Archives de catégorie : Quatrain

Décrit la formule de rime des quatrains.

Mystérieux hanteurs aimés des tubéreuses — 1993 (20)

Georges Fourest in L’Ermitage

Pour cueillir les narcisses
Mystérieux hanteurs aimés des tubéreuses (Joseph Declareuil)

O nymphes, j’ai flétri la fleur de Bételgeuse :
Nymphes, les nymphéas abhorrés de l’Amour !
Candide, j’ai cueilli vos corolles neigeuses,
Frigides nénuphars abhorrés de l’Amour !

Tel un glaïeul glissant au sanglot de l’eau glauque,
J’effeuille cette fleur qui fut l’enfant Narcisse ; –
Et le fleur descendait au sanglot de l’eau glauque
Et les blancs Corydons chantaient leurs Alexis !

Magdeleines, gardez pour les Jésus futurs,
Gardez le cinnamone et les philtres d’Amour.
Leurs cheveux essuieront tes pieds, ô Dieu futur !

Pour moi, dans le miroir sanglotant de l’eau glauque, –
Parmi les nymphéas abhorrés de l’Amour ;
J’effeuillerai la fleur qui fut l’enfant Naricsse !

Q59  cdc xdy y=x (d=b & x=a’ & y=b’)  mots-rimes et vers repris

Gin ! hydromel !! kümmel !!! wisky !!!! zythogala !!!!! — 1893 (19)

Georges Fourest in L’Ermitage

La mélancolie du dipsomane

Gin ! hydromel !! kümmel !!! wisky !!!! zythogala !!!!!
J’ai bu de tout ! parfois soûl comme une bourrique
L’Archiduc de Weimar, jadis, me régala
D’un vieux Johannisberg à très cher la barrique !

Dans le crâne scalpé du grand chef Ko-Gor-Roo-
Boo-Loo, j’ai puisé l’eau de fleuves d’Amérique !
Pour faire un grog vive l’acide sulfurique !
Tout petit je suçais le lait d’un kanguroo ! *

( Mon père est employé dans les Pompes funèbres :
C’est un homme puissant ! j’attelle quatre zèbres
A mon petit dog-cart, et je m’en vais au trot !)

Mais aujourd’hui, noyé de vermouths et d’absinthes,
Je meurs plus écoeuré que feu Jean des Esseintes :
Mon Dieu ! n’avoir jamais goûté de vespétro** !

Q38  T15 * un kanguroo femelle, bien entendu (Note de l’auteur)  **liqueur ancienne aux vertus carminatives reconnues, fabriquée à base d’eau-de-vie

Mère qui m’engendras du tarse au métacarpe, — 1893 (18)

Georges Fourest in L’Ermitage

Pseudo-sonnet pessimiste et objurgatoire
à ceux qui prirent soin d’élever ma jeunesse

Mère qui m’engendras du tarse au métacarpe,
Malgré Schopenhauer et la loi de Malthus ; –
O mon appartement lorsque j’étais fœtus,
Ma MÈRE ; – et toi PARRAIN prénommé Polycarpe ; –

MAÎTRE qui m’enseignas (ô merci !!!) que la carpe
Est un cyprinoïde et, qu’en latin, « hortus »,
Traduit le mot « jardin » ; – Flamande sans astuce,
NOURRICE au lait crémeux, simple enfant de la Scarpe ; –

PRÊTRE qui m’aspergeas de l’eau du baptistère,
Et par qui je connus (sublime et doux mystère)
A l’âge de douze ans ma saveur du sauveur :

Hélas ! ne pouviez-vous, me prenant par l’échine,
Quand je bavais, môme gluant déjà rêveur, …
Me jeter aux cochons comme l’on fait en Chine ?!?!

Q15  T14  -banv

Sur les fleurs a glissé la brise matinale. — 1893 (17)

Robert de Flers in Le Banquet

Aube

Sur les fleurs a glissé la brise matinale.
Des nuages légers rêvent au bord des eaux,
Tandis qu’incendiant les grands lys des côteaux
L’aube vient iriser leur blancheur nuptiale.

La douceur des clartés, la pâleur liliale
Des nuances, les chants murmurés des ormeaux
Ont quitté les sous-bois, où les joyeux ruisseaux
On repris leur gaîté qu’un rire clair signale.

Et les rêves ont fui le parfum des berceaux
Que n’accompagnent plus les sanglots des oiseaux,
Dont la douceurs flottait dans la nuit musicale.

Qu’importe leur départ vers des pays nouveaux,
Puisque tes bras noués me sont de chers tombeaux
Et que ta lèvre encore est douce et virginale.

Q15  T6  y=x (c=b & d=a) Poème dans un goût différent de celui de Miquette et sa mère (avec Gaston-Armand de Caillavet), Les Vignes du  Seigneur ( avec Francis de Croisset ((serait-ce dans le film tiré de cette pièce que Victor Boucher prononce la célèbre réplique : « Einstein qué ballot ! « )  ou encore Ciboulette (avec le même et une musique de Reynaldo Hahn

On dit mes vers semés de hiatus impudents, — 1893 (16)

Jean Volane Fusains

Aux lecteurs

On dit mes vers semés de hiatus impudents,
De vocables communs et de belles chevilles,
Je n’y mets pas souvent des femmes à mantilles
Et de gais rossignols aux trilles éclatants.

Mon rythme n’est divin comme celui d’Homère
Et je n’ai pas d’Hugo la souveraine ampleur,
Je ne veux point poser pour un fin ciseleur,
Pour un Parnassien, édité chez Lemerre.

Je vais, léger d’argent, gai comme Zanetto,
L’éphèbe vagabond des rives de l’Arno ;
Faisant des vers d’amour d’allure monotone.

Ma rime est insouciante et mon rêve peu haut.
Tant pis pour les lauriers ! car ce sera bien beau
Si l’on dit « celui-là n’a pastiché personne »

Q63  T15

Qu’il soit encourtiné de brocart ou de serge, — 1893 (15)

José Maria de HerediaLes Trophées

Le lit

Qu’il soit encourtiné de brocart ou de serge,
Triste comme une tombe ou joyeux comme un  nid,
C’est là que l’homme naît, se repose et s’unit,
Enfant, époux, vieillard, aïeule, femme ou vierge.

Funèbre ou nuptial, que l’eau sainte l’asperge
Sous le noir crucifix ou le rameau bénit,
C’est là que tout commence et là que tout finit,
De la première aurore au feu du dernier cierge.

Humble, rustique et clos, ou fier du pavillon
Triomphalement peint d’or ou de vermillon
Qu’il soit de chêne brut, de cyprès ou d’érable;

Heureux qui peut dormir sans peur et sans remords
Dans le lit paternel, massif et vénérable,
Où tous les siens sont nés aussi bien qu’ils sont morts.

Q15 – T14 – banv

L’Etna mûrit toujours la pourpre et l’or du vin — 1893 (14)

José Maria de HerediaLes Trophées

Médaille antique

L’Etna mûrit toujours la pourpre et l’or du vin
Dont l’Erigone antique enivra Théocrite;
Mais celles dont la grâce en ses vers fut écrite,
Le poète aujourd’hui les chercherait en vain.

Perdant la pureté de son profil divin,
Tour à tour Aréthuse esclave et favorite
A mêlé dans sa veine où le sang grec s’irrite
La fureur sarrazine à l’orgueil angevin.

Le temps passe. Tout meurt. Le marbre même s’use.
Agrigente n’est plus qu’une ombre, et Syracuse
Dort sous le bleu linceul de son ciel indulgent;

Et seul le dur métal que l’amour fit docile
Garde encore en sa fleur, aux médailles d’argent,
L’immortelle beauté des vierges de Sicile.

Q15 – T14 – banv

Vous sortiez de l’église et, d’un geste pieux, — 1893 (12)

José Maria de HerediaLes Trophées

Suivant Pétrarque

Vous sortiez de l’église et, d’un geste pieux,
Vos nobles mains faisaient l’aumône au populaire,
Et sous le porche obscur votre beauté si claire
Aux pauvres éblouis montrait tout l’or des cieux.

Et je vous saluai d’un salut gracieux,
Très humble, comme il sied à qui ne veut déplaire,
Quand, tirant votre mante et d’un air de colère
Vous détournant de moi, vous couvrites vos yeux.

Mais Amour qui commande au coeur le plus rebelle
Ne voulut pas souffrir que, moins tendre que belle,
La source de pitié me refusât merci;

Et vous fûtes si lente à ramener le voile,
Que vos cils ombrageux palpitèrent ainsi
Qu’un noir feuillage où filtre un long rayon d’étoile.

Q15 – T14 – banv

L’aube d’un jour sinistre a blanchi les hauteurs. — 1893 (11)

José Maria de HerediaLes Trophées

La Trebbia

L’aube d’un jour sinistre a blanchi les hauteurs.
Le camp s’éveille. En bas roule et gronde le fleuve
Où l’escadron léger des Numides s’abreuve.
Partout sonne l’appel clair des buccinateurs.

Car malgré Scipion, les augures menteurs,
La Trebbia débordée, et qu’il vente et qu’il pleuve,
Sempronius Consul, fier de sa gloire neuve,
A fait lever la hache et marcher les licteurs.

Rougissant le ciel noir de flamboiement lugubres,
A l’horizon, brûlaient les villages Insubres;
On entendait au loin barrir un éléphant.

Et là-bas, sous le pont, adossé contre une arche,
Hannibal écoutait, pensif et triomphant,
Le piétinement sourd des légions en marche.

Q15 – T14 – banv

Le temple est en ruine au haut du promontoire. — 1893 (10)

José Maria de HerediaLes Trophées

L’oubli

Le temple est en ruine au haut du promontoire.
Et la mort a mêlé, dans ce fauve terrain,
Les Déesses de marbre et les héros d’airain
Dont l’herbe solitaire ensevelit la gloire.

Seul, parfois, un bouvier menant ses buffles boire,
De sa conque où soupire un antique refrain
Emplissant le ciel calme et l’horizon marin,
Sur l’azur infini dresse sa forme noire.

La Terre maternelle et douce aux anciens Dieux
Fait à chaque printemps, vainement éloquente,
Au chapiteau brisé verdir une autre acanthe;

Mais l’Homme indifférent au rêve des aïeux
Ecoute sans frémir, du fond des nuits sereines,
La Mer qui se lamente en pleurant les Sirènes.

Q15 – T30