes. Et nous sentons dans notre chair
Courir le frisson chaud des amoureuses fièvres.

Tu peux durer longtemps encore, ô sombre hiver.
Car, réchauffés toujours au feu de leurs pensées,
Nos coeurs ne craignent pas tes ténèbres glacées.
Louis-Xavier de Ricard

Q15 – T14 +eff (trois tercets) – banv

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *