Une vierge au long voile, émue et toute rose; — 1882 (1)

Léo Trézenik (Pierre Infernal)Les gouailleuses

A l’église

Une vierge au long voile, émue et toute rose;
Un monsieur relié, comme un livre, en chagrin;
L’église, triste, avec son grand calme serein,
Et l’enlacement froid de son ombre morose.

On les marie: au doigt il lui passe l’anneau.
Un prêtre au geste digne, à la fâce blêmie,
Leur affirme, en latin, que tous deux pour la vie
Sont tenus de s’aimer de par l’ordre d’en Haut.

Et moi, dissimulé derrière une colonne,
J’écoutais, l’air narquois, cette chose bouffonne,
Quand, navré tout à coup, je me pris à songer

Les yeux fixés sur la pauvre fleur d’oranger
Qu’on voyait à travers du voile diaphane,
Que les pharmaciens en font de la tisane!

Q63 – T20

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