Archives de catégorie : 1-fem

sonnets à première rime féminine (Malherbe)

L’espoir luit comme un brin de paille dans l’étable. — 1881 (3)

Paul VerlaineSagesse

L’espoir luit comme un brin de paille dans l’étable.
Que crains-tu de la guêpe ivre de son vol fou?
Vois, le soleil toujours poudroie à quelque trou.
Que ne t’endormais-tu le coude sur la table?

Pauvre âme pâle, au moins cette eau du puits glacé,
Bois-la. Puis dors après. Allons, tu vois, je reste,
Et je dorloterai les rêves de ta sieste,
Et tu chantonneras comme un enfant bercé.

Midi sonne, De grâce éloignez-vous, madame.
Il dort. C’est étonnant comme les pas de femme
Résonnent au cerveau des pauvres malheureux.

Midi sonne. J’ai fait arroser dans la chambre.
Va, dors! L’espoir luit comme un caillou dans un creux.
Ah, quand refleuriront les roses de septembre!

Q63 – T14

Les faux beaux jours ont lui tout le jour, ma pauvre âme, — 1881 (2)

Paul VerlaineSagesse

Les faux beaux jours ont lui tout le jour, ma pauvre âme,
Et les voici vibrer aux cuivres du couchant.
Ferme les yeux, pauvre âme, et rentre sur-le-champ:
Une tentation des pires. Fuis l’infâme.

Ils ont lui tout le jour en long grêlons de flamme,
Battant toute vendange aux collines, couchant
Toute moisson de la vallée, et ravageant
Le ciel tout bleu, le ciel chanteur qui te réclame.

O pâlis, et va-t’en, lente et joignant les mains.
Si ces hiers allaient manger nos beaux demains?
Si la vieille folie était encore en route?

Ces souvenirs, va-t-il falloir les retuer?
Un assaut furieux, le suprême, sans doute!
O va prier contre l’orage, va prier.

Q15 – T14 – banv

Du sein des riches fleurs d’Asie — 1881 (1)

Arthur BretonLe Garde-forestier. sonnets –

Le Sonnet

Du sein des riches fleurs d’Asie
Le parfum sort plus pénétrant
Et l’or du Palerne enivrant
S’épure en l’amphore choisie.

Le Sonnet d’émail transparent
Ainsi fait luire, ô poésie,
Ta quintessence d’ambroisie
Dans son beau calice odorant;

Et, lorsqu’on penche cette coupe,
Qu’à vives facettes découpe
La pointe du vers raffiné,

L’idée au travers étincelle,
Et plus poétique ruisselle
Du Vase avec art buriné.

Q16 – T15 – octo – s sur s

Là-haut, sur ton rocher, comme un aigle en son aire, — 1880 (27)

Louis Audiat in Le feu follet

Angoulème, sonnet
(devise d’Angoulème : FORTITUDO MEA CIVIUM FIDES)

Là-haut, sur ton rocher, comme un aigle en son aire,
Tu vois passer, passer les hommes et les temps,
Calme, te souvenant de ces longs cris de guerre
Qu’ont jetés à tes murs Visigoths et Normands.

La Charente, ce Nil qui dort plus qu’il ne coule,
En un ruban d’argent par tes près se déroule
Et crée autour de toi le printemps éternel.

Tes fils, actif essaim d’une ruche trop pleine,
Qui sont, sans te quitter, descendus dans la plaine,
Ont l’Or, fruit du commerce, et l’Art, rayon du ciel.

Heureuse la cité qui n’a ni meurtrières,
Ni herse, ni créneaux, ni porte à lourds battants,
Et qui, dans sa fierté, dit de ses habitants :
« Leur fidélité vaut des murailles de pierre ! »

QTTQ

Désireuse des champs, ô foule, tu te rues, — 1880 (26)

Jules Christophe in Revue indépendante

Quartier de la Sorbonne
Sonnet estrambote

Désireuse des champs, ô foule, tu te rues,
Les dimanches d’été, vers les chemins de fer ;
Mais, pour goûter le frais, loin de ce bruit d’enfer,
J’aime bien mieux vaguer parmi les vieilles rues.

Comme Montaigne, moi qui, jusqu’en ses verrues
Adore la « grand-ville », à l’ombre de mon fier
Panthéon je m’enfonce, et délecte mon flair
Aux odeurs des ruisseaux. Ainsi que Coxigrues

Le nez au vent je marche, observant quelque effet
De lumière, attentif, charmé, très satisfait.
Nul passant. parfois, seule, une jeune herboriste

En toilette élégante, assise sur le seuil
De sa boutique, rêve. Après, un liquoriste
Aux lourds et chauds parfums. Je contemple d’un œil
Scrutateur les détails du paysages triste,
Et, plein de souvenirs, de chansons et des cris,
Je sens frémir en moi l’âme du grand Paris.

Q15  T14  +dff

Le homard, compliqué comme une cathédrale, — 1880 (21)

Charles Monselet Poésies complêtes

Le homard

Le homard, compliqué comme une cathédrale,
Sur un lit de persil, monstre rouge, apparaît.
En le voyant ainsi, Janin triompherait,
Car il a revêtu la pourpre cardinale!

Et c’est le Borgia des mers. Il a l’attrait
Des scélérats déçus dans leur ruse infernale.
Héraut des grands festins, avec pompe il étale
Son cadavre éventré dans l’office en secret.

Jamais plus fier vaincu n’eut plus beau flanc d’albâtre!
Décoratif et noble, il git sur un théâtre.
Jusques après la mort refusant d’abdiquer,

Il se cramponne aux doigts qui veulent l’attaquer.
Et si quelque imprudent  cherche à briser sa pince:
 » Prends garde! lui dit-il, je suis encore un prince! »

Q16 – T13

Lorsqu’il fallut dîner dans cette auberge atroce, — 1880 (20)

Charles Monselet Poésies complêtes

Marivaux à la barrière

Lorsqu’il fallut dîner dans cette auberge atroce,
Le front de mon ami se rembrunit soudain,
On mit notre couvert dans le fond du jardin
Près d’un jeu de tonneau débloqué. Quelle noce!

Le potage manqua totalement d’attrait:
Un lac d’une blondeur terne. – Rempli d’alarmes,
Mon ami s’écria: « Quel bouillon! Il faudrait,
Pour lui percer les yeux un fameux maître d’armes!

Je ne l’écoutais pas; mon caprice suivait
La fillette au jupon rayé qui nous servait;
Opulente beauté, – seize ans, et du corsage! –

Et j’allais, répétant: « vois donc quels yeux, mon cher!  »
Lui, tout à son idée, et d’un accent amer:
 » Que n’a-t-elle jeté ses yeux dans le potage! »

Q62 – T15

Tous les vieux bouquins dédaignés aux couvertures désolées — 1880 (17)

Narzale Jobert Klimax


XVI ter
Césure après la 8ème syllabe
Les livres parias

Tous les vieux bouquins dédaignés aux couvertures désolées
Avec des cornes, des frisons, où la poussière gîte en paix
Sont pour moi des amis touchants, et que je passe sur les quais.
Ma main les arrache à la pluie, au chaud soleil, aux giboulées.

Mon coeur soudain s’émeut devant leurs pantomimes accablées;
Je crois les entendre me dire: « o passant, vois, je n’ai pour dais
Que le firmament gris ou bleu, je n’ai point d’illustre palais;
Je t’en supplie, emporte-moi loin de ces cases maculées.

J’entends leurs voix, leurs cris plaintifs, je les reçois sous mon manteau,
Ainsi j’abrite dans le val contre l’autour le faible oiseau.
Et ces volumes inconnus, j’en dote ma bibliothèque.

Je vous préfère bien souvent aux plus vantés de nos écrits,
O mes pauvres auteurs obscurs! …lorsque mon esprit les dissèque,
Je trouve quelque fois en eux, une perle, un joyau de prix.

Q15 – T14 – 16s (8+8) (HN° frison : Nom d’un ancienne étoffe de laine

Dans le bois mystérieux que le doux zéphyr morcelle, — 1880 (16)

Narzale Jobert Klimax

XV ter
Césure après la 7ème syllabe
La tourterelle

Dans le bois mystérieux que le doux zéphyr morcelle,
En suivant les verts sentiers parsemés d’odorantes fleurs,
Vous plaît-il d’ouïr le chant, le chant tout composé de pleurs
Qu’au fond du fourré voisin roucoule une humble tourterelle?

Peut-être m’a-t-on ravi mon cher compagnon, vous dit-elle;
Qu’est-il devenu? Je crains, je crains pour lui quelque malheur.
S’il était captif, bientôt je mourrais, sentant ses douleurs;
Mais il reviendra, j’y compte, à notre nid toujours fidèle.

Rêve trompeur! Le jour passe, et nul retour dans le bosquet,
La tourterelle au taillis glisse de bouquet en bouquet,
Appelant de cris plaintif l’Achate de la solitude.

Sur la branche aux yeux cachée, objet de leur sollicitude,
Las! Nul gosier ne répond … les oiseleurs trouvent, un soir,
La pauvrette infortunée expirante – de désespoir.

Q15 – T13 – 15s (7+8) il manque une syllabe au vers 1.