Archives de catégorie : Quatrain

Décrit la formule de rime des quatrains.

Le premier jour de mars allant à Charenton, — 1891 (10)

Mac-NabPoèmes incongrus

Le parapluie

Le premier jour de mars allant à Charenton,
Je m’étais acheté, craignant les giboulées,
Un beau parapluie aux baleines effilées
Emmanché de bois noir et couvert en coton.

J’arrivai sur le quai crotté jusqu’au menton;
Le vent faisait courir les dames dévoilées
Et l’espace était plein de choses envolées.
Mais voilà qu’en mettant les pieds sur le ponton,

Mon emplette m’échappe et tombe dans la Seine:
Pas un homme de coeur pour lui porter secours.
Ainsi disparaissez, illusions, toujours!

L’été suivant, non loin de la Samaritaine,
Un pêcheur qui n’avait rien pris depuis trois jours
En retirant sa ligne y vit une baleine.

Q15 – T28

Depuis Choisy-le-Roi jusqu’au port de Suresnes — 1891 (9)

Mac-NabPoèmes incongrus

Les pâles macchabées

Depuis Choisy-le-Roi jusqu’au port de Suresnes
On les voit lentement flotter au fil de l’eau,
Ils ont le teint blafard comme un tronc de bouleau,
Leur ventre a le ton bleu des mortelles gangrènes

Ah! qu’ils sont laids à voir pendant les nuits sereines
Alors qu’un hydrogène impur gonfle leur peau
Comme un chasselas bien mûr de Fontainebleau …
Et l’on entend au loin le doux chant des Sirènes!

Ils s’en vont par morceaux et nous les achevons:
Des citoyens faisant de longues enjambées
Vont les cueillir avec des perches recourbées.

O vieux fleuve blanchi par l’âge et les savons,
Rejette de ton sein les pâles machabées,
Car cette eau-là, vois-tu, c’est nous qui la buvons!

Q15 – T28

Le soir de soie issu des seins — 1891 (8)

Pierre LouÿsPoèmes in Oeuvres complêtes

Chrysis, II

Le soir de soie issu des seins
Palpite un peu de pâle peine
Plainte en pleur dans la palme pleine
Du deuil des doigts aux durs desseins.

Et l’âme en mal d’amour immole
Un lot de lys lents en lambeaux
Au bout de bras ballants et beaux
Où la mort des mains est moins molle.

Fol effort de feinte en effet
Nulle nuit de nul dard ne fait
Que la crême en croisse crevée

Et rien n’aura leurré l’erreur
Si le tiers n’éteint ta terreur
Voile vain de valve avivée.

Q63 – T15 – octo – Remarquer la contrainte consonnantique en chaque vers

Forte femme aux tétons lourds de lait — 1891 (7)

Pierre LouÿsLe Trophée des Vulves légendaires

Fricka

Forte femme aux tétons lourds de lait
Que d’un sursaut de rut tu retrousses,
Germaine au con rouge aux tresses rousses,
Puissante à jouir dès qu’il te plaît.

Ventre épais que précède une touffe
Et si difformément labouré;
Bras charnus où foisonne un fourré,
Et dont l’étreinte effrayante étouffe.

Femme au con maternel, tu ne sais
Que baiser et tu dis ‘C’est assez!  »
Tu ne sais pas que l’amour s’attache

A toutes les lèvres, à tous les trous,
Tu veux rester l’Epouse, la Vache
Et n’ouvrir que ta vulve aux poils roux.

Q63 – T14 – 9s

Mais toi, fleur de luxure, O Freia! — 1891 (6)

Pierre LouÿsLe Trophée des Vulves légendaires

Freia

Mais toi, fleur de luxure, O Freia!
Rose dont les poils sont les épines,
C’est ta bouche où vont les belles pines
Que ta langue en chaleur balaya.

Dans tes jambes où brûle la fièvre
Quand tes amants ont la tête en feu,
Pour accueillr leur geste et leur jeu
Ta vulve a des baisers sur les lèvres.

Elle palpite et s’ouvre à lécher,
Rose mousseuse et fleur de pêcher,
Elle s’écarte et jaillit à boire

Le nectar fou des frissons ardents,
Incitateur éjaculatoire
Des belles pines entre tes dents.

Q63 – T14 – 9s

Pour que Freia t’exauce, ô païenne! — 1891 (5)

Pierre LouÿsLe Trophée des Vulves légendaires

Ortrude

Pour que Freia t’exauce, ô païenne!
Tu l’as vaincue en lubricité,
Suçeuse au gland d’un cheval mâté
Tribade avec la chair de ta chienne;

Ta soeur t’a léchée en vomissant,
Tes enfants au berceau t’ont connue,
Ta fille a livré sa fente nue
A ta langue, et tu l’as mise en sang:

Et tes doigts mis dans ta vulve interne,
De ton sexe ont fait une caverne
Enorme pour un rut d’étalon

Et cependant Elsa vit encore,
Et de son ongle écaille à l’aurore
Des croutes de sperme au ventre blond.

Q63 – T14 – 9s

Ils te croyaient pure, Elizabeth! — 1891 (4)

Pierre LouÿsLe Trophée des Vulves légendaires – neuf sonnets sur les héroïnes de Wagner rêvés au pied du Vénusberg en août 1891.

Elizabeth

Ils te croyaient pure, Elizabeth!
Ils t’appellaient sainte, immaculée!
Mais tu riais d’eux, grande enculée,
Quand Tanhauser au lit t’enjambait;

Il n’hésitait, pour vivre sa vie,
Qu’entre le trou noir de ton anus
Et la vulve en chaleur de Vénus,
Mais tu l’étreignais, inassouvie.

Furieuse au hasard des coussins,
Refoulant son ventre avec tes seins
Tu fis pour lui ta bouche ordurière;

Et lui tendais l’horreur de ton cul
Tu le sentis foutre par derrière,
Et tu portais le corps du vaincu.

Q63 – T14 – 9s

Coco dit Tape-à-l’oeil, professeur de savate, — 1891 (3)

Laurent TaihadeAu pays du muffle – Ballades et quatorzains –

Rue de la Clef

Coco dit Tape-à-l’oeil, professeur de savate,
Camelot et dompteur de caniches, ayant
Sur quelque pantre aussi gourdé que flamboyant,
Prélevé le mouchoir, la bourse ou la cravate,

Est dans les fers. Le désespoir règne parmi
Tant d’épouses qu’il asservit à sa conquête
Et les dames du Chabanais font une quête
Pour que soit d’un peu d’or son courage affermi.

Mais, content des loisirs que lui fait Pélagie,
Le ‘petit homme’ aux reins vannés, se réfugie
Près des conspirateurs dont brille cet endroit.

Et fier de ressucer les mégots qu’il impêtre
Chez les poëtes et chez les docteurs en droit,
Il savoure l’orgueil de voir des gens de lettres.

Q63 – T14

Les femmes laides qui déchiffrent des sonates — 1891 (2)

Laurent TaihadeAu pays du muffle – Ballades et quatorzains –

Place des Victoires

Les femmes laides qui déchiffrent des sonates
Sortent de chez Erard, le concert terminé
Et, sur le trottoir gras, elles heurtent Phryné
Offrant au plus offrant l’or de ses fausses nattes.

Elles viennent d’ouïr Stanislas Talapoint,
Le pianiste hongrois que Le Figaro vante,
Et, tout en se disant du mal de leur servante,
Elles tranchent un cas douteux de contrepoint.

Des messieurs résignés à qui la force manque
Les suivent, approuvant de leur chef déjà mûr,
Ils eussent préféré le moindre saltimbanque.

Leur silhouette court, falotte, au ras d’un mur,
Cependant que Louis, le vainqueur de Namur,
S’obstine à regarder les portes de la Banque.

Q63 – T21

Encor vréman, bon Duvignô, — 1891 (1)

Le Chat Noir

Verlaine

A A. Duvigneaux
Trop fougueux adversaire de l’orthographe phonétique

Encor vréman, bon Duvignô,
Vou zôci dou ke lé zagnô
E meïeur ke le pin con manj,
Vou metr’ en ce courou zétranj

Contr(e) ce tâ de brav(e) jan
O fon plus bête ke méchan
Drapan leur linguistic étic
Dans l’ortograf(e) fonétic?

Kel ir(e) donc vous zambala?
Vizavi de cé zoizola
Sufi d’une parole verd(e).

Et pour leur prouvé sans déba
Kil é dé mo ke n’atin pa
Leur sistem(e), dizon-leur: ….

Q55 – T6 -octo