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sonnets à première rime féminine (Malherbe)

C’était un tout petit homard des Batignolles — 1882 (3)

Le Chat Noir

Docteur Camuset

Le homard
Sonnet à la Coppée

C’était un tout petit homard des Batignolles
Nous l’avions acheté trois francs, place Bréda,
En vain pour le payer moins cher, on marchanda,
Le fruitier, coeur loyal, n’avait qu’une parole.

Nous portions le cabas tous deux à tour de rôle.
Comme nous arrivions au rempart, Amanda
Entre dans un débit de vins, y demanda
Deux setiers, – le soleil dorait sa tête folle.

Puis ce furent des cris, des rires enfantins,
Elle avait un effroi naïf des intestins
Dont, je dois l’avouer, l’odeur était amère.

Nous revînmes le soir, peu nourris, mais joyeux
Et d’un petit homard nous fîmes trois heureux.
Car elle avait gardé les pattes pour sa mère!

Q15 – T15

Des nuits du blond et de la brune — 1882 (2)

Gardéniac?

Poison perdu

Des nuits du blond et de la brune
Pas un souvenir n’est resté
Pas une dentelle d’été,
Pas une cravate commune;

Et sur le balcon où le thé
Se prend aux heures de la lune
Il n’est resté de trace, aucune,
Pas un souvenir n’est resté.

Seule au coin d’un rideau piquée,
Brille une épingle à tête d’or
Comme un gros insecte qui dort.

Pointe d’un fin poison trempée,
Je te prends, sois-moi préparée
Aux heures des désirs de mort.

Q10 – T27 – octo Les rimes des tercets sont non classiques (or/ort et –ée sans appui) – Le mot ‘resté’ est deux fois à la rime

Ce beau sonnet, paru sous pseudonyme, est attribué soit à Rimbaud soit (plus généralement) à Germain Nouveau. Les critiques ont sans doute raison. On peut cependant lui reconnaître, dans le ton, plutôt une parenté avec Charles Cros (‘Et quelle morale? aucune ‘(Liberté)). Cependant l’irrégularité des rimes conduit plutôt à éliminer tous ces noms.

Une vierge au long voile, émue et toute rose; — 1882 (1)

Léo Trézenik (Pierre Infernal)Les gouailleuses

A l’église

Une vierge au long voile, émue et toute rose;
Un monsieur relié, comme un livre, en chagrin;
L’église, triste, avec son grand calme serein,
Et l’enlacement froid de son ombre morose.

On les marie: au doigt il lui passe l’anneau.
Un prêtre au geste digne, à la fâce blêmie,
Leur affirme, en latin, que tous deux pour la vie
Sont tenus de s’aimer de par l’ordre d’en Haut.

Et moi, dissimulé derrière une colonne,
J’écoutais, l’air narquois, cette chose bouffonne,
Quand, navré tout à coup, je me pris à songer

Les yeux fixés sur la pauvre fleur d’oranger
Qu’on voyait à travers du voile diaphane,
Que les pharmaciens en font de la tisane!

Q63 – T20

Les femmes en pays vaincus aiment la guerre. — 1881 (19)

Paul Déroulède in  Le Tintamarre (février)

« Au banquet offert par madame Adam …M. Paul Déroulède a lu un charmant sonnet de M. Marc Monnier, recteur de l’Université de Genève, et un autre sonnet … de lui-même. Celui-ci, nous sommes heureux de pouvoir en publier le texte

Les femmes en pays vaincus aiment la guerre.
Vous souvient-il par qui ces mots furent écrits,
Madame, et dans quel lieu, inspiré par Homère
Une Grexcque de France ose jeter ces cris ?

C’est une Grecque, hélas ! comme l’on n’en vit guère
Brave comme Pallas, belle comme Cypris,
Et même elle aurait eu quelque muse pour mère
Que, qui la connaît bien, n’en serait pas surpris.

Sa grâce et par beauté vous charment quoi qu’on fasse ;
Mais d’aller lui déplaire, en la nommant en face,
La crainte que j’en ai l’interdit à ma voix,

J’aurais trop de remords à troubler son sourire.
Elle me permettra seulement de lui dire :
C’est cette Grecque-là, madame, à qui je bois

« dans quel lieu, inspiré, comme hiatus, n’est pas mal réussi, et comme faute d’orthographe, donc !
«  que, qui la connaît bien » !
«  vous charment , quoi qu’on fasse »
« Assez, n’est-ce pas ?

Q8 – T15 –

Publier vos sonnets ! quelle mouche vous pique ? — 1881 (18)

Ernest Lafond Sonnets aux étoiles

Publier vos sonnets ! quelle mouche vous pique ?
C’est un genre ennuyeux, je vous le dis tout net.
— Permettez, permettez, cher monsieur, le sonnet
Est un cadre mignon, une médaille antique,

Un coffret ciselé. — Dites donc un cornet. —
Ils sont courts. — Mais nombreux ; leur race est prolifique,
Et j’aimerais mieux lire un long poème épique.
Quand il est isolé, c’est un fat en corset.

Puis le trait de la fin… Toujours la même chute ;
Dans le même fossé c’est la même culbute ;
Ce que Molière en dit, vous vous en souvenez ?

Il va parler encor… Je vous passe le reste ;
Mais n’allez pas, lecteur, souhaiter, comme Alceste,
Que je fasse une chute à me casser le nez.

Q16  T15  s sur s

Pourquoi nier l’amour ? il existe en ce monde — 1881 (17)

Cécile Coquerel (C.Ga y) Matin et soir

Sonnet

Pourquoi nier l’amour ? il existe en ce monde
Bienheureux mille fois celui qui l’a trouvé
Et qui ressent au cœur cette ivresse profonde
D’avoir connu l’amour après l’avoir rêvé.

Sur la terre où tout change et s’enfuit comme l’onde,
Ce dont on vit le plus, c’est encor du passé.
Le souvenir est doux quand notre espoir se fonde
En un séjour meilleur, dont le deuil est chassé.

C’est là qu’on doit ouvrir son âme tout entière,
C’est là qu’est l’idéal et notre vrai milieu.
Ah ! plus d’absence au ciel et de douleur amère

Sur cette terre, au moins, n’élevons de barrière
Qu’au préjugé mesquin, qu’à l’amour éphémère,
Car aimer maintenant, c’est s’approcher de Dieu.

Q8  T16

Es-tu bien sûr, ami, qu’elle n’ait pu l’entendre ; — 1881 (16)

Cécile Coquerel (C.Ga y) Matin et soir

Réponse à Arvers

Es-tu bien sûr, ami, qu’elle n’ait pu l’entendre ;
Ce murmure d’amour élevé sur ses pas ?
Une femme, crois-moi, sait toujours le comprendre
Ce langage muet qui se parle tout bas.

Si Dieu l’avait créée à la fois douce et tendre,
Elle a dû se livrer de douloureux combats,
Et tenir à deux mains son coeur pour le défendre
Contre un amour si vrai qu’il ne se trahit pas.

A l’austère devoir pieusement fidèle,
Sa vertu la plus haute était peut-être celle
De paraître insensible et distraite à ta voix.

Penses-tu seul avoir un secret dans ton âme ?
Il est sur cette terre, ami, plus d’une femme
Qui garde un front serein tout en traînant sa croix.

Q 8  T15 – arv

Cette réponse a été ensuite gravée par les soin de mademoiselle Casalonga qui l’a mis en musique

Mes aïeules ont cru pendant des mille années — 1881 (11)

Paul Marrot Le chemin du rire

Les paradis fantaisistes, I

Mes aïeules ont cru pendant des mille années
Que l’âme, étant divine, avait des destinées;
C’est pourquoi, dégoûté d’un monde bestial,
Parfois, j’ai des rappels vers un monde idéal.

Mes aïeux ont compris après des mille années
Qu’on les trompait par des chimères surannées,
Que les sermons étaient des farces; c’est pourquoi
J’ai senti l’ironie éclore et rire en moi.

La vieille illusion, en ma cervelle, alterne
Ses airs avec les airs de la raison moderne,
Et le tout s’entremêle en étrange opéra.

Le doute est ondoyant, et fait de poésie,
Dans les champs où le blé des forts un jour croîtra,
Je te cueille, herbe folle, ô fleur de fantaisie!

Q19 – T14 – aabb  aab’b’ ! sévèrement anormal: les six premiers vers, du point de vue des rimes, s’isolent.

Blanchisseuse aux robustes hanches, — 1881 (9)

A. GillLa muse à bibi

Pour la blanchisseuse

Blanchisseuse aux robustes hanches,
Quand avril, sur le ciel léger,
Fait les nuages voltiger,
En délicates avalanches,

J’imagine les choses blanches
Qu’après la lessive, au verger,
Les petites mains font neiger
Sur les cordes et sur les branches,

Et que jaloux de copier
Jusqu’aux détails de son métier,
Fille exquise, le ciel te singe;

Et je songe en riant: parbleu!
Voici qu’aux bords du pays bleu
Les anges font sécher leur linge.

Q15 – T15 – octo