Album zutique
– Léon Valade
Eloge de l’âne
Naître
Con,
Paître
Son,
Etre
Bon,
Traître,
Non!
– Comme
Sur
L’homme
Dur,
L’Ane
Plane! ..
Q8 – T23 – mono
Album zutique
– Léon Valade
Eloge de l’âne
Naître
Con,
Paître
Son,
Etre
Bon,
Traître,
Non!
– Comme
Sur
L’homme
Dur,
L’Ane
Plane! ..
Q8 – T23 – mono
Album zutique
– Germain Nouveau
A un caricaturiste
Ose!
Touche
Bouche
Rose;
Couche
Chose:
Pose
Mouche!
Lèche
Mèche
Large
Aile!
Quelle
Charge!
Q16 – T15 – mono – rimes féminines
Album zutique
– Rimbaud et Verlaine
L’idole.
Obscur et froncé comme un oeillet violet,
Il respire, humblement tapi parmi la mousse
Humide encor d’amour qui suit la rampe douce
Des fesses blanches jusqu’au bord de son ourlet.
Des filaments pareils à des larmes de lait
Ont pleuré sous l’autan cruel qui les repousse
A travers de petits caillots de marne rousse,
Pour s’aller perdre où la pente les appelait.
Mon rêve s’aboucha souvent à sa ventouse;
Mon âme, du coït matériel jalouse,
En fit son larmier fauve et son nid de sanglots.
C’est l’olive pâmée, et la flûte caline,
Le tube d’où descend la céleste praline,
Chanaan féminin dans les moiteurs enclos.
Q15 – T15
– coll. L’album Zutique
– 14 zutistes
Propos du cercle
(MERAT) Cinq sous! C’est ruineux! Me demander cinq sous?
Tas d’insolents! … (PENOUTET) Mon vieux! Je viens du café Riche;
J’ai vu Catulle … (KECK) Moi, je voudrais être riche. –
(VERLAINE) Cabaner, de l’eau d’aff!… (H.CROS) messieurs, vous êtes saoûls!
(VALADE) Morbleu, pas tant de bruit! La femme d’en dessous
Accouche… (MIRET) Avez-vous lu l’article sur l’Autriche? …
Dans ma revue?…(MERCIER) Horreur! Messieurs, Cabaner triche
Sur la cantine (CABANER) Je.. ne.. pu.. is répondre à tous!
(GILL) Je ne bois rien, je paye! Allez chercher à boire,
Voilà dix sous! (A.CROS) Si! Si! Mérat, veuillez m’en croire,
Zutisme est le vrai nom du cercle! (CH.CROS) En vérité,
L’autorité, c’est moi! C’est moi l’autorité ..
(JACQUET) Personne au piano! C’est fâcheux que l’on perde
Son temps, Mercier, jouez le Joyeux Viv…… (RIMBAUD) Ah! merde!
Q15 – T13
Rimbaud les stupra
Nos fesses ne sont pas les leurs. Souvent j’ai vu
Des gens déboutonnés derrière quelque haie,
Et dans ces bains sans gêne où l’enfance s’égaie,
J’observais le plan et l’effet de notre cul.
Plus ferme, blême en bien des cas, il est pourvu
De méplats évidents que tapisse la claie
Des poils; pour elles, c’est seulement dans la raie
Charmante que fleurit le long satin touffu.
Une ingéniosité touchante et merveilleuse
Comme l’on ne voit qu’aux anges des saints tableaux
Imite la joue où le sourire se creuse.
Oh! de même être nus, chercher joie et repos,
Le front tourné vers sa portion glorieuse
Et libres tous les deux murmurer des sanglots.
Q15 – T20 – Le mot ‘cul’ employé pour rimer en ‘u’ est une vieille licence; certains d’ailleurs écrivent ‘cu’.
Rimbaud
Les stupra
Les anciens animaux saillissaient, même en course,
Avec des glands bardés de sang et d’excrément.
Nos pères étalaient leur membre fièrement
Par le pli de la gaine ou le grain de la bourse.
Au moyen âge pour la femelle, ange ou pource,
Il fallait un gaillard de solide grément;
Même un Kléber, malgré la culotte qui ment
Peut-être un peu, n’a pas dû manquer de ressource.
D’ailleurs l’homme au plus fier mammifère est égal;
L’énormité de leur membre à tort nous étonne;
Mais une heure stérile a sonné: le cheval
Et le boeuf ont bridé leurs ardeurs, et personne
N’osera plus dresser son orgueil génital
Dans les bosquets où grouille une enfance bouffonne.
Q15 – T20
Rimbaud
Voyelles
A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu: voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes:
A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,
Golfes d’ombre; E, candeur des vapeurs et des tentes,
Lances des glacier fiers, rois blancs, frissons d’ombelles;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes;
U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d’animaux, paix des rides
Que l’alchimie imprime aux grands fronts studieux;
O, suprême Clairon plein de strideurs étranges,
Silences traversés des Mondes et des Anges:
– O l’Oméga, rayon violet de Ses Yeux!
Q16 – T15
Rimbaud
Oraison du soir
Je vis assis, tel qu’un ange aux mains d’un barbier,
Empoignant une chope à fortes cannelures,
L’hypogastre et le col cambrés, une Gambier
Aux dents, sous l’air gonflé d’impalpables voilures.
Tels que les excréments chauds d’un vieux colombier,
Mille Rêves en moi font de douces brûlures:
Puis par instants mon coeur triste est comme un aubier
Qu’ensanglante l’or jeune et sombre des coulures.
Puis, quand j’ai ravalé mes Rêves avec soin,
Je me tourne, ayant bu trente ou quarante chopes,
Et me recueille, pour lâcher l’âcre besoin:
Doux comme le Seigneur du cède et des hysopes,
Je pisse vers les cieux bruns, très haut et très loin,
Avec l’assentiment des grands héliotropes.
Q8 – T20
Rimbaud
Ma Bohème
(fantaisie)
Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées;
Mon paletot aussi devenait idéal;
J’allais sous le ciel, Muse! et j’étais ton féal;
Oh! là là! Que d’amours splendides j’ai rêvées!
Mon unique culotte avait un large trou.
– Petit Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
– Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou.
Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ce bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur;
Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur!
Q63 – T15
Rimbaud
La maline
Dans la salle à manger brune, que parfumait
Une odeur de vernis et de fruits, à mon aise
Je ramassais un plat de je ne sais quel met
Belge, et je m’épatais dans mon immense chaise.
En mangeant, j’écoutais l’horloge, – heureux et coi.
La cuisine s’ouvrit avec une bouffée,
– Et la servante vint, je ne sais pas pourquoi,
Fichu moitié défait , malinement coiffée.
Et, tout en promenant son petit doigt tremblant
Sur sa joue, un velours de pêche rose et blanc,
En faisant, de sa lèvre enfantine, une moue,
Elles arrangeait les plats, près de moi, pour m’aiser;
– Puis, comme ça, – bien sûr, pour avoir un baiser, –
Tout bas: « Sens donc: j’ai pris une froid sur la joue … »
Q59 – T15