L’ami très cher à nos cœurs veut partir. Mais, quoi, — 1904 (7)

Verlaine, Gabriel Vicaire, Emmanuel Signoret, André Ibels in  Le Beffroi (juillet)

Sonnet à quatre

Paul Verlaine

L’ami très cher à nos cœurs veut partir. Mais, quoi,
L’amour livre un assaut furieux à sa vie ?
L’enfant des dieux ne grelotte plus sur le toit ;
Vu par le chemin sous l’ivresse de la pluie.

Gabriel Vicaire

Les oiseaux, comme nous, ont le Lune pour nid.
Il est bien tard ; attends l’aube qui reste encore
La passerelle d’or qui mène à l’Infini,
Et bois-moi de ce vin dont la France s’honore.

Emmanuel Signoret

Te voici de front ceint d’un astre né d’hier ;
Va-t’en dormir sous l’or verdoyant des mélèzes
Trop tôt renaitront pour nous les heures mauvaises !

André Ibels

Trop tôt, je reviendrai, mes amis : un éclair
N’allume dans le ciel qu’une aube passagère

Paul Verlaine

Et l’amante devient trop vite l’étrangère

Q59 – T30

Ce sonnet, recueilli par André Ibels, fut composé une nuit à la sortie du Procope, par les quatre poètes qui se disputaient , à cette heure tardive et sotte, les sourires d’une aimable enfant.

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