incise: 1828 (1)

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Les cinq sonnets de cette année 1828 offrent une variété significative des changements qui se préparent. Pierquin de Gembloux (5) comme, plusieurs de ces prédécesseurs, traduit; ou plutôt adapte, fort librement, Camoëns. Casimir Delavigne (1) place l’unique sonnet de sa production (?) dans une pièce de théâtre, distribuant les vers (de longueur inégale) entre deux personnages, et l’interrompant d’une réplique en prose. Charles Nodier (4) n’emploie que deux rimes dans le sien. On le lui a reproché souvent. Par exemple, en 1870, Paul Gaudin:  » l’effet du rythme (du sonnet – JR) est d’autant plus vif que le contraste est plus complet entre la monotonie des stances initiales et les variété des sons aux six derniers vers. D’après quelque ordre régulier, quelque dessin qu’en ces six vers les rimes se succèdent, si l’oreille n’y entend que deux sons, comme elle n’a entendu que deux sons dans les quatrains, soyez sûr que le charme diminue de moitié ». Le sonnet de Nodier avait été écrit dans l’album du romantique Emile Deschamps (2) Etudes françaises et étrangères Le frère de celui-ci Antoni, en y plaça un autre (3). (ach)  ce sonnet, le plus célèbre d’Antoni Deschamps a été écrit dans la clinique du Dr Esprit Blanche. Il symbolise sa réaction à sa maladie mentale dans le langage de l’époque, tout comme les Chimères .
On voit qu’à ce moment déjà, le cercle des Romantiques commence à s’intéresser au sonnet, alors que Sainte-Beuve n’est pas entré encore dans la danse (en tout cas publiquement). Incité par l’Académie à se plonger dans la poésie du 16ème, Sainte-Beuve avait publié, en 1827 et en plusieurs livraisons de la revue Le Globe, le résultat de ses réflexions sur le sujet. Il en fait, en 1828, un livre, Tableau historique et critique de la poésie française et du théâtre français au 16ème siècle, qu’il accompagne d’un volume d’Oeuvres choisies de Ronsard. Son jugement, à l’époque, est dans l’ensemble défavorable. Et, comme le remarque fort justement Rachel Killick, ‘les quelques références directes au sonnet semblent particulièrement peu propices à attirer l’attention d’un poète des années 1820’. Il écrit par exemple (à sa manière péremptoire et bavarde): ‘Il faut l’avouer à notre honte, sauf un certain nombre de jolies pièces qui frappent au premier coup d’oeil, toutes ces centaines d’odes et de sonnets nous semblent d’un caractère assez uniforme, et si l’on n’y revenait à diverses reprises, si surtout l’on n’était soutenu ou redressé par les témoignages qu’ont laissés les contemporains, on aurait peine à départir à chaque auteur avec quelque précision et quelque justesse les traits qui les distinguent entre tous. L’invention, en effet, sur laquelle il est toujours aisé de se prononcer, même à travers la distance du temps et la différence des langues, n’a presque rien d’original chez Ronsard et ses amis; ce n’est d’ordinaire qu’une copie plus ou moins vive ou pâle des Grecs, des latins, des Italiens ». Tous les sonnets, en somme, sont indistinguables, comme les anglaises sont rousses et les chinois de la Chine contemporaine des fourmis vêtues de bleu. Le sonnet ne lui paraît pas supérieur aux formes poétiques héritées du Moyen âge et méprisées superbement par Du Bellay dans un passage fameux de sa Deffense et Illustration de la Langue françoise(1548). « Du Bellay se fâche hors de propos contre les rondeaux et ballades, dont la vogue était déjà passée; … ces innocents poèmes, quoiqu’un peu vieillis, méritaient de sa part moins de mauvaise humeur; ils ne corrompaient aucunement la langue, et, en fait d’épiceries, le sonnet à l’italienne et les épigrammes à la Martial pouvaient compter pour bien davantage. « . On est donc légèrement surpris de le voir, presque au même moment, se mettre à composer des sonnets (on connait mal les dates de ces compositions, mais l’un au moins, le fameux sonnet à Ronsard (1829,4), date probablement d’avant mars 1828).

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