Pâle, et sentant en moi vibrer des accords sombres, — 1916 (2)

Francis Ponge in Oeuvres, II (ed.Pléiade)

Sonnet

Pâle, et sentant en moi vibrer des accords sombres,
J’écoutais s’élever la mélopée du vent,
Douloureux adagio dans le soir angoissant,
Plainte ardente, sanglot tumultueux de l’ombre.

Serait-ce le total de tous les hurlements,
Dans tous les craquements du navire qui sombre,
Des gémissements sourds s’exhalant des décombres,
De tous les pleurs, de tous les grincements de dents?

Hélas non! Je sais trop que ce n’est que le bruit,
Lamentable et lugubre au tomber de la nuit,
Du vent crépusculaire attardé dans les branches.

De la lointaine Action rien en vient jusqu’à nous.
On voudrait s’élancer, se griser de revanches!
Mais on ne peut qu’attendre, et tomber à genoux.

Q16 – T14

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