Archives de catégorie : Tercets

Mais leurs ventres éclats de la nuit des Tonnerres! — 1886 (17)

Le Scapin

René Ghil

Sonnet

Mais leurs ventres éclats de la nuit des Tonnerres!
Désuétude d’un grand heurt de primes cieux
Une aurore perdant le sens des chants hymnaires
Attire en souriant la vanité des Yeux.

Ah! l’éparre profond d’ors extraordinaires
S’est apaisé léger en ondoiements soyeux
Et ton vain charme humain dit que tu dégénères!
Antiquité du sein où s’épure le mieux.

Et par le Voile aux plis trop onduleux ces Femmes
Amoureuses du seul semblant d’épithalames
Vont irradier loin d’un soleil tentateur:

Pour n’avoir pas songé vers de hauts soirs de glaives
Que de leur flanc pouvait naître le Rédempteur
Qui doit sortir des Temps inconnus de nos Rêves.

Q8 – T14

Comme un amant penché sur la vierge qui dort, — 1886 (16)

Ephraïm Mikhaël – in Oeuvres complètes I

Fatalisme

Comme un amant penché sur la vierge qui dort,
Dieu regarde au lointain rouler le monde immense.
Et sous ses pieds, il a la mer qui se balance,
Et sur son front, le ciel comme un dais brodé d’or!

Incliné vers la Terre en son morne silence,
Il lit, grave et serein, le vieux livre du sort,
Et, parfois, se dressant, il appelle la Mort
Qui danse dans la nuit sa fantastique danse.

Il lit au livre obscur le nom des condamnés,
Et la pâle faucheuse avec son rouge glaive,
Pousse aux limbes grondants sa moisson de damnés!

Il lit! Mais c’est un vent dont le ciel se soulève,
Qui tourne les feuillets du grand livre qu’il tient;
Et Dieu n’a jamais su d’où cette brise vient!

Q16 – T23

Ma Muse hypocondriaque mène (ô surprise) — 1886 (15)

Albert Aurier in Le Décadent

Le rire triste

Ma Muse hypocondriaque mène (ô surprise)
Depuis cette nuitée, un trains de patachons:
La folle tant traîna de bouchons en bouchons,
Tant but de bocks qu’Elle est immodérément grise;

Lâchant, à tout propos, maints verbes folichons,
Elle éclate et se tord, comme dans une crise
D’hystérie. Etiam submejit sa chemise,
Et se tortille ainsi qu’un grand tire-bouchons! …

Mais, tandis que, tenant son ventre des deux mains,
Elle se spiralise et va par les chemins,
Titubant dans son rire et dans sa griserie,

Je reste triste, car tout cela, je le sais,
Cache, au fond, les sanglots de vieux amours blessés:
La Gaîté de ma Muse est une hypocrisie?

Q16 – T15

Sous le scintillement des stellaires clartés — 1886 (14)

Anatole Baju in Le Décadent

Désirs fous

Sous le scintillement des stellaires clartés
Où se spiralisaient, dans une voix confuse,
Les ultimes rumeurs que la terre diffuse
Emmi l’espace immense aux vierges bleuités,

L’aurette émolliait de ses moiteurs légères
Les âpres frondaisons des morts d’aridité
Et blandissait d’un doux frisson de volupté
Les êtres alanguis cachés sous les fougères.

La nature était belle à cette heure du soir
Ainsi qu’une endeuillée en larmes sous son voile,
Alliciante avec sa couronne d’étoiles

Comme la jeune veuve à même se douloir.
J’ardais: je sentais sourdre un désir en mon âme
De l’étreindre en mes bras comme on presse une femme.

Q63 – T30  (rime sing -pluriel)

« Décadence – dit-on – mensonge et fiction ». — 1886 (13)

Miguel Fernandez in Le Décadent

Dégénérescence

« Décadence – dit-on – mensonge et fiction ».
Erreur! Oui! tout décade et l’igneur prolifique
S’éteint dans l’énerveur d’un corps épileptique,
Comme un fruit arescent qui n’a plus d’embryon.

Contemnable dégoût de la parturition.
Boréales frigueurs d’un amour antarctique.
Bâtardes siccités d’un flanc anhélélique
Où périt le fœtus en germination.

Les modernes Phrynés ont des cœurs de banquise,
Un regard terne et froid comme un pavé d’église
Qui glace et réfrigère en sa blémeur de mort.

Les hommes allouvis d’une crainte érophobe
Semblent s’être entendus pour dépeupler le globe
Et le faire occomber au Néant dont il sort.

Q15 – T15

Vous étiez gaie, on dit très bien, comme un pinson; — 1886 (12)

Germain Nouveau (ed. Pléiade)

A Madame Veuve Verlaine

Vous étiez gaie, on dit très bien, comme un pinson;
Vous étiez vive, on dit aussi, comme la poudre;
Et votre voix, avec les éclats de la foudre
Avait l’accent léger d’une jeune chanson.

Oui, gaie et vive, ainsi qu’un soldat fier garçon
Qui va danser au bal, la veille d’en découdre,
Et …. Française, pareille au grondement du foudre,
D’une tempestueuse et charmante façon.

Veuve de militaire et mère de poète,
Il vous restait du bruit des armes et des vers
Quelque chose de haut et de fier dans la tête!

Que vos mânes légers soient de drapeaux couverts,
Et que votre tombeau, paré comme une fête,
Mêle aux roses du Pinde autant de lauriers verts.

Q15 – T20

Vous cachez vos cheveux, la toison impudique, — 1886 (10)

Germain Nouveau (ed. Pléiade)

Musulmanes
A Camille de Sainte-Croix

Vous cachez vos cheveux, la toison impudique,
Vous cachez vos sourcils, ces moustaches des yeux,
Et vous cachez vos yeux, ces globes soucieux,
Miroirs pleins d’ombre où reste une image sadique;

L’oreille ourlée ainsi qu’un gouffre, la mimique,
Des lèvres, leur blessure écarlate, les creux
De la joue, et la langue au bout rose et joyeux,
Vous les cachez, et vous cachez le nez unique!

Votre voile vous garde ainsi qu’une maison
Et la maison vous garde ainsi qu’une prison;
Je vous comprends: l’Amour aime une immense scène.

Frère, n’est-ce pas là la femme que tu veux:
Complètement pudique, absolument obscène,
Des racines des pieds aux pointes des cheveux.

Sonnets du Liban

Q15 – T14 – banv

Nous avions fait une lieue — 1886 (9)

Germain Nouveau (ed. Pléiade)

Retour

Nous avions fait une lieue
L’œil en quête d’un sonnet;
Où le hasard nous menait
Nous errions dans la banlieue.

La matinée était bleue
Et sur nos têtes sonnait
La rime, oiseau qu’on prenait
D’un grain de sel sur la queue.

Tout à coup le ciel changea:
Il plut. Retournons – déjà! –
Et nous aperçûmes, l’âme

Attristée, au loin, Paris,
Et, grises sur le ciel gris,
Les deux tours de Notre-Dame!

Q15 – T15 – 7s

En vain j’ai cru, dans un sonnet, — 1886 (8)

Monnier de la Motte Du printemps à l’automne

Sonnet. …. C’est un sonnet

En vain j’ai cru, dans un sonnet,
T’offrir mes vœux de bonne année:
Contre un tel effort mutinée,
Ma plume s’y refuse net.

N’étais-je pas un grand benêt
De l’avoir ainsi condamnée,
– Cette pauvrette surmenée –
Au plus dur travail qu’on connaît?

Sans forcer notre esprit rebelle,
Ces souhaits, chose naturelle,
Offrons-les naturellement.

Que ta vie, heureuse et tranquille …
Mais j’achève un sonnet! Comment!
Ce n’était donc pas difficile?

Q15 – T14 – banv – octo – s sur s

C’est un écran jaune pipi — 1886 (7)

Charles VignierCenton

Ecran

C’est un écran jaune pipi
Où dans le ciel de pure olive
Le soleil qui fort l’enjolive
Arrondit sa pomme d’api.

Sur un éléphant archi-rose
Juché, le mandarin poussah
Du bout de son rotin poussa
Tel rideau tissu d’argyrose.

Jonque frêle d’où quelques fleurs
Piquent des yeux écornifleurs
Vers le très cossu dignitaire.

Le thé Sou-chong jonche la terre,
Mais les cochons bleus peu douillets
Mangent des enfants grassouillets.

Q63 – T13 – octo