Archives de catégorie : Quatrain

Décrit la formule de rime des quatrains.

Pour ses yeux, – pour nager dans ces lacs, dont les quais — 1864 (9)

Mallarmé manuscrit du « carnet de 1864 »


Le pitre châtié

Pour ses yeux, – pour nager dans ces lacs, dont les quais
Sont plantés de beaux cils qu’un matin bleu pénètre,
J’ai, Muse, – moi, ton pitre, – enjambé la fenêtre
Et fui notre baraque où fument tes quinquets.

Et d’herbes enivré, j’ai plongé comme un traître
Dans ces lacs défendus, et, quand tu m’appelais,
Baigné mes membres nus dans l’onde aux blancs galets,
Oubliant mon habit de pitre au fond d’un hêtre.

Le soleil du matin séchait mon corps nouveau
Et je sentais fraîchir loin de ta tyrannie
La neige des glaciers dans ma chair assainie,

Ne sachant pas, hélas! quand s’en allait sur l’eau
Le suif de mes cheveux et le fard de ma peau,
Muse, que cette crasse était tout le génie!

Q16 – T27 Dans cette version première, disposition  abba  baab  cdd  ccd

Je veux faire un sonnet, – superbe … magnifique! — 1864 (7)

Frederick Juncker Sonnets

Fantaisie

Je veux faire un sonnet, – superbe … magnifique!
Original, surtout: mon sujet est charmant.
Je l’ai tiré du coeur, et, certes!, je me pique
De toucher cette corde harmonieusement …

Pour qu’il soit sans reproche, il faut que je m’applique,
Le revoie et corrige; – il faut également
Qu’il soit mis bien au net, afin que la critique,
Honteuse, devant nous, s’incline poliment.

Ah! Nous allons donc faire une oeuvre de génie!
Je me sens tout dispos! La rime et l’harmonie
Chantent à mes côtés leurs plus belles chansons;

Vite! Dans ce beau feu que ma verve s’allume;
Mon buvard! …   mon papier! Mon garde-main, ma plume!
Et maintenant j’y suis, – tout est prêt – Commençons!

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Q8 – T15 – 15v  – s sur s Ici, il allonge le texte d’une ligne de points, quinzième vers, ou premier vers d’un sonnet absent.

J’aurai trente-six ans dans onze mois d’ici; — 1864 (6)

Frederick Juncker La gerbe


Ego

J’aurai trente-six ans dans onze mois d’ici;
Je suis blond, grand et mince, assez facile à vivre;
Les extrêmes chez moi vont se touchant – Ainsi
Je suis plus fou qu’un singe, ou plus grave qu’un livre.

Je ne suis pas courtois; – pourtant, je dis: Merci!
Quand on m’offre une chaise. – Aisément je me livre
A qui m’offre son coeur; mais – qu’on me pende! – si
J’en ai jamais cherché qu’on rougirait de suivre!

Quant à mes qualités, mes défauts, mon humeur,
Ma foi! N’en parlons pas; je ne suis point fumeur
Et c’est une vertu, de nos jours, assez belle.

Je travaille pour vivre et chante par amour,
Enfin, je crois en Dieu, très-cher lecteur, et pour
En finir avec moi, sache que je m’appelle:
Frédérick Juncker

Q8 – T15 Frédérick Junker introduit son nom en supplément à son sonnet, par sa signature manuscrite en facsimile.

Vous qui, remplis d’une adorable ivresse, — 1864 (5)

Hippolyte Lucas Heures d’amour

Vous qui, remplis d’une adorable ivresse,
Avec mystère, alors que fuit le jour,
Tombez aux pieds d’une belle maîtresse,
Priez, priez dans mes Heures d’amour.

Si le dépit succède à la tendresse,
Si le regret vous domine à son tour
Cherchez ici votre propre tristesse:
Priez, priez dans mes Heures d’amour.

N’y touchez pas, matrones sans faiblesse!
N’y touchez pas, ô tartufes que blesse
Un sein charmant qui montre son contour!

Le doux plaisir eut ses autels en Grèce;
Il sera dieu toujours pour la jeunesse:
Chantez son culte, ô mes Heures d’amour.

Q8 – T6  déca – y=x (c=a & d=b) Sonnet sur deux rimes seulement. ‘Heures d’amour ‘ aux vers 4,8,14

Quatrième éd., d’après l’auteur; après Le coeur et le monde 1834; et une 2ème ed. en 1844. « cette édition fut mise à l’Index, parce que le mot Heures y était pris dans le sens du Livre de messe. « 

Qui peut vous oublier blondes filles du Nord, — 1864 (4)

A. de Flaux Sonnets

XIV
Sur les jeunes filles de Stockholm

Qui peut vous oublier blondes filles du Nord,
Au teint pâle, aux yeux bleus, si pures et si belles
Qu’il nous semble toujours aux voûtes éternelles,
Comme des séraphins, vous allez prendre essor!

De vos yeux abrités sous vos longs cheveux d’or
Parfois, à votre insu, sortent des étincelles.
C’est que le feu caché qui couve en vos prunelles
N’a dans aucun climat fait battre un coeur plus fort.

Pendant les courtes nuits de juin, ô jeunes  filles,
Quand vous veniez, le front caché sous vos mantilles,
Fouler d’un pied léger les prés de Djurgarden,

Je croyais voir au ciel scintiller plus d’étoiles;
L’air était embaumé, la nuit était sans voiles,
Et mon rêve enchanté durait jusqu’au matin.

Q15 – T15

Masques et loups, salut! Fontange et La Vallière — 1864 (3)

Arsène Houssaye Les cent et un sonnets


XXV
Bal masqué

Masques et loups, salut! Fontange et La Vallière
Se poignardent déjà par leurs regards jaloux,
Je vous tends les deux mains, je frappe les trois coups,
Beaux dominos jaseurs, ouvrez votre volière.

Pèlerins de Watteau, beautés de Largillière,
Que vous avez d’esprit pour causer avec nous!
Les plus sages toujours ce seront les plus fous:
Sévigné, prends la plume, ô belle épistolière!

Les affileurs de mots sont à mon rendez-vous
Ma belle dame, ici la langue est cavalière,
Ne soyez pas bégueule et saluez Molière.

Chercheuses d’inconnus, craignez les casse-cous,
Buveuses d’illusion, écoutez les frou-frous
Au risque de tomber dans les pièges à loups.

Q15 – T26 – y=x :  c=b,  d=a

Je me suis laissé prendre au piège — 1863 (12)

François-Victor Lacrampe Les chaumes

Sonnet

Je me suis laissé prendre au piège
De ces deux yeux noirs et profonds,
Et les miens leur font un cortège
Comme aux roses les papillons.

Ces yeux ornent un front de neige
Couronnés de beaux cheveux blonds,
C’est comme un voile qui protège
Leurs mélancoliques rayons.

Malgré moi, je reste en extase ;
Je veux parler, mais chaque phrase
S’arrête et jamais ne finit.

J’admire leur beauté divine,
Silencieux … çà, ma voisine,
Je suis bien près de votre nid.

Q8  T15  octo  bi

Au fond des bois, sous l’humide feuillée, — 1863 (11)

Alexandre Toupet Vieux péchés

Emma Livry

Au fond des bois, sous l’humide feuillée,
Tout gazouillait de badines chansons,
Des bruits joyeux montaient de la vallée,
Et dans leurs nids chantaient les oisillons.

Un papillon avait pris sa volée !
Sylphe rapide, il faisait sa moisson
D’un beau jardin parcourant chaque allée,
Se promenant de la fleur au buisson.

Comme une abeille, ô mutine sylphide,
Tu voltigeais, sans craindre l’avenir
Qui t’entrainait d’un sourire perfide.

Car sans songer qu’un jour tout doit finir,
Tu vins frôler une funeste flamme
Qui dans l’azur fit s’envoler ton âme

Le 15 novembre 1862, pendant une répétition sur la scène de l’Opéra, la gracieuse artiste chorégraphique, qui allait reprende le rôle de Fenella, dans La muette de Portici, s’étant imprudemment mise sur un praticable, placé près d’une herse de gaz, se vi soudainement entourée d’un réseau de flammes.

Q8  T23  déca  bi

Tandis que pour trouver, tous deux, la bonne étoile, — 1863 (10)

Charles Sorbets Poésies

A MON FRERE

Tandis que pour trouver, tous deux, la bonne étoile,
Mon frère, nous portons nos regards vers l’azur,
A tes yeux attendris un astre se dévoile
Brillant aux doux reflets du firmament si pur.

Une étoile! insensé, j’ai cru trouver la mienne;
Une femme au coeur d’ange, un trésor que j’aimais!..,
Quelle autre destinée est égale à la tienne!
Que ton bonheur, ami, ne s’éloigne jamais,

Ah! pour moi le bonheur est une étrange chose.
Une fleur qui s’entr’ouvre et meurt à peine éclose ;
Une ombre qui me fuit quand je crois la saisir.

Le ciel que tu cherchais t’apparaît sans nuages.
Moi, je n’ai rencontré que de trompeurs mirages,
J’oubliais que mon sort est de toujours souffrir.

Q59  T15  bi