Archives de catégorie : Tercets

Vous prenez, Lélio, ce certain air benêt — 1898 (18)

–  Matthew Russell (ed.) Sonnets on the Sonnet

Vous prenez, Lélio, ce certain air benêt
Qui fait que certains jours vous n’êtes plus le même :
Vous voilà circonspect, timide, tout en crème …
Que nous a, cette nuit, couvé votre bonnet ?

Ne faites pas le fin, poète : on vous connaît !
Produisez ce chef d’œuvre et quittez le ton blême.
Un sonnet, je parie ? … Eh bien donc ! un sonnet,
Même avec cent défauts, vaut mieux qu’un long poème.

On aurait tort d’en pondre un millier par saison !
Mais le goût du sonnet, bridé par la raison,
Est innocent. Bernez les railleurs, gent frivole !

De la rime abondante, il corrige l’abus,
Il met dans un corset la pensée un peu molle,
Il aide à bien passer le temps en omnibus.

(Louis Veuillot)

Q14  T14   – s sur s

Les Quatrains du sonnet sont de bons chevaliers — 1898 (17)

–  Matthew Russell (ed.) Sonnets on the Sonnet

Le Sonnet
A Maître Claudius Popelin, émailleur et poète

Les Quatrains du sonnet sont de bons chevaliers
Crottés de lambrequins, plastronnés d’armoiries,
Marchant à pas égaux le long des galeries,
Ou veillant, lance au poing, droit contre les piliers.

Mais une dame attend au bas des escaliers :
Sous son capuchon brun comme dans des féeries,
On voit confusément luire les pierreries,
Ils la vont recevoir, graves et réguliers.

Pages de satin blanc, à la housse bouffante,
Les Tercets, plus légers, la prennent à leur tour
Et jusqu’aux pieds du Roi conduisent cette Infante.

Là, relevant son voile, apparaît triomphante
La Bella, la Diva, digne qu’avec amour
Claudius , sur l’émail, en trace le contour.

( Théophile Gautier)

Q15 T18  s sur s

L’Apologue est indien ; — 1898 (16)

–  Matthew Russell (ed.) Sonnets on the Sonnet

Le sonnet est limousin

L’Apologue est indien ;
L’Attique trouve le Drame ;
L’Elégie est de Pergame ;
Le Poème est rhodien.

Un berger arcadien
Composa l’Epithalame ;
L’inventeur de l’Epigramme
Fur le barbier lydien.

Enna fit parler Tityre ;
Rome conçut la Satire ;
Byzance orna le Dizain ;

La Ballade est allemande ;
La Villanelle, normande ;
Et le Sonnet, limousin !

(Abbé Joseph Roux)

Q15  T15  7s  s sur s

Dans sa forme attrayante, avec art modelée, — 1898 (15)

–  Matthew Russell (ed.) Sonnets on the Sonnet

Le sonnet

Dans sa forme attrayante, avec art modelée,
Nous aimons le sonnet, concis et gracieux.
Nous le voulons parfait : accents hamonieux,
Œuvre finement ciselée.

Elevant son essor vers la voute étoilée,
Dont les astres sans nombre éblouissent nos yeux,
Ainsi que l’ode il peut, dans l’infini des cieux,
Monter sur une stance ailée.

Souvent le cœur y parle un langage charmant ;
L’esprit en fait jaillir comme d’un diamant
Les plus brillantes étincelles.

Oui, c’est un joyau rare, une perle, un trésor …
Avouons-le pourtant : c’est une cage d’or
Où n’entrent pas les grandes ailes.

(Léon Magnier)

Q15  T15  s sur s –  2m (octo 4-8-11-14

Voulant te rogner l’aile, ô libre poésie ! — 1898 (14)

–  Matthew Russell (ed.) Sonnets on the Sonnet

Voulant te rogner l’aile, ô libre poésie !
Un sévère critique et peu lyrique auteur
Soutint que le sonnet est une œuvre choisie
Dont rien ne peut, en vers, atteindre la hauteur.

Maintenant, pour Boileau, pédant législateur,
Nous ne témoignons pas beaucoup de courtoisie :
Nous l’appelons perruque, et du vieux radoteur
Nous raillons volontiers la docte fantaisie.

Nos poètes du jour, il est vrai, sont plus forts.
Ils maîtrisent la langue et riment sans efforts.
Le métier ne voit plus l’ouvrage de la veille.

Quant à moi, pour finir le travail que voici,
Mon cerveau n’a pas eu grand’peine, Dieu merci !
Et j’avoue humblement n’avoir pas fait merveille.

Q11  T15  s sur s

Un sonnet sans défaut vaut seul un long poème, — 1898 (13)

–  Matthew Russell (ed.) Sonnets on the Sonnet

« Un sonnet sans défaut »

Un sonnet sans défaut vaut seul un long poème,
A dit certain gâteux du temps du roi-soleil.
Un bon sonnet, pour moi, c’est une joie extrême,
Un régal délicat, un bijou sans pareil.

J’ai pâli bien souvent, ami, sur ce problème :
Faire aussi mon sonnet ! A l’horizon vermeil
Un rêve me montrait une pensée, un thème,
Qui s’évanouissait souvent à mon réveil.

Quand, revenant à moi, je saisissais la plume,
Pour fixer ce croquis estompé dans la brume,
Hélas ! de mon esprit le vent l’avait banni.

Aussi, sans plus chercher, je me tais, j’y renonce,
Ce n’est pas un sonnet qui sera ma réponse.
Tiens ! – mais, sans y songer, mon sonnet est fini.

(Ernest Lacoste)

Q8  T15  s sur s

Le soleil a chauffé notre toit tout le jour — 1898 (11)

Jean Amade


Notre toit

Le soleil a chauffé notre toit tout le jour
faisant luire comme une rose chaque tuile,
tandis que pour bercer leur rêve et leur amour
dans les frênes chantaient les cigales divines ;

autour de lui ont bourdonné toutes les guêpes
cherchant à prendre quelque chose de sa vie ;
et maintenant, Myrta, il tombe sur la terre
du silence, de la fraîcheur et de la nuit.

Rentrons : nous serons mieux sur le lit séculaire
l’un près de l’autre dans la chambre aux rideaux clairs ;
l’abri est sûr, reposons-nous en confiance …

Demain quand sourira l’aurore, notre toit
élèvera dans l’air comme une fumée blanche
sa petite prière et sa petite joie.

Q59  T14  r.exc.

Mon âme à fonds secrets pleure le ministère — 1898 (8)

Jean Goudezki Hercule ou la vertu récompensée

Sonnets des revers

Mon âme à fonds secrets pleure le ministère
Le pouvoir éternel en un moment conçu.
Le mal n’est pas bien rare et je pourrais le taire,
Car si je fus ministre on n’en avait rien su.

Ainsi j’aurai passé, ministre inaperçu
Aussi triste qu’un ver et non moins solitaire,
Et je vais retourner à mes pommes de terre,
Ayant tout demandé et n’ayant rien reçu.

L’électeur, quoique Dieu l’ait fait naïf et tendre,
Va peut-être, à présent, m’oublier, sans entendre
Les appels au scrutin placés dessous ses pas.

A l’austère devoir correctement fidèle,
Le Président va dire en lisant la nouvelle:
« Quel était ce monsieur? » et ne comprendra pas …

Q10 – T15 – arv

Je t’attends samedi, car, Alphonse Allais, car — 1898 (6)

Jean Goudezki Hercule ou la vertu récompensée

Invitation
sonnet olorime

Je t’attends samedi, car, Alphonse Allais, car
A l’ombre, à Vaux, l’on gèle. Arrive. Oh ! la campagne !
Allons – bravo ! – longer la rive au lac, en pagne ;
Jette à temps, ça me dit, carafons à l’écart.

Laisse aussi sombrer tes déboires, et dépêche !
L’attrait (puis, sens !) : une omelette au lard nous rit,
Lait, saucisse, ombre, thé des poires et des pêches,
Là, très puissant, un homme l’est tôt. L’art nourrit.

Et, le verre à la main, – t’es-tu décidé ? Roule –
Elle verra, là mainte étude s’y déroule,
Ta muse étudiera les bêtes et les gens !

Comme aux dieux devisant, Hébé (c’est ma compagne)…
Commode, yeux de vice hantés, baissés, m’accompagne…
Amusé tu diras :  » L’Hébé te soûle, hé ! Jean !  »

Q62 – T15