Cueillant les nénuphards d’or jaune et les muguets, — 1884 (21)

Laurent Tailhade
Bagnères-Thermal

Prélude

Cueillant les nénuphards d’or jaune et les muguets,
J’ai conduit ma douleur morose au fil des berges,
Parmi les amoureux quelconques et très gais
Qui grouillent sur le seuil friturier des auberges.

Photographes rêvant aux anciens Uruguais,
Canoteurs insultant la majesté des fleuves,
S’ébattant avec des cris fous de papegais
A travers des sérails de modistes peu neuves.

Ils sont très gais, sachant que, demain, ils pourront
A l’ombre des comptoirs rasséréner leur front
Sous les yeux paternels, ô Durand, qui les guettes.

Leur joie obtuse endort ma peine et, quand le soir
Monte dans l’azur clair, près d’eux je viens m’asseoir
Et mange du lapin aux bosquets des guinguettes.

Q32 – T15

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