Je suis comme le riche dont la bienheureuse clef — 1873 (32)

Shakespeare Sonnets, trad. E. Montégut


LII

Je suis comme le riche dont la bienheureuse clef peut lui ouvrir l’accès de son bien-aimé trésor enfermé, trésor qu’il ne va pas visiter à toute heure de crainte d’émousser la fine pointe du plaisir rarement goûté. C’est pourquoi les fêtes sont si solennelles et si recherchées, parce que venant rarement, elles sont espacées en petit nombre dans la longue chaîne de l’année comme des pierres précieuses, ou les pierres principales dans un collier. Le temps qui vous garde loin de moi est comme ma cassette, ou comme la garde-robe qui cache le manteau pour remplir d’un plaisir tout particulier quelque minute particulière en faisant ressortir encore une fois aux yeux sa splendeur emprisonnée. Bien-heureuse êtes-vous, vous dont le mérite est d’une telle étendue que possédée vous donnez le triomphe, et absente l’espérance.

sh52  pr – Un seul paragraphe compact de prose

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