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sonnets à première rime féminine (Malherbe)

Lorsque l’hiver approche, j’aime à contempler les grues — 1880 (15)

Narzale Jobert Klimax

XIV ter
Césure après la 8ème syllabe
Les grues

Lorsque l’hiver approche, j’aime à contempler les grues
Qui vont traversant le brouillard en un tige acéré
Afin de mieux pertuiser l’air qui n’est plus azuré
Car les lumières du soleil pour lors ont disparu.

Elles palpitent au-dessus des toits, et de nos rues
Et poussent un long cri qui semble un appel timoré
A leurs compagnons dont le vol se serait arriéré.
Si quelqu’une allait faire brèche en leurs lignes si drues! …

Et cette infortune survient, hélas, plus d’une fois.
Bien souvent un chasseur rodant dans les champs, dans les bois,
Elève son arme, un coup part, et tombe une émigrante.

Soudain glisse parmi les rangs un frisson d’épouvante …
Abandonnez, ô villageois, ce trop barbare jeu,
Et laisser en paix les oiseaux gagner le ciel bleu

Q15 – T13 – 14s (8+6) (HN) pertuiser: percer (terme vieilli)

Jouez, chérubins, vos jours sont exempts de nuage! — 1880 (14)

Narzale Jobert Klimax

XIII
Césure après la 5ème syllabe
A des enfants

Jouez, chérubins, vos jours sont exempts de nuage!
J’aime à contempler vos yeux brillants, pleins de candeur,
Un Dieu vous bénit et vous dispense le bonheur,
Quand dans nos esprits tout soucieux gronde l’orage.

Oh! qui nous rendra les plaisirs naïfs du jeune âge?
Les espoirs dorés qui palpitent dans notre coeur,
Les baisers si doux de notre mère au front rêveur,
Pour nous composant un avenir au frais mirage?

Riez, chérubins; trop tôt le calice de fiel
Viendra remplacer dans vos mains la coupe de miel,
Que l’Illusion, charmante enchanteresse, habite.

On voit tous les ans la fleur au soleil rajeunir,
Verdoyer l’arbre où l’oiseau musicien médite,
Mais notre printemps à nous ne saurait revenir.

Q15 – T14 – 13s (5+8)

Je connais dans un coin de province un brave homme — 1880 (13)

Narzale Jobert Klimax

XII septies
Césures après les 3ème, 6ème et 9ème syllabe
La croix de l’honneur

Je connais dans un coin de province un brave homme
Qui n’a point inventé le fusil chassepot;
Bon bourgeois, excellent à grossir son magot,
Et faisant, chaque jour, à midi, un long somme.

O surprise! un matin il advient qu’on le nomme
Chevalier. Le journal nous l’apprend aussitôt.
Vous pensez si chacun là-dessus dit son mot!
Le pays caquetait, il fallait ouïr comme!

Un plaisant à l’esprit incisif et malin
Estompait lestement un feuillet de vélin;
L’heureux homme avait là sa figure imitée.

Il levait ses regards vers un Christ sur la croix,
Et disait, sur la sienne apposant ses dix doigts:
« O Seigneur, vous ni moi ne l’avions méritée!  »

Q15 -T15 – ( 3+3+3+3)  – Alexandrins anapestiques stricts

Au bord d’une mare, – à l’ombre d’un vaste saule, – — 1880 (11)

Narzale Jobert Klimax.

XII quater
Césure après la 5ème syllabe
Le Batrachophage

Au bord d’une mare, – à l’ombre d’un vaste saule, –
Un bon paysan pêchait raines et cyprins,
Des raines surtout; coupant court à leurs refrains,
Il les égorgeait et les crouait sans contrôle.

Je trouvai la chose insolite, un tantinet drôle.
Voilà, certes, un mets peu connus des Savarins!
Pensai-je, et Chevet, ce maître-queux à tous crins,
N’en doit pas charger les estomacs de la Gaule.

Je m’approche plus de mon brave villageois.
Curieux, je l’observe, et soudain je l’aperçois
Tout prêt à commettre une erreur. Je le réfrène,

Et lui dis: « holà! fi! mais ce sont des crapauds
Que tu vas manger; laisse-les donc en repos! … »
 » Ah! tant pis pour eux!  » fait l’homme la bouche pleine

Q15 – T15 – 12s (5+7)

Du Don au Volga, fleuve à l’eau généreuse, — 1880 (10)

Narzale Jobert Klimax.

XI bis
Césure après la cinquième syllabe
Les Kalmouks

Du Don au Volga, fleuve à l’eau généreuse,
Les Kalmouks, ces fils du noir « Fléau de Dieu! »
Par les steppes vont, toujours changeant de lieu,
Sur leurs courts chevaux à croupe vigoureuse.

Ce qui leur plait, c’est la course aventureuse,
C’est la liberté, l’air et l’horizon bleu,
Pour leur vie active et contente de peu
Ils ont le kouniss – la liqueur savoureuse –

Et la pêche au bord des lacs et de la mer,
Le lait des juments et leur sanglante chair
Fait veule sous la selle de leurs montures.

Qu’ils errent, ou bien qu’ils reposent au khan,
Constamment ils ont le poignard aux ceintures …
Ils passent pareils au néfaste ouragan.

Q15 – T14 – banv –  11s (5+6)

Pan, pan, pan! On fait vacarme à ma porte. — 1880 (9)

Narzale Jobert Klimax.

X
Césure après la troisième syllabe
L’autre?

Pan, pan, pan! On fait vacarme à ma porte.
Je surviens. C’est le fils du jardinier,
Un espiègle! En main il tient un panier.
Il me dit: ce sont des fruits que j’apporte.

Je regarde. Au bord se trouve un papier
Du papa: « cher monsieur, je vous exhorte
A goûter deux pommes, nouvelle sorte,
Que, ce soir, je pris sur mon espalier!  »

« Je lis: deux! Mais je n’en trouve plus qu’une,
Dis-je au gars; c’est une demi-fortune.
Qu’as-tu fait de l’autre, aimable fiston?  »

Celui-ci, baissant les yeux et le ton:
« Du délit – mon âme est bien effrayée ..
L’autre… l’autre … en route je l’ai mangée. »

Q15 – T13 – 10s (3+7)

Partez, jeunes amis des conquêtes; — 1880 (7)

Narzale Jobert Klimax.

IX
césure après la 2ème syllabe
A nos soldats

Partez, jeunes amis des conquêtes;
Vos coeurs, des grandes gloires épris
Sauront, un jour, mériter le prix
Que Mars réserve aux vaillantes têtes.

Sachez, nobles enfants, que vous êtes
L’espoir de vos ancêtres choisis;
Pour l’heure ils sont dans les noirs abris;
Jadis, ils firent face aux tempêtes.

Debout à tout signal du danger,
Toujours, ils châtiaient l’étranger.
C’étaient les neveux de Mérovée.

Leurs sang, qu’il palpite dans vos bras!
Voyez, la patrie est abreuvée
D’affronts. Dites-lui: Tu renaîtras …

Q15 – T14 – 9s

Dune — 1880 (5)

Narzale Jobert Klimax. Sonnets gradués ou essai de rythmes

« Enthousiaste de ce petit poëme qu’ont immortalisé Pétrarque et Ronsard, de notre cher sonnet – microcosme souvent comparable aux plus grands soleils, étoile aujourd’hui radieuse après une longue éclipse – », Narzale Jobert, explique la préface, a essayé de nombreux mètres, aux césures variables.

I
Départ pour l’exil

Dune
Luit …
Lune
Fuit.

Suit
Une
Nuit
Brune.

Quel
Gel!
Trêve

Au
Beau
Rêve.

Q11 – T15 – mono

Dans la salle aux murs gris de l’auberge interlope — 1880 (3)

Fernand Crésy (= Icres)Les fauves

Dans la salle aux murs gris de l’auberge interlope
Qui porte pour enseigne une branche de pin,
Nous la vîmes levant en l’air son escarpin
En posant ses genoux sur le banc qui s’éclope.

Sous la serge dont son épaule s’enveloppe,
Dans son verre graisseux elle trempait du pain,
Riant à tout buveur, maquignon ou rapin,
Qui pelotait ses seins en lui disant: « Salope! ».

Vous en souvenez-vous, Rosette? – et je surpris
Sur votre lèvre un fier plissement de mépris
Devant cet être abject qui n’a même plus d’âme.

Ce personnage était bien digne du décor …
Et moi, qui vous aimais, pouvais-je croire encor
Que vous seriez un jour plus ignoble, Madame? …

Q15 – T15