Il est un mot affreux qui sonne à mon oreille — 1873 (34)

Antoine Monnier Eaux fortes et rêves creux : sonnets excentriques et poèmes étranges

Rien

Il est un mot affreux qui sonne à mon oreille
Comme du glas tintant le funéraire bruit,
C’est celui qu’à la fin de sa dernière veille
Jeta le vieux Faustus aux souffles de la nuit.

C’est celui que Goya grava comme légende
Au-dessous d’un fantôme entr’ouvrant son tombeau,
Semblable au ‘jamais plus !’ qu’après chaque demande
Poë fait répéter le sinistre corbeau.

C’est lui qu’ont prononcé les esprits des ténèbres,
Quand se sont accomplis les désastres célèbres ;
C’est par lui que tout fut, et le mal et le bien ;

C’est lui qui sert d’enseigne à l’humaine misère ;
C’est lui qui peut donner le vertige à la terre ;
Lui qui ronge le monde et cependant est : RIEN !

Q59  T15

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