J’ai le mépris sacré d’un dieu métaphysique — 1890 (9)

Julien Mauveaux Les dolents – sonnets décadents

Sonnet liminaire

J’ai le mépris sacré d’un dieu métaphysique
pour la matière où sont toutes formes encloses,
et pieusement je veux que l’art, loin des gloses
de la science, essore à l’aile des musiques.

Il sera digne alors de la grâce pudique
des vierges, de leur col fragile, de leurs poses
décentes, il aura pour les apothéoses
nitides, le vague de la mer mélodique.

Fiers mépriseurs de la précision qui sculpte
et cristallise sous les ornements d’un culte
immuable, la vie intense et débridée,

mes vers, neige impollue où s’altère et succombe
la frondaison trop délicate des idées,
nimbent la beauté d’un grand vol froid de colombes.

Q15 – T14 – banv –  rimes féminines

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