Archives de catégorie : Q59 – abab a’b’a’b’

Allons! éveillez-vous, ma mie — 1869 (5)

Henri CantelAmours et priapées

5-7 Le livre de Henri Cantel est mis par la Bibliothèque de France en Enfer. Il paraît bien anodin pourtant.

L’angélus

Allons! éveillez-vous, ma mie!
Ecouter tinter l’angélus!
Rouvrez votre bouche endormie,
Venez prier sur mon phallus!

Venez! c’est la prière humaine
Qu’à Platon Socrate chanta,
Celle qu’en voyant Magdelaine,
Jesus sur la croix regretta.

Du sommeil chassez les mensonges:
Mon corps vous offre d’autres songes,
Où vous mourrez avant la mort.

Vous verrez ce que vaut l’extase
De ce doux Ave qui s’embrase
Sous votre lèvre qui le mord.

Q59 – T15  octo

O Greuse ! la Critique, ardente au paradoxe, — 1868 (22)

in L’Artiste

L’idéal de Greuze

O Greuse ! la Critique, ardente au paradoxe,
Condamnent la Pensée en tes tableaux charmants ;
Mais avec Diderot, ton critique orthodoxe,
Tu réponds aux railleurs : l’Art aime les romans.

Depuis les hauts sommets de Zeuxis et d’Apelle,
Jusques au chevalet des artistes flamands,
L’Art a toujours pensé, parce que l’Art rappelle
Dieu sculptant et peignant mondes et firmaments.

O peintre romancier, j’aime ton odyssée.
Quand tu cueilles les fleurs de la virginité,
Avec tant d’innoncence et tant de volupté !

J’aime mieux l’Idéal de ta Cruche cassée,
Qu’un chaudron de Chardin, chef-d’œuvre sans pensée :
C’est dans l’âme qu’il faut chercher la Vérité.

Q59  T27

Loin des terres labourées, — 1867 (5)

Charles Monselet Les potages Feyeux

Farine de châtaignes

Loin des terres labourées,
Quand de hardis villageois
Exécutent des bourrées
Dont tremble tout l’Angoumois;

Comme la châtaigneraie
Forme un tapis de velours
Sous la danse qui s’essaie
En groupes joyeux et lourds!

Eh bien! sous la même écorce,
Cette grâce et cette force
Se retrouvent dans un mets;

C’est toi, que nul ne dédaigne,
Toi farine de châtaigne,
Mes délices désormais!

Q59 – T15 – octo

Tandis que pour trouver, tous deux, la bonne étoile, — 1863 (10)

Charles Sorbets Poésies

A MON FRERE

Tandis que pour trouver, tous deux, la bonne étoile,
Mon frère, nous portons nos regards vers l’azur,
A tes yeux attendris un astre se dévoile
Brillant aux doux reflets du firmament si pur.

Une étoile! insensé, j’ai cru trouver la mienne;
Une femme au coeur d’ange, un trésor que j’aimais!..,
Quelle autre destinée est égale à la tienne!
Que ton bonheur, ami, ne s’éloigne jamais,

Ah! pour moi le bonheur est une étrange chose.
Une fleur qui s’entr’ouvre et meurt à peine éclose ;
Une ombre qui me fuit quand je crois la saisir.

Le ciel que tu cherchais t’apparaît sans nuages.
Moi, je n’ai rencontré que de trompeurs mirages,
J’oubliais que mon sort est de toujours souffrir.

Q59  T15  bi

Deux guerriers ont couru l’un sur l’autre; leurs armes — 1858 (1)

Baudelaire in L’Artiste

Duellum

Deux guerriers ont couru l’un sur l’autre; leurs armes
Ont éclaboussé l’air de lueurs et de sang.
Ces jeux, ces cliquetis du fer sont les vacarmes
D’une jeunesse en proie à l’amour vagissant.

Les glaives sont brisés! comme notre jeunesse,
Ma chère! Mais les dents, les ongles acérés,
Vengent bientôt l’épée et la dague traîtresse.
– O fureur des coeurs mûrs par l’amour ulcérés!

Dans le ravin hanté des chats-pards et des onces
Nos héros, s’étreignant méchamment, ont roulé,
Et leur peau fleurira l’aridité des ronces.

– Ce gouffre, c’est l’enfer, de nos amis peuplé!
Roulons-y sans remords, amazone inhumaine,
Afin d’éterniser l’ardeur de notre haine!

Q59 – T23 (H.N.) once : Grand félin d’Asie centrale, dont la robe gris clair tachetée de noir ressemble à celle de la panthère

Au chant de ton Pater, aux accords de ta lyre — 1857 (25)

P.Bion (vicaire) in La Muse des familles

Au chant de ton Pater, aux accords de ta lyre

Soudain, l’âme s’émeut, le cœur devient meilleur …
Ouvrier de ce soir … mais, pourquoi te le dire ?
Pour chanter de beaux vers, je me fais rimailleur.
Heureuse es-tu, ma Sœur ! quand ta muse féconde,
Imitant de David les chants si gracieux,
Entonne l’oraison du résempteur du monde ;

Bienheureuse ici-bas, mais plus heureuse aux cieux !
Au Pater du Sauveur ajoute une prière :
Loin, bien loin, ô ma sœur ! fais entendre tes chants,
Le nom du père est doux, mais, bonne aussi la Mère !
Interroge plutôt cette Vierge chérie,
Asile des cœurs purs, refuge des méchants.
Tu le veux, n’est-il pas ? … oh ! chante encor Marie.

Q59  T24  acr.  disp 1+6+7

Vous êtes un beau ciel d’automne, clair et rose! — 1857 (21)

Baudelaire Les fleurs du mal

Causerie

Vous êtes un beau ciel d’automne, clair et rose!
Mais la tristesse en moi monte comme la mer,
Et laisse, en refluant, sur ma lèvre morose
Le souvenir cuisant de son limon amer.

– Ta main se glisse en vain sur mon sein qui se pâme;
Ce qu’elle cherche, amie, est un lieu saccagé
Par la griffe et la dent féroce de la femme.
Ne cherchez plus mon coeur; les bêtes l’ont mangé.

Mon coeur est un palais flétri par la cohue;
On s’y soûle, on s’y tue, on s’y prend aux cheveux!
– Un parfum nage autour de votre gorge nue! …

O Beauté, dur fléau des âmes, tu le veux!
Avec tes yeux de feu, brillants comme des fêtes,
Calcine ces lambeaux qu’ont épargné les bêtes!

Q59 – T23

Ils marchent devant moi, ces Yeux pleins de lumières, — 1857 (20)

Baudelaire Les fleurs du mal

Le flambeau vivant

Ils marchent devant moi, ces Yeux pleins de lumières,
Qu’un Ange très-savant a sans doute aimantés;
Ils marchent, ces divins frères qui sont mes frères,
Secouant dans mes yeux leurs feux diamantés.

Me sauvant de tout piège et de tout péché grave,
Ils conduisent mes pas sur la route du Beau;
Ils sont mes serviteurs et je suis leur esclave;
Tout mon être obéit à ce vivant flambeau.

Charmants Yeux, vous brillez de la clarté mystique
Qu’ont les cierges brûlant en plein jour; le soleil
Rougit, mais n’éteint pas leur flamme fantastique;

Ils célèbrent la Mort, vous chantez le Réveil;
Vous marchez en chantant le réveil de mon âme,
Astres dont nul soleil ne peut flétrir la flamme!

Q59 – T23