Archives de catégorie : Tercets

La chasuble des Apostoles, — 1894 (6)

Laurent TailhadeAu pays du Mufle – (ed.1920)

II
Virgo Fellatrix (d’après Laurent Tailhade)

La chasuble des Apostoles,
Dans le cristal incendié
Flamboie – Un coeur supplicié
Attend, vierge, que tu l’extolles.

D’or fin, la Lune, sous ton pié:
Aux accents des luths, des citoles,
L’Ange ‘Saint des saintes étoles »
Chante l’amour. O filiae!

Canonique! mystique! unique!
Hors du triptyque, ta tunique
Verse l’âme des Paradis.

Toi, la Pudibonde, sans nulle
Macule, j’ouvre la lunule
Des ostensoirs où tu splendis.

Q15 – T15 – octo

L’insénescence de l’humide argent accule — 1894 (5)

Laurent TailhadeAu pays du Mufle – (ed.1920)
(Deux sonnets pour être dits en expectant claudication)

I
Le limaçon (d’après feu Rimbaud)

L’insénescence de l’humide argent accule
La glauque vision des possibilités
Où s’insurgent, par telles prases abrités,
Les désirs verts de la benoîte renoncule.

Morsure extasiant l’injurieux calcul,
Voici l’or impollu des corolles athées
Choir sans trève! Néant des Sphinges Galathées
Et vers les nirvânas, ô Lyre, ton recul!

La mort est un vainqueur Loyal et redoutable
Aux vénéneux festins où Claudius s’attable
Un bolet nage en la saumure des bassins.

Mais, tandis que l’abject amphictyon expire
Eclôt, nouvel orgueil de votre pourpre, ô Saints,
Le lis ophilial orchestré par Shakespeare.

Q15 – T14 – banv

Le vieux monsieur, pour prendre une douche ascendante, — 1894 (4)

Laurent TailhadeAu pays du Mufle – (ed.1920)

Hydrothérapie

Le vieux monsieur, pour prendre une douche ascendante,
A couronné son chef d’un casque d’hidalgo
Qui malgré sa bedaine ample et son lumbago,
Lui donne un certain air de famille avec Dante.

Ainsi ses membres gourds et sa vertèbre à point
Traversent l’appareil des tuyaux et des lances,
Tandis que des masseurs tout gonflés d’insolences,
Frottent au gant de crin son dos où l’acné point.

Oh! l’eau froide! Oh! la bonne et rare panacée
Qui, seule, raffermit la charpente lassée
Et le protoplasma des sénateurs pesants!

Voici que, dans la rue, au sortir de la douche,
Le vieux monsieur qu’on sait un magistrat farouche
Tient des propos grivois aux filles de douze ans.

Q63 – T15

Un soir d’automne en Normandie, — 1894 (3)

Fernand Halley Soirées d’automne

Amour et Patrie, sonnet patriotique

Un soir d’automne en Normandie,
Je vis au détour d’un chemin,
Une enfant, la mine hardie,
Qui me tendait sa blanche main.

Elle chantait la mélodie
Si chère aux Français, c’est certain;
L’hymne sacré de la patrie,
Et j’accompagnai le refrain.

Puis tout à coup, faisant silence:
 » Si tu le veux, beau troubadour,
Je te chanterai, me dit-elle,

Avec l’Espérance, l’Amour! »
« Oh! non, non! lui dis-je, ma belle.
Chante, chante encor pour la France! »

Q8 – T39  octo

L’air noble, le taint mat d’une Jéorjiaine, — 1894 (2)

Lord-Orangis (= Gabriel Marfond) Aifemaire Amour – Sonnets écrits d’après une orthographe nouvelle –

Le portrait

L’air noble, le taint mat d’une Jéorjiaine,
De longs cheveus de jais tombans jusqu’aus jenous;
Le sémillant aisprit d’une pariziaine,
Sous de longs cils trais noirs des jolis yeus trais dous;

Un nom beau comme un chant de harpe aioliaine,
Ou come les refrains des pâtres andalous:
Voila ce quy vous vaut, belle muziciaine,
De tant de coeurs aipris tant d’homajes jalous!

D’autres peuvent avoir le ton chaud de l’oranje,
Des rôses sur leur lys, ou, sous la fine franje
De leurs cils capiteus, un euil noir plus ardant.

Mais, je puis l’avouer, sans forcer la louanje,
Je ne conus jamais, avant vous ô mon anje
D’atraits aucy divers un tout aucy charmant.

Q8 – T6

O femmes, je vous aime toutes, là, c’est dit ! — 1893 (25)

Verlaine Dédicaces

Quatorzain pour toutes

O femmes, je vous aime toutes, là, c’est dit !
N’allez pas me taxer d’audace ou d’imposture.
Raffolant de la blonde douce ou de la dure
Brune et de la virginité bête un petit

Mais si gente et si prompte à se déniaiser,
Comme de l’alme maturité (que vicieuse !
Mais susceptible d’un grand cœur et si joyeuse
D’un sourire et savourant, lente, un long baiser)

Toutes, oui, je vous aime, oui, femmes, je vous aime
– Excepté si par trop laides ou vieilles, dam !
Alors je vous vénère ou vous plains. Je vais même

Jusqu’à me voir féru, parfois à mon grand dam,
D’une inconnue un peu vulgaire, rencontrée
Au coin … non pas d’un bois sacré ! qui m’est sucrée.

Q63  T23

O mes contemporains du sexe fort, — 1893 (24)

Verlaine Dédicaces

Quatorzain pour tous

O mes contemporains du sexe fort,
Je vous méprise et contemne point peu,
Même il en est que je déteste à mort
Et que je hais d’une haine de dieu.

Vous êtes laids, moi compris, au delà
De toute expression, et bêtes, moi
Compris, comme il n’est pas permis : c’est la
Pire peine à mon cœur et son émoi

De ne pouvoir être (si vous non plus)
Intelligent et beau pour rire ainsi
Qu’il sied, du choix qui me rend cramoisi

Et pour pleurer que parmi tant d’élus
A faire, ces messieurs aient entre tous
Pris Brunetière. O les topinambous !

Q59  T30  rimes masc.  octo

Gin ! hydromel !! kümmel !!! wisky !!!! zythogala !!!!! — 1893 (19)

Georges Fourest in L’Ermitage

La mélancolie du dipsomane

Gin ! hydromel !! kümmel !!! wisky !!!! zythogala !!!!!
J’ai bu de tout ! parfois soûl comme une bourrique
L’Archiduc de Weimar, jadis, me régala
D’un vieux Johannisberg à très cher la barrique !

Dans le crâne scalpé du grand chef Ko-Gor-Roo-
Boo-Loo, j’ai puisé l’eau de fleuves d’Amérique !
Pour faire un grog vive l’acide sulfurique !
Tout petit je suçais le lait d’un kanguroo ! *

( Mon père est employé dans les Pompes funèbres :
C’est un homme puissant ! j’attelle quatre zèbres
A mon petit dog-cart, et je m’en vais au trot !)

Mais aujourd’hui, noyé de vermouths et d’absinthes,
Je meurs plus écoeuré que feu Jean des Esseintes :
Mon Dieu ! n’avoir jamais goûté de vespétro** !

Q38  T15 * un kanguroo femelle, bien entendu (Note de l’auteur)  **liqueur ancienne aux vertus carminatives reconnues, fabriquée à base d’eau-de-vie

Mère qui m’engendras du tarse au métacarpe, — 1893 (18)

Georges Fourest in L’Ermitage

Pseudo-sonnet pessimiste et objurgatoire
à ceux qui prirent soin d’élever ma jeunesse

Mère qui m’engendras du tarse au métacarpe,
Malgré Schopenhauer et la loi de Malthus ; –
O mon appartement lorsque j’étais fœtus,
Ma MÈRE ; – et toi PARRAIN prénommé Polycarpe ; –

MAÎTRE qui m’enseignas (ô merci !!!) que la carpe
Est un cyprinoïde et, qu’en latin, « hortus »,
Traduit le mot « jardin » ; – Flamande sans astuce,
NOURRICE au lait crémeux, simple enfant de la Scarpe ; –

PRÊTRE qui m’aspergeas de l’eau du baptistère,
Et par qui je connus (sublime et doux mystère)
A l’âge de douze ans ma saveur du sauveur :

Hélas ! ne pouviez-vous, me prenant par l’échine,
Quand je bavais, môme gluant déjà rêveur, …
Me jeter aux cochons comme l’on fait en Chine ?!?!

Q15  T14  -banv

Sur les fleurs a glissé la brise matinale. — 1893 (17)

Robert de Flers in Le Banquet

Aube

Sur les fleurs a glissé la brise matinale.
Des nuages légers rêvent au bord des eaux,
Tandis qu’incendiant les grands lys des côteaux
L’aube vient iriser leur blancheur nuptiale.

La douceur des clartés, la pâleur liliale
Des nuances, les chants murmurés des ormeaux
Ont quitté les sous-bois, où les joyeux ruisseaux
On repris leur gaîté qu’un rire clair signale.

Et les rêves ont fui le parfum des berceaux
Que n’accompagnent plus les sanglots des oiseaux,
Dont la douceurs flottait dans la nuit musicale.

Qu’importe leur départ vers des pays nouveaux,
Puisque tes bras noués me sont de chers tombeaux
Et que ta lèvre encore est douce et virginale.

Q15  T6  y=x (c=b & d=a) Poème dans un goût différent de celui de Miquette et sa mère (avec Gaston-Armand de Caillavet), Les Vignes du  Seigneur ( avec Francis de Croisset ((serait-ce dans le film tiré de cette pièce que Victor Boucher prononce la célèbre réplique : « Einstein qué ballot ! « )  ou encore Ciboulette (avec le même et une musique de Reynaldo Hahn