Archives de catégorie : Tercets

Il s’en va, le matin, sac au dos. — 1880 (8)

Narzale Jobert Klimax.

IX quater
Deux césures: troisième et sixième syllabes
Le facteur rural

Il s’en va, le matin, sac au dos.
Guêtre en main, sac au pied; la casquette
En cuir lisse étincelle à sa tête
Comme un heaulme argenté de héros.

Constamment son jarret est dispos,
Soit qu’il sente arriver la tempête,
Soit qu’au ciel le soleil tout en fête
Lance en plein ses rayons les plus chauds.

Il gravit les monts, court les bruyères,
Il franchit les torrents, les rivières,
Et traverse, en chantant, les grands bois …

A l’heure où le pédon doit paraître,
Le coeur bat. A sa suite on voit naître
Les espoirs, les soucis, les émois.

Q15 – T15 – 9s (3+3+3) – pédon est inconnu du TLF. Héloïse Neefs le recense dans ses Disparus du Littré : «  Courrier à pied dans certains pays du Midi (la forme française est piéton, nom qu’on donne dans le Nord au facteur rural)

Partez, jeunes amis des conquêtes; — 1880 (7)

Narzale Jobert Klimax.

IX
césure après la 2ème syllabe
A nos soldats

Partez, jeunes amis des conquêtes;
Vos coeurs, des grandes gloires épris
Sauront, un jour, mériter le prix
Que Mars réserve aux vaillantes têtes.

Sachez, nobles enfants, que vous êtes
L’espoir de vos ancêtres choisis;
Pour l’heure ils sont dans les noirs abris;
Jadis, ils firent face aux tempêtes.

Debout à tout signal du danger,
Toujours, ils châtiaient l’étranger.
C’étaient les neveux de Mérovée.

Leurs sang, qu’il palpite dans vos bras!
Voyez, la patrie est abreuvée
D’affronts. Dites-lui: Tu renaîtras …

Q15 – T14 – 9s

Dune — 1880 (5)

Narzale Jobert Klimax. Sonnets gradués ou essai de rythmes

« Enthousiaste de ce petit poëme qu’ont immortalisé Pétrarque et Ronsard, de notre cher sonnet – microcosme souvent comparable aux plus grands soleils, étoile aujourd’hui radieuse après une longue éclipse – », Narzale Jobert, explique la préface, a essayé de nombreux mètres, aux césures variables.

I
Départ pour l’exil

Dune
Luit …
Lune
Fuit.

Suit
Une
Nuit
Brune.

Quel
Gel!
Trêve

Au
Beau
Rêve.

Q11 – T15 – mono

Potard potassant beaucoup — 1880 (4)

L’hydropathe

Cabriol

Alphonse Allais

Potard potassant  beaucoup
Des combles l’exorbitance
Il comble son existence
D’à peu près faits coup sur coup.

Ce qu’il vous sert un ragoût
D’absurdisme avec prestance
C’est un rêve … pour la stance
Rimée, il a peu de goût.

Philosophe à l’air bonasse
Ce jocrisse blond filasse
Par qui Prudhomme est honni,

Met souvent, sans prendre garde
Les pieds, quoi qu’on le regarde
Dans le plat de l’infini.

Q25 – T15 – 7s

Dans la salle aux murs gris de l’auberge interlope — 1880 (3)

Fernand Crésy (= Icres)Les fauves

Dans la salle aux murs gris de l’auberge interlope
Qui porte pour enseigne une branche de pin,
Nous la vîmes levant en l’air son escarpin
En posant ses genoux sur le banc qui s’éclope.

Sous la serge dont son épaule s’enveloppe,
Dans son verre graisseux elle trempait du pain,
Riant à tout buveur, maquignon ou rapin,
Qui pelotait ses seins en lui disant: « Salope! ».

Vous en souvenez-vous, Rosette? – et je surpris
Sur votre lèvre un fier plissement de mépris
Devant cet être abject qui n’a même plus d’âme.

Ce personnage était bien digne du décor …
Et moi, qui vous aimais, pouvais-je croire encor
Que vous seriez un jour plus ignoble, Madame? …

Q15 – T15

La pêche est bonne. Le poisson, — 1880 (1)

Marius MartinSonnets de Provence

La Bouillabaisse

La pêche est bonne. Le poisson,
Dans le calot garni de mousse,
Frétille et, dans un long frisson,
Se tord, se débat, se trémousse.

Un joyeux viveur sans façon,
Dressant ses manches qu’il retrousse,
Et fredonnant une chanson,
Assaisonne la sauce rousse.

Que le feu brûle, brûle encor,
Et que l’on verse les flots d’or
Sur les tranches de pain bien fines.

Mais, gourmands, n’en abusez pas,
Car, comme la rose ici-bas
La bouillabaisse a ses épines.

Q8 – T15  octo

Tandis que le rêveur, les paupières mi-closes, — 1879 (27)

Georges Perdrix in Le Tintamarre (décembre)

Lyre & Crochet

Tandis que le rêveur, les paupières mi-closes,
Comme pour mieux voir ses rêves éblouissants,
Préludant sur sa lyre, aux sonores accents
Change le doux printemps, chante les fleurs écloses,

Les nids et les berceaux des petits enfants roses ;
Lorsque ses vers, pareils aux zéphirs caressants,
Apportent ces parfums qui réveillent les sens
Et mettent des rayons aux fronts les plus moroses ;

Tandis que le penseur va, sondant l’infini,
Arracher un par un ses secrets au mystère,
Répandre sa lumière aux confins de la terre,

Mons. Zola s’en va, lui, quand l’horizon brunit,
Dans les cloaques noirs des ruelles obscures,
Le crochet à la main, fouiller les tas d’ordures

Q15 – T30

La mort – inévitable écueil — 1879 (26)

Jules Jouy in Le Tintamarre (février)

La mort de Daumier

La mort – inévitable écueil
Où vient se briser toute barque
– Sous l’œil farouche de la Parque
Vient d’engloutir un grand cercueil.

Notre caricature en deuil
Pleure son homme de Plutarque.
Dans l’ombre, Basile-Aristarque
Dissimule un joyeux clin d’oeil.

Salut à ton char funéraire,
Maître ! toi que l’on porte en terre
Sans le goupîllon des bedeaux !

Tambours noirs, grondez une charge
Au soldat tombé sur le dos,
A Daumier, Kléber de la charge !

Q15 – T14 – octo