Archives de catégorie : Q63 – abba a’b’b’a’

Mais lorsque MataMoréas — 1888 (32)

Jean Ajalbert in Le Figaro

« Un de nos spirituels auteurs explique le style bistourné des symbolo-décadents par ce fait qu’ils écrivent de la main gauche. Le duel morganatique de cette semaine prouvent qu’ils se battent de la même. Il s’agit du combat – singulier – entre le barine Rodolphe Darzens (de Carcassonne) et le klephte Papadiamantaupoulos dit: Jean Moréas (de Clichy-la-Garenne). Combat motivé par une altercation survenue à la Nouvelle-Athènes. Ce dernier réclamait l’épée – de Damoclès; mais on ne put s’entendre sur le choix de la couleur du cheveu. La rencontre a donc eu lieu avec de vulgaires épées, chez M. Fleuret, propriétaire à Villèle – près Médan.  »

Mais lorsque MataMoréas
Dans les bois fleuris de Villèle,
En grave danger se vit l’aile,
Le monocle ou le pancréas,

Se souvenant que chez Zola
Il est attendu, que c’est l’heure,
Avant que le fer ne l’effleure,
Pense à y mettre le holà!

Alors avec calme, il écarte
Le redouté contre de quarte
De son adversaire anormal

– Qui sérieusement l’agresse –
Et, nouveau sage de la Grèce,
Dit: VOUS ALLEZ ME FAIRE MAL!

Q63 – T15 – octo

C’était un tout petit haricot de Soissons, — 1888 (26)

Le Chat Noir

Armand Masson

Revanche posthume

C’était un tout petit haricot de Soissons,
Le dernier-né chétif d’une cosse féconde;
Tous ses frères avaient fait du bruit dans le monde;
Lui, n’avait su mêler sa voix à leurs chansons.

On l’avait rejeté parmi les épluchures
Mais ses cotylédons cachaient un coeur vaillant.
Du nain qu’on dédaignait, un germe verdoyant
Surgit un jour, espoir des musiques futures.

La Nature bénit ses éveils printaniers.
Il eut des fils et des petits-fils, par milliers,
Qui nous ont conservé son âme et son génie,

Et dont la voix, fidèle au rire Eolien,
Jette encore aux échos les trésors d’harmonie
Qui dormaient dans le coeur du vieux musicien.

Q63 – T14

Tu nous dindonneras encor plus d’une fois, — 1888 (1)

Maurice Donnay Autour du Chat Noir

La Fève

Tu nous dindonneras encor plus d’une fois,
Chère âme, et près des tiens nos moyens sont infimes.
Je me souviens toujours d’un dîner que nous fîmes,
Un beau soir, dans Auteuil, à la porte du Bois.

Et tu faisais de l’oeil à ton voisin d’en face
Et tu faisais du pied à tes deux amoureux
A gauche, à droite, et ton amant était heureux,
Car tu lui souriais tout de même avec grâce.

Ah! tu n’es pas la femme aux sentiments étroits
Qu’une fidélité trop exclusive gêne.
Entre tous, Pierre, Paul, Jean, Jacque, Alphonse, Eugène,

Tu partages ton coeur comme un gâteau des Rois.
Et si grand est ton art, aimable fille d’Eve,
Que chacun se croit seul à posséder la Fève.

Q63 – T30

Parmi l’écroulement des grandeurs séculaires, — 1887 (10)

Parnasse de la jeune Belgique

André Fontainas

La Joconde

Parmi l’écroulement des grandeurs séculaires,
Des espoirs teints de sang, de magie et d’orgueil,
Des langueurs, de remords sans motif et sans deuil
Baignent, Mona Lisa, tes yeux crépusculaires.

Et parfois un éclair de sensualité
Très doux vient allumer tes pensives prunelles,
Et les âpres désirs des voluptés charnelles
Glissent dans ta chair pâle un frisson redouté.

Ton si triste sourire est le cruel mystère
D’un cœur silencieux pris d’un amour austère,
Pour le riche avenir des fortes floraisons ;

Le candide regret des triomphes mystiques
Enflamme de feux verts tes yeux énigmatiques,
Consolant et rêveur comme des oraisons.

Q63  T15

O lune, quand tu sors des vapeurs opalines — 1887 (8)

Le Chat Noir,

Armand Masson

A la lune

O lune, quand tu sors des vapeurs opalines
Qui te font comme un lit onduleux et mouvant,
Je crois voir la Vénus Callipyge levant
Les voiles importuns des chastes mousselines.

En poëte païen j’admire ces rondeurs
Qu’on ne voit plus, hélas! qu’au pays des planètes,
Et je bénis les lois des morales honnêtes
Qui t’ont mise au-dessus des humaines pudeurs.

Mais pourquoi nous montrer toujours les mêmes choses?
Tu devrais varier de temps en temps les poses
Et nous faire admirer de nouvelles beautés.

Pour moi, les yeux levés vers le céleste dôme,
J’ai souvent caressé ce rêve d’astronome
De contempler l’envers de ta rotondité.

Q63 – T15

L’oeil était dans le vase. Un caprice d’artiste — 1887 (7)

Le Chat Noir,

Armand Masson

L’oeil

L’oeil était dans le vase. Un caprice d’artiste
L’avait agrémenté d’un sourcil violet
Et sa prunelle peinte en rouge vif semblait
Vous regarder d’un air ineffablement triste.

C’est à la Foire au Pain d’épice qu’un beau soir
Nous gagnâmes ce vase au tourniquet. Fifine
Affirma qu’il était en porcelaine fine,
Et voulut l’étrenner tout de suite, pour voir.

Mais il était si neuf, le soir, à la lumière,
Qu’elle n’osa ternir sa pureté première,
Et le remit en place avec recueillement.

Elle fut très longtemps à s’y faire. C’est bête:
Cet oeil qui la fixait inexorablement
Semblait l’intimider de son regard honnête.

Q63 – T14

Les écoliers joueurs dans le calme des classes — 1886 (18)

Georges Rodenbach La jeunesse blanche

L’idéal

Les écoliers joueurs dans le calme des classes
Pour voler les rayons du soleil émergeant
Enchâssent dans leurs doigts, comme un piège d’argent,
Des débris lumineux de miroirs et de glaces.

Et, comme d’une cage ouverte – ont voleté
Des rayons, oiseaux d’or, qui traversent les vitres,
Et partout sur les murs, les tableaux, les pupitres,
On les voit dépliant leurs ailes de clarté.

Idéal! O soleil d’au-delà les nuées
Vers qui nos formes d’art, vainement remuées,
Tendent avec orgueil leurs fragiles miroirs.

Dans des ciels reculés, il a trahi nos rêves,
Car nous n’en projetons que quelques lueurs brèves
Sur les murs de la vie immuablement noirs.

Q63 – T15

Sous le scintillement des stellaires clartés — 1886 (14)

Anatole Baju in Le Décadent

Désirs fous

Sous le scintillement des stellaires clartés
Où se spiralisaient, dans une voix confuse,
Les ultimes rumeurs que la terre diffuse
Emmi l’espace immense aux vierges bleuités,

L’aurette émolliait de ses moiteurs légères
Les âpres frondaisons des morts d’aridité
Et blandissait d’un doux frisson de volupté
Les êtres alanguis cachés sous les fougères.

La nature était belle à cette heure du soir
Ainsi qu’une endeuillée en larmes sous son voile,
Alliciante avec sa couronne d’étoiles

Comme la jeune veuve à même se douloir.
J’ardais: je sentais sourdre un désir en mon âme
De l’étreindre en mes bras comme on presse une femme.

Q63 – T30  (rime sing -pluriel)

C’est un écran jaune pipi — 1886 (7)

Charles VignierCenton

Ecran

C’est un écran jaune pipi
Où dans le ciel de pure olive
Le soleil qui fort l’enjolive
Arrondit sa pomme d’api.

Sur un éléphant archi-rose
Juché, le mandarin poussah
Du bout de son rotin poussa
Tel rideau tissu d’argyrose.

Jonque frêle d’où quelques fleurs
Piquent des yeux écornifleurs
Vers le très cossu dignitaire.

Le thé Sou-chong jonche la terre,
Mais les cochons bleus peu douillets
Mangent des enfants grassouillets.

Q63 – T13 – octo

Dans le bar où – jamais – le parfum des brevas — 1884 (20)

Laurent Tailhade

Lutèce

Buvetière

Dans le bar où – jamais – le parfum des brevas
Ne dissipa l’odeur de vomi qui la navre,
Triomphent les appâts de la Mère Cadavre
Dont le nom est fameux jusque chez les hôvas.

Brune, elle triompha jadis entre les brunes,
Tant que son souvenir au Waux-hall est resté!
Et c’est toujours avec beaucoup de dignité
Qu’elle rince le zinc ou détaille les prunes.

Et c’est pourquoi son cabaret s’emplit le soir,
De futurs avoués tout heureux de surseoir
Quelque temps à l’étude inepte des digestes.

Encor qu’ils soient gavés de Beaune ou de Corton,
Elle les dompte et sait arrêter dans leurs gestes
Ce qui n’est pas conforme aux règles du bon ton.

Q63 – T14