Archives de catégorie : Quatrain

Décrit la formule de rime des quatrains.

Vieil idéal manchot des mornes architectes — 1891 (23)

L’Ermitage

Georges Fourest

A la Vénus de Milo
‘Aux quinze-vingts le vieil Homère et toi cascade, Hortense, ma fille’ Jules Vallès

Vieil idéal manchot des mornes architectes
Sortis premiers de l’Ecole des Vilains-Arts;
Paros mal retrouvé par les benêts hasards,
Keulla-Reduction pour cracheurs de Pandectes

Plâtre durci sur la tronche pleine d’insectes
Des petits Italos, article de bazars,
Nulle en bizarre et bon nanan des vieux busards
Chez Balandard sur la pendule où tu t’objectes!

Paganisme des quincaillers! Bronze en toc! Zinc!
Sache que les adorateurs du marquis Tseng,
Ceux qu’un magot, poussah falot, séduit et botte,

O mijaurée, ont renversé ton piédestal
Et qu’ils ont mis dans un Panthéon de cristal
Ta Soeur négresse aux longs têtons: la Hottentote!

Q15 – T15

Les genêts luisent dans la lande désolée; — 1891 (21)

Francis Jammes Six sonnets

I
La fièvre

Les genêts luisent dans la lande désolée;
Sur l’ocre des côteaux la bruyère est de sang:
Mais tu ne peux guérir mon coeur triste où descend
Le souvenir de ma pauvre enfance en allée.

Viens: elle est d’émeraude et d’argent la vallée:
Douce comme ta voix, l’eau chuchote en passant,
Et clair comme ton rire est l’angélus croissant:
Fraîche comme ta bouche est la mousse mouillée.

J’ai la fièvre: Viens là, près de ces romarins,
Près de ce puits glacé que ronge l’herbe fraîche;
Viens, pleurons et mourons, fillette aux yeux sereins;

Nous sommes las: moi, las de sentir une brêche
En mon coeur mort d’amour lors de son mois de mai.
Toi, lasse en ton printemps de n’avoir pas aimé.

Q15 – T23

Je voudrais être un très vieux saule plein de mouches — 1891 (20)

La Revue Blanche

Romain Coolus

Vers le repos

Je voudrais être un très vieux saule plein de mouches
Près d’une eau morte que reflèterait ma nuit.
Nous amalgamerions, elle et moi, notre ennui
Et ne tenterions point de vaines escarmouches.

Avec la passivité pesante des souches,
Je subirais le vent qui caresse et bruit
Et le mauvais orage dont le feu détruit
Et le soleil versant ses corrosives touches.

Je serais très heureux ainsi, point ne bougeant,
Trempant mes feuilles dans le pacifique argent,
Dans l’eau défunte où nul poisson n’irait nageant,

Loin de tout mouvement ridicule et stérile,
Dispensé de la vanité si puérile
D’agir et de vouloir être une âme virile.

Q15 – T5

Près de vous, très gente, ay laissé mon cueur, — 1891 (19)

Le concours de La Plume
(concours, troisième prix)

Sonnet pour Isabeau la gente Bachelette

Près de vous, très gente, ay laissé mon cueur,
Or vous l’avez prins, et votre ongle rose
Vistement lui fict sy terrible chose
Que femmes de Thrace au divin chanteur

Et, depuis ce temps, je vis tout morose,
Et le plus doux miel, la plus belle fleur
Me semblent sans goust, comme sans couleur,
Et de tout cela, cruelle, estes cause.

Mais, si le voulez, mignonne, oyez-moi:
Venez mettre un terme à mon grand émoy
Et bien-tost verray que seray tout aultre.

Belle, vous avez mon cueur déchiré;
Il me faut un cueur, où je périrai:
Or donc, pour le mien, donnez-moy le vôtre.

Jules Laloue

Q16 – T15 – on voit, à cet exemple burlesque (involontairement) à quel point il est difficile de ‘faire médiéval’ (un des plus beaux exemples est le ‘Jehan’ à deux syllabes, de l’abominable Rictus)

Sur les autels de pourpre ornant les cathédrales — 1891 (18)

Le concours de La Plume
(concours, premier prix)

Les vrais crucifiés, ce sont les amoureux
Jean Richepin

Sur les autels de pourpre ornant les cathédrales
Qu’élève un coeur mystique à la seule Beauté,
Des Madones, nimbant leurs fronts purs de clarté,
S’érigent dans l’orgueil de leurs robes astrales.

Les Christs crucifiés aux peintures murales
Lèvent leurs yeux pâmés d’amère volupté:
A leurs lèvres du sang de leur sein dévasté
Monte un baiser d’amour avec leurs derniers râles.

La Déesse, invincible aux regards des fervents,
S’épand et se transforme en songes décevants
Qui flottent doucement dans la pâleur des cierges.

Et mêlés aux parfums des encensoirs dorés
Plus haut que l’hosannah des pleurs désespérés,
Planent les chants subtils des implacables Vierges.

Marcel Noyer

Q15 – T15

D’un concours de Sonnets — 1891 (17)

Le concours de La Plume

Au Concours

D’un concours de Sonnets
L’idée est excellente
Et je t’en complimente;
Car ne sachant jamais

Où prendre mes sujets
Tolère que je chante,
Au lieu de mon amante,
Le concours de Sonnets.

Oui, je te glorifie
O concours, stimulant
L’art de la Poésie!

Par contre, maintenant,
Comme à Vénus la pomme,
Donne-moi le diplôme!

Q15 – T23 – 6s

La brise pleine de chansons — 1891 (16)

Le concours de La Plume
(concours n° 96)

La brise pleine de chansons
Apporte des senteurs marines
Qui vont réjouir vos narines,
O calmes filles des boxons!

C’est l’heure tendre où les garçons
S’en vont vider dans les latrines
Les vases remplis des urines
Des marins danois ou saxons.

L’oeil pesant et suivant l’Idée,
Clarisse, à sa table accoudée,
Songe à des vers pour son amant.

De liliales tourterelles
Roucoulent extatiquement
Aux fenêtres des maquerelles.

Q15 – T14 – banv – octo

J’ai de l’amour pour l’art Chinois et Japonais, — 1891 (13)

Le concours de La Plume

Emmanuel Souinet

Vers ciselés

J’ai de l’amour pour l’art Chinois et Japonais,
Pour l’ivoire sculpté, la fine porcelaine,
Les mille bibelots fouillés et raffinés,
Où l’on n’a ménagé ni le temps ni la peine.

J’aime ces bibelots; on n’y suit pas l’haleine
Des concepts réfléchis et bien déterminés,
Mais ils ont leur beauté dans un autre domaine,
Elle est dans les détails finement burinés.

Tel est l’art du poète amoureux de la forme,
Ciselant son poème avec fidélité
Et s’assujettissant en esclave à la norme.

Qu’importe que mon vers soit peu mouvementé,
Il est beau par lui-même, et si ses oeuvres dorment,
C’est d’un sommeil auguste et plein de majesté.

Q11 – T20

Un sonnet, dites-vous, savez-vous bien, madame, — 1891 (12)

Henri Meilhac Le concours de La Plume

Un sonnet, dites-vous, savez-vous bien, madame,
Qu’il me faudra trouver trois rimes à sonnet?
Madame, heureusement, rime avec âme et flamme
Et le premier quatrain me semble assez complet.

J’entame le second, le second je l’entame,
Et prends en l’entamant un air tout guilleret.
Car ne m’étant encor point servi du mot âme
Je compte m’en servir et m’en sers en effet.

Vous m’accorderez bien, maintenant, j’imagine,
Qu’un sonnet sans amour ferait fort triste mine,
Qu’il aurait l’air boiteux, contrefait, mal tourné.

Il nous faut de l’amour, il nous en faut quand même,
J’écris donc en tremblant: je vous aime, je t’aime,
Et voilà, pour le coup, mon sonnet terminé

Q8 – T15 – s sur s

O créer, avec fièvre un rien: quatorze vers — 1891 (11)

Le concours de La Plume

Gaston Sénéchal

Le Dahlia bleu

O créer, avec fièvre un rien: quatorze vers
Délicats, spéciaux, rares, heureux d’éclore;
Un bouquet effaçant, par le choix de sa flore,
La vieille rhétorique et les jeunes prés verts!

Y mettre le secret de mon coeur, comme Arvers,
Et les vocables doux par lesquels on implore,
Et sous un nom vraiment rythmique, Hélène ou Laure,
Oser vous y parler d’amour, à mots couverts.

Vous les liriez, non pas comme ceux qu’on renomme,
Comme les dieux, avec sollicitude, et comme
Ce sonnet sans défaut vaudrait bien un baiser,

Après l’avoir touché presque du bout des lèvres,
Vous iriez doucement, doucement, le poser,
Sur l’étagère où sont les coupes de vieux Sèvres.

Q15 – T14 – banv – s sur s